Saint-Pée-sur-Nivelle : une campagne électorale rythmée par les enjeux financiers
Dans la commune de 7 300 habitants, la situation budgétaire occupe le devant de la scène politique depuis plusieurs mois. Classée de « fragile à inquiétante » à l'automne 2025 par la direction générale des finances publiques, Saint-Pée-sur-Nivelle a frôlé la mise sous tutelle de l'État. Si cette menace s'est éloignée, les difficultés financières continuent de peser lourdement sur la vie locale et la campagne électorale en cours.
Des conséquences concrètes sur la vie communale
Les répercussions des tensions budgétaires se font sentir dans le quotidien des habitants. La récente annulation de la fête de l'agneau, faute de pouvoir financer les 6 000 euros nécessaires au chapiteau, illustre cette réalité. La gestion controversée du lac, confiée pour dix ans à la société Aquazone, a également suscité de vives critiques parmi les riverains et l'opposition, qui dénoncent des risques environnementaux et une surfréquentation potentielle.
Trois candidats, une même prudence
Face à cette situation délicate, les trois candidats en lice adoptent une position commune de prudence budgétaire. Bernard Elhorga, maire sortant et candidat de la liste Agir pour Saint-Pée, défend une gestion « humble » et prudente, centrée sur la modernisation des équipements existants et la recherche de subventions. Il assume pleinement cette orientation, déclarant : « Je ne vends pas d'illusions. 2026 et 2027 seront difficiles puis il y aura une bouffée d'oxygène. »
Mariana Laugier, candidate de la liste Ensemble pour Saint-Pée, partage cette approche, évoquant même un horizon d'éclaircie financière plutôt situé après 2030. Forte de son expérience professionnelle à la tête d'un bureau d'études en aménagement paysager, elle se présente comme une « dirigeante de société » plutôt qu'une politicienne, privilégiant les travaux de rénovation et promettant un audit financier dès son éventuelle élection.
Christophe Jauréguy, candidat de la liste Hats Berri, adopte une posture plus offensive, attribuant les difficultés financières à un manque d'anticipation face à la croissance démographique spectaculaire de la commune. La population a presque doublé en 25 ans, passant de 4 331 habitants en 1999 à 7 264 en 2023. Pour l'élu d'opposition, cette croissance non accompagnée a créé un « cercle vicieux » qu'il entend briser en demandant davantage d'aides extérieures.
Une dette historique aux origines complexes
Les problèmes financiers de Saint-Pée-sur-Nivelle remontent au début des années 2010, lorsque la dette municipale a explosé, passant de 1,73 million d'euros en 2010 à 6,49 millions en 2014. Plusieurs facteurs expliquent cette dérive : des investissements peu rentables comme l'espace culturel Larreko, une croissance rapide de la population, et une baisse progressive des aides publiques.
Si la dette est redescendue à 4,42 millions d'euros début 2026 et que la capacité de désendettement de la commune (5,9 ans) est redevenue correcte, ces épisodes passés ont durablement marqué les esprits et continuent d'influencer les décisions politiques actuelles.
Le lac : symbole des tensions démocratiques
La gestion du lac par la société Aquazone cristallise les tensions autour des questions financières et démocratiques. Mariana Laugier dénonce « un flagrant déni de démocratie » dans le processus décisionnel, tandis que Christophe Jauréguy regrette de n'avoir « été au courant de rien ». Le maire sortant Bernard Elhorga reconnaît d'ailleurs une « erreur de méthode » concernant la concertation et la communication autour de ce dossier.
Les candidats proposent des solutions divergentes : Mariana Laugier souhaite redonner la parole aux riverains, Christophe Jauréguy entend remettre en question le projet, et Bernard Elhorga défend cette décision qui rapportera près de 85 000 euros par an à la commune.
Perspectives et défis pour l'avenir
Au-delà des divergences tactiques, les trois candidats s'accordent sur la nécessité d'une période de rigueur budgétaire. Bernard Elhorga mise sur l'exonération de la pénalité SRU (220 000 euros par an) à partir de 2027 et la réalisation de projets de logements sociaux dans les quartiers Amotz et Ibarron pour assainir les finances.
Dans cette campagne électorale singulière, où les promesses d'investissement cèdent la place aux appels à la prudence, les électeurs de Saint-Pée-sur-Nivelle devront choisir celui ou celle qui saura les guider à travers cette période de contraintes financières tout en préservant la qualité de vie dans leur commune.



