Sarlande : une élection municipale sous le signe des rivalités familiales et des alliances
Élection à Sarlande : rivalités familiales et alliances politiques

Sarlande : une succession municipale marquée par les divisions familiales

Installé vendredi 27 mars, le nouvel édile de Sarlande, commune de 430 habitants située dans le Périgord vert, a officiellement pris ses fonctions après une élection municipale des plus animées. Thierry Tallet a battu sa cousine Sandrine Tallet et a fait élire le fils de celle-ci, Arthur Philippe, dans sa propre équipe. Un fidèle de l'ancienne majorité siège désormais dans la nouvelle équipe, choisie au détriment de la liste soutenue par le précédent maire, Alain Meyzie. Deux autres cousins étaient également concurrents lors de ce scrutin.

Un village en pleine effervescence électorale

À l'heure d'élire un maire, les plus petits de nos villages sont rompus aux regroupements familiaux : il faut bien constituer une liste. Mais à Sarlande, dénicher onze élus n'a pas été un jeu d'enfants. Dans ce village de 430 irréductibles, trois listes et plusieurs familles se sont affrontées par choix républicain, au détriment de la cousinade tranquille. Ici, 10 % des électeurs figuraient sur une liste, témoignant d'une participation citoyenne exceptionnelle.

Alain Meyzie, maire sortant après trente-sept années de mandat, ne s'est pas représenté. Son départ a été très applaudi par les habitants. Quand il a quitté la scène municipale, deux Tallet ont constitué une liste à part. Et deux Chouly, également. Tous cousins. « Je ne pensais pas que mon retrait susciterait autant de vocations », glisse l'ancien édile, vendredi 27 mars, avant l'installation de son successeur Thierry Tallet.

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Une lourde charge à endosser

Thierry Tallet paraît ému lors de son installation. Son grand-père, Émile, puis son oncle, Robert, ont porté l'écharpe tricolore en ces murs, dans les années 1940 et 1970. Punaisés près des trophées sportifs, leurs portraits se mêlent à ceux des sept derniers maires de la commune. Thierry Tallet semble en porter le poids, conscient d'endosser une charge tout aussi lourde : celle de rassembler une communauté divisée.

À la table du Conseil municipal, siège son colistier Arthur Philippe, fils de sa cousine Sandrine Tallet. Celle-ci s'était engagée sur la liste de Cyril Vergne, connu pour son opposition à un projet d'éoliennes abandonné en 2022. « Est-ce que cette histoire d'éoliennes a joué ? Oui, c'est revenu sur le tapis », confie Alain Meyzie. L'ancien maire, lui, soutenait une troisième liste, celle d'Olivier Joachim, où figurait sa propre femme, Martine Meyzie.

Un conseil municipal sous tension

Aussi nombreux que les élus, les spectateurs présents lors de l'installation se régalent des échanges. « Qu'est-ce qu'on joue, ce soir ? » lance un habitant. « Le Malade imaginaire ? » propose un autre. « C'est les 400 coups ? » s'interroge un troisième. « Regarde ! Guillaume a mis un costume », remarque enfin un quatrième.

Sans attendre, Cyril Vergne demande l'ouverture d'un débat. Thierry Tallet lui rappelle timidement que « le suffrage a parlé ». Mais l'opposant se lance : il regrette une « absence de représentation proportionnelle des listes ». Le ton demeure courtois, mais les tensions sont palpables. Alain Meyzie le sent et prodigue ses conseils à son successeur : « Si, par exemple, tu signes un permis de construire en zone inondable, ce n'est plus la préfecture mais toi, Thierry, qui, en cas de problème, devient le responsable administratif et pénal. »

Les dossiers chauds de la commune

La nouvelle équipe doit maintenant valider le procès-verbal du précédent Conseil municipal. Plusieurs dossiers sensibles attendent les élus : les 300 euros déboursés pour financer la moitié d'un voyage scolaire, et surtout le devenir de la Taverne du boucher, seul repaire à boire et à manger de la commune. Les lieux sont actuellement clos, et ses locataires auraient filé à l'anglaise.

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Alain Meyzie se fend alors d'une énième recommandation : « Si vous avez 1 000 euros à récupérer, n'en mettez pas 2 000 chez l'avocat. » Cyril Vergne reproche quant à lui au doyen, Jean-Marie Segui, d'avoir déroulé un tapis rouge aux gérants du troquet. Adjoint sous l'ère Meyzie, Segui a quitté une majorité pour une autre. Il jure que « la visite de l'auberge s'était bien passée ». Et devance une autre critique : « C'est Fanny [Doucet-Sudrie] qui ira en Conseil communautaire, pas moi. Je ne veux pas que tu en fasses des cauchemars, Cyril. »

Une réconciliation en trompe-l'œil ?

La séance touche à sa fin, sans chips ni vin pour célébrer. Alors, les élus sont-ils réconciliés ? La question amuse les membres du Conseil municipal. « Ah, les journalistes, vous cherchez le scoop ? On n'a jamais été fâchés », jure le nouvel édile. Vivement la réouverture de la Taverne du boucher, pour arroser cette belle amitié... ou du moins, pour donner le change.