Un refus catégorique d'intégrer la métropole bordelaise
La commune de Cestas a toujours farouchement défendu son indépendance vis-à-vis de l'agglomération bordelaise. Bien que cette dernière n'ait jamais montré un appétit dévorant pour annexer ses voisines, des menaces ont parfois émergé, notamment dans les années 2010, en provenance de l'État. « Il y a 16 900 habitants à Cestas. Cela fait 16 900 personnes qui ne souhaitent pas intégrer la Métropole », sourit le maire de Cestas, Jérôme Steffe. Cette position est un trait bien affirmé de l'identité cestadaise, presque un totem : revendiquer sa volonté farouche de ne pas se faire avaler par son grand voisin.
Ce marqueur s'est d'ailleurs retrouvé dans tous les programmes des candidats aux dernières élections municipales. On n'imagine pas un prétendant ne pas le mentionner. De prime abord, cette réaffirmation permanente peut étonner. Après tout, la Communauté urbaine de Bordeaux (CUB, devenue Bordeaux Métropole) n'a rien d'un ogre. Depuis sa création en 1968, seule Martignas-sur-Jalles a rejoint ses rangs, en 2013. Mais les menaces d'annexion ou de rattachement ont parfois pointé à l'horizon, venant moins de la CUB que de l'extérieur.
Un combat historique mené par Pierre Ducout
En 1999, le schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de l'agglomération bordelaise était révisé, tandis que le législateur se penchait sur le dossier des intercommunalités. Aussitôt, une soixantaine de maires de communes de la grande couronne se rassemblaient au sein de l'Association des maires des communes périurbaines rurales girondines (AMCPRG). Son président ? Un certain Pierre Ducout. Le député socialiste – maire de Cestas pendant plus de cinquante ans – était en pointe dans ce combat.
Ce chantre de l'« esprit villageois » a ferraillé contre l'amendement Gouzes, du nom de son auteur, le député-maire de Marmande. Cet amendement autorisait les communautés urbaines existantes à annexer les communes voisines si cette annexion était de nature « à assurer la cohérence économique et spatiale ainsi que la solidarité financière et sociale qui sont nécessaires au développement de la communauté urbaine et à son évolution en métropole régionale ». Il sera finalement rejeté par le Sénat, mais le débat s'est poursuivi à l'Assemblée.
Une intercommunalité à trois communes
Inlassablement, Pierre Ducout a rappelé que la non-association n'excluait pas la coopération via les syndicats mixtes. Côté transports, les bus de la CGFTE (ancêtre de TBM) arrivaient alors jusqu'à Gazinet, moyennant un financement du déficit par Cestas. Côté économique, Pierre Ducout avait éprouvé depuis longtemps l'intérêt d'avoir la main sur ses taux d'imposition et ses zones d'activité.
Douze ans plus tard, le préfet rallume l'incendie en proposant une « hypothèse de travail » visant à rattacher sept communes de plus à la CUB : Cestas, Canéjan, Ludon-Médoc, Macau, Le Pian-Médoc, Saint-Jean-d'Illac et Martignas-sur-Jalle. Les deux dernières étant sommées de se trouver une communauté de communes (CdC) à rejoindre. Martignas a intégré la CUB, tandis que Saint-Jean-d'Illac chemine depuis dans la même CdC que Canéjan et Cestas.
Avec ses 32 000 habitants, la CdC Jalle Eau Bourde n'a rien de ridicule comparé aux autres collectivités de la Gironde, souligne Pierre Ducout. « Nous essayons d'avoir une CdC la plus agile possible », explique Jérôme Steffe pour justifier que l'intercommunalité ne se dote pas de locaux dédiés. Spécificité : la présidence est tournante. Chaque année, c'est un maire d'une des trois communes qui prend le relais.



