Un projet de fusion communale suspendu à la veille des élections
L'Agglomération de Saintes Grandes Rives a frôlé une configuration territoriale modifiée à l'approche du scrutin municipal. Saint-Sever-de-Saintonge et Rouffiac, deux communes voisines de la rive gauche de la Charente, ont mené des discussions approfondies en vue d'une fusion qui aurait créé une nouvelle entité de 1 166 habitants, combinant les 647 résidents de Saint-Sever et les 519 de Rouffiac.
Un processus bien engagé mais interrompu
Le samedi 3 février 2024, une centaine d'habitants ont assisté à une présentation détaillée du projet de fusion. Les échanges ont révélé des questionnements et des inquiétudes, mais aucune opposition frontale. Les arguments en faveur de cette union étaient nombreux, renforcés par une histoire de coopération ancienne, notamment avec la création d'un regroupement pédagogique intercommunal en 1995.
Pierre Hervé, maire de Saint-Sever-de-Saintonge depuis trois mandats et élu depuis quarante-deux ans, confie : « Je m'étais dit qu'il faudrait bien vingt ans pour que les gens de Rouffiac comprennent qu'on ne leur a pas volé leur école. Maintenant c'est l'école de Saint-Sever-Rouffiac. » Il n'avait jamais vu le projet aussi près d'aboutir.
Des divergences politiques et un calendrier serré
Après la réunion publique, le Conseil municipal de Rouffiac a validé la poursuite du processus, comme le relate David Musseau, maire de Rouffiac. Cependant, la position de Saint-Sever-de-Saintonge s'est révélée plus nuancée, exigeant un examen approfondi avant toute décision définitive.
Le calendrier était particulièrement tendu : la fusion devait être finalisée avant le 31 décembre 2024 pour permettre la création d'une commune intermédiaire avec deux conseils municipaux jusqu'en mars 2026. Une source d'irritation supplémentaire a émergé lorsque David Musseau a laissé entendre qu'il deviendrait naturellement le maire de la nouvelle entité, suscitant des réticences parmi les élus de Saint-Sever, dont la commune est légèrement plus importante.
Un projet en attente, mais pas abandonné
Malgré l'échec de la fusion, les deux maires restent optimistes quant à l'avenir. David Musseau déclare : « Moi, cela m'a permis de comprendre ma commune, d'apprendre plein de choses. Je ne regrette absolument pas d'avoir travaillé ce sujet-là. Pour moi, le projet n'est pas enterré, il est en sommeil. Si, demain, il revenait sur la table, je remettrai le couvert avec autant d'envie. »
Pierre Hervé partage cet avis : « Je pense que ça se fera un jour. » Il reconnaît toutefois « un loupé dans mes mandats », qu'il compense par des réalisations concrètes comme le regroupement scolaire ou le cabinet médical, qui va bientôt accueillir un deuxième médecin.
Une question absente de la campagne électorale
Curieusement, aucun des candidats aux élections municipales n'a jugé pertinent de mettre ce sujet crucial pour l'avenir des deux communes au cœur de la campagne. Anthony Terrière, élu de Saint-Sever-de-Saintonge qui mène une liste issue du conseil sortant, explique : « Je ne suis pas contre le principe. On se reverra rapidement avec Rouffiac pour voir comment procéder. »
L'idée générale est plutôt de relancer les discussions en première partie de mandat, en s'appuyant sur les travaux déjà réalisés. Ainsi, le dimanche 15 mars, les habitants voteront séparément, mais l'ombre de cette fusion potentielle plane toujours sur l'avenir des deux communes.



