Une page se tourne à Beychac-et-Caillau
Après quarante-trois années de mandat, Philippe Garrigue, 77 ans, quitte la mairie de Beychac-et-Caillau, commune de 2 400 habitants en Gironde. Élu pour la première fois en 1983, il a battu le record de longévité de son prédécesseur, Roger Gelly, qui avait exercé trente-deux ans. Ce jeudi, à 16 heures, quatre candidats se disputeront son siège, marquant la fin d'une ère pour cette localité aux deux bourgs fusionnés depuis 1800.
Un héritage marqué par l'enfance et l'économie
« La politique en faveur de l'enfance a toujours été mon fil rouge », affirme Philippe Garrigue. Sous son mandat, la commune s'est dotée d'équipements impressionnants pour sa taille : une école régulièrement rénovée et récemment végétalisée, un restaurant scolaire, une maison pour tous, une école de musique, un centre de loisirs, un relais petite enfance et une médiathèque. Pour financer ces projets, le maire a joué la carte du développement économique, exploitant les centaines d'hectares bordant la RN 89, desservie par trois échangeurs. « L'État m'a bien aidé en élargissant l'historique 2 × 1 voie », confie-t-il.
Aujourd'hui, Beychac-et-Caillau compte plus de 3 000 emplois, répartis en plusieurs zones d'activité, avec de nombreuses entreprises liées au monde viticole. L'arrivée au début des années 2010 d'une gigantesque plate-forme logistique d'une enseigne de grande distribution a notamment généré 650 000 euros de taxe d'aménagement, permettant la construction du centre de loisirs. Philippe Garrigue souligne le « travail constant en équipe avec adjoints et conseillers » et évoque une « grande époque intercommunale » avec les maires voisins de l'époque.
Un départ annoncé et des regrets
Le socialiste, qui se dit proche de la « gauche tolérante » de Raphaël Glucksmann, avait initialement prévu de raccrocher en 2020. « On est revenu me chercher », explique-t-il, mais il admet que son dernier mandat n'a pas été à la hauteur. « Sur ce dernier mandat, je n'ai pas été bon, mais avant, j'ai été très bon ! » s'exclame-t-il, évoquant une fatigue post-Covid et une lassitude. « Je n'avais plus le tonus. J'ai été très bien secondé, mais c'était le mandat de trop. »
Pour le scrutin de fin de semaine, il ne donne pas de consigne de vote, malgré la présence d'une tête de liste de sa majorité actuelle et d'une autre ancienne membre de son équipe. Entre deux recherches difficiles dans sa mémoire, il exprime sa lucidité sur l'époque actuelle : « On ne fait plus attention à l'autre, la montée de l'extrême droite m'attriste énormément. Si on se bouffe la rate pour que dalle, alors qu'il y a tellement à donner, on ne fait pas son boulot de gars ou de fille. »
Une succession très disputée
Le départ de Philippe Garrigue a aiguisé les appétits, avec quatre listes en lice pour ce premier tour des municipales :
- Benjamin Navarro, élu de la majorité actuelle, emmène la liste Le Temps du lien.
- Henri Puyau-Puyalet, ancien adjoint devenu opposant, brigue à nouveau la mairie.
- Marinette Duprat, à la tête de Vivre à Beychac-et-Caillau, prône l'indépendance.
- Benoît Joubert promet une nouvelle énergie.
Tous saluent l'héritage de Philippe Garrigue, tout en souhaitant une vie de village plus animée, notamment par des services et commerces supplémentaires. Après sa retraite politique, l'ancien maire envisage de se partager entre la maison familiale de son Périgord noir et « quelque chose avec vue sur l'océan… ».



