La résistance corrézienne face à la mesure nationale de limitation de vitesse
Dans un affrontement décrit comme « plus que symbolique », le département de la Corrèze a refusé de se soumettre à la décision gouvernementale d'abaisser la vitesse à 80 km/h sur les routes les plus accidentogènes. Cette mesure, initiée en 2018 par Édouard Philippe, alors Premier ministre, a immédiatement suscité la colère des élus locaux.
Un mépris parisien pour les réalités territoriales
Pascal Coste, président LR du Département de la Corrèze, n'a pas mâché ses mots : « On est entrés en résistance ». Il a même fait apposer des panneaux sarcastiques indiquant « Le nouveau monde vous demande de ralentir ». Pour lui, cette décision illustre parfaitement le fossé entre Paris et les territoires ruraux.
« C'est plus que symbolique car, de Paris, on regarde le pays réel avec des jumelles, sans le connaître », assène-t-il. « Dans cette affaire, on a un Premier ministre qui décide sans même prendre la peine de consulter ceux qui ont la responsabilité du plus grand réseau routier : les Départements. Édouard Philippe est celui qui aura magnifié le macronisme : aucun respect pour les corps intermédiaires. »
Le président corrézien insiste sur les spécificités de son territoire : « La France, ce n'est pas ce qui se passe à l'intérieur du périphérique. Les transports en commun, les RER métropolitains, c'est formidable mais, nous, on n'en a pas. La voiture, on en a besoin. Il était hors de question de laisser torpiller nos territoires par une administration centrale à côté de la plaque. »
Une victoire juridique et pratique
Après plusieurs mois de bataille, le législateur a finalement accordé aux Départements la possibilité de maintenir la circulation à 90 km/h. La Corrèze et le Cantal sont les deux seuls départements à s'être opposés frontalement à cette réduction.
Pascal Coste a saisi cette occasion pour mener un audit complet du réseau routier corrézien. Sur les 4 780 kilomètres de routes départementales :
- 25 tronçons identifiés comme les plus dangereux ont vu leur vitesse abaissée à 70 km/h
- Le reste du réseau est maintenu à 90 km/h
Malgré les contestations d'associations de sécurité routière, les 2 008 arrêtés signés par le département ont été validés par les tribunaux. Tous les recours sont désormais purgés, permettant aux automobilistes de rouler à 90 km/h sur la majorité des routes départementales.
Une approche pragmatique de la sécurité routière
Le président Coste conteste les fondements de la mesure gouvernementale : « Chez nous, 52 % des accidents sont liés à la pluie, or, quand il pleut, la limite de vitesse est déjà à 80 km/h. Les autres causes principales sont l'âge des conducteurs, l'alcoolémie, les stupéfiants. La vitesse ne représente que 18 % des accidents. »
Parallèlement à ce combat politique, la Corrèze a lancé un plan global de sécurité routière comprenant :
- Des actions de sensibilisation auprès des jeunes et des adultes
- Un programme spécifique pour les conducteurs seniors visant à les inciter à cesser de conduire lorsque nécessaire
- Une analyse fine des causes réelles d'accidents sur le territoire
Les résultats sont probants : la Corrèze n'a pas connu d'augmentation significative des accidents. De plus, le refus d'appliquer la mesure nationale a généré des économies substantielles. « On n'a pas eu à changer et rechanger tous les panneaux, c'est toujours ça de pris », se réjouit Pascal Coste.
Cette affaire dépasse largement la simple question de la limitation de vitesse. Elle pose des questions fondamentales sur la gouvernance territoriale et le respect des réalités locales dans la prise de décision nationale. La Corrèze, par sa résistance organisée et argumentée, a montré que les territoires ruraux pouvaient défendre leurs spécificités face aux décisions uniformisantes venues de Paris.



