Un plébiscite démocratique à Orthez
Pas encore officiellement en fonction mais déjà pleinement investi dans son rôle, Benjamin Moutet devrait être élu maire d'Orthez ce samedi matin lors du premier conseil municipal de la nouvelle mandature. Une élection anticipée pour celui qui pensait devoir attendre jusqu'à dimanche prochain pour connaître son sort, dans une course qu'il imaginait serrée. Ironie du destin pour ce tisseur de profession, c'est finalement un véritable plébiscite qui le porte vers le siège de premier magistrat de la commune.
Une victoire écrasante au premier tour
Le résultat est sans appel : 57,02% des suffrages exprimés en faveur de sa liste « Orthez, c'est nous tous », dans une élection qui a mobilisé 61,40% des électeurs pour départager les quatre listes en présence. « Ce score valide notre projet, bien sûr, mais aussi notre méthode. Il montre que ça marche de faire de la politique comme ça », se félicite le quadragénaire, visiblement fier d'avoir réussi à relancer une « conversation » authentique avec les Orthéziens.
La méthode des Post-it : une innovation démocratique
Benjamin Moutet se présente comme un maire sans étiquette politique traditionnelle, mais « bardé de mille et un Post-it » selon sa propre expression. Des notes autocollantes de toutes les couleurs – jaunes, bleues, roses – qui ont servi de fil conducteur à sa campagne originale. Pendant près de quinze mois, entre octobre 2024 et janvier 2026, ces petits papiers ont circulé dans tous les quartiers de la ville, tissant une toile relationnelle avec les habitants au gré de deux tours de ville complets.
Chaque citoyen était invité à y consigner ses observations, ses doléances, mais aussi ses idées pour l'avenir de la commune. « Il s'agissait d'abord de donner la parole à ceux qui ne l'ont jamais », confie le futur maire. « Tout le monde a besoin de parler et il suffit de se mettre en position d'écoute réelle pour libérer cette parole. Finalement, la seule chose qui fait le lien entre les habitants, c'est le politique. »
Une transition vers la mairie
Ces précieux Post-it vont bientôt migrer du local de campagne, situé boulevard des Pommes, vers les bureaux de la mairie. « Ils doivent nous rappeler tous les jours pourquoi nous sommes là et ce que les Orthéziens nous ont dit », insiste Benjamin Moutet. Dès l'annonce des résultats, dimanche soir, le nouvel élu a souligné depuis la tribune son désir profond de travailler « tous ensemble » au service de l'intérêt général.
Cette collaboration, il la souhaite même avec ses futures oppositions. « Nous, on a envie de travailler. Point. Et avec tous ceux qui le veulent. Notre mentalité est de regarder loin. À partir de là, la balle est dans le camp des autres listes. Si leurs élus veulent rester dans une posture d'opposants, c'est leur choix. À eux de dire. »
Un engagement à temps plein
Le patron des Tissages Moutet, entreprise familiale dont il demeure président pour en donner les orientations stratégiques à son directeur général, promet néanmoins d'être un maire à temps plein. Son engagement municipal sera total, assure-t-il, malgré ses responsabilités entrepreneuriales.
Relations avec Sainte-Suzanne
Parmi les relations que Benjamin Moutet entend particulièrement tisser, figurent les nouveaux élus du conseil consultatif de Sainte-Suzanne. Si l'élection de l'unique liste de Claire Edon dans cette commune associée était prévisible, le tisseur nourrit l'espoir que les tensions historiques entre les deux entités puissent enfin s'apaiser.
« Nous souhaitons leur donner plus d'indépendance d'action et la capacité de porter des projets. Nous voulons travailler ensemble », assure-t-il avec conviction. La conseillère Mélanie Roux, proche de la nouvelle maire déléguée de Sainte-Suzanne, sera spécifiquement dédiée au village, et Claire Edon sera systématiquement invitée à siéger à chaque conseil consultatif.
Perspectives communautaires
La défaite significative de Patrice Laurent à Mourenx pourrait laisser penser que Benjamin Moutet envisage de briguer la présidence de la Communauté de communes de Lacq-Orthez. « Je constate que les électeurs ont aussi envie de changement à la CCLO. La question qui se pose est de savoir si les anciens maires réélus regardent l'avenir avec l'envie de transmettre ou souhaitent s'accrocher », commente-t-il avec prudence, tout en reconnaissant que de nombreux messages de soutien lui parviennent des villages environnants depuis dimanche soir.
Pas question pour autant de se lancer dans un bras de fer stérile avec d'autres prétendants. « Si cette assemblée de maires estime que je peux porter un consensus à la CCLO, alors je pourrais briguer la présidence. » Une chose est certaine : le nouveau maire d'Orthez ne compte pas faire de la figuration à Mourenx.
Premiers chantiers municipaux
Les priorités de la nouvelle équipe municipale seront claires : le tissu économique local, l'aménagement de la gare et les projets de contournement. « Nous allons cartographier les commerces dont nous avons besoin en centre-ville et aller les chercher activement », annonce Benjamin Moutet. Dans le futur quartier de la gare, il imagine volontiers des activités de service qui viendraient compléter harmonieusement le bassin industriel historique de Lacq. Une antenne de la chambre de commerce et d'industrie pourrait notamment s'ouvrir à Orthez.
Soutien au tissu associatif
Pour le monde associatif, l'ambition est de simplifier son quotidien, notamment dans la recherche toujours difficile de bénévoles. « Ils sont les garants du lien social », souligne avec force Benjamin Moutet. Concernant la maison des associations, le futur maire attend de connaître les engagements précis de la majorité sortante. « S'il n'y a encore personne dans ce bâtiment, j'en fais une maison de santé pour attirer de jeunes médecins. À condition que cela réponde aux besoins réels des généralistes de la ville. »
Développement territorial
Afin de positionner Orthez comme un véritable poumon vert entre Pau et Bayonne, la nouvelle majorité entend se rapprocher étroitement du tissu agricole local. « Les agriculteurs d'Orthez et de ses alentours sont très motivés pour faire de ce territoire la vitrine des savoir-faire agricoles et développer cet axe touristique prometteur. »
La culture constituera elle aussi un vecteur essentiel de liens sociaux. Dès l'année prochaine, les associations et écoles d'art seront associées dans l'organisation d'un grand festival. Un véritable tapis rouge sera déroulé pour tous les talents de la cité dans divers lieux emblématiques comme les arènes et le parc Gascoin.
Ses ancêtres furent des maires bâtisseurs ; Benjamin Moutet, lui, ambitionne d'être un maire tisseur de liens, fidèle à sa profession et à sa philosophie politique fondée sur l'écoute et le dialogue permanent.



