La gouvernance de la communauté d’agglomération Pays basque (CAPB) autour du nouveau président Alain Iriart va se construire lors du conseil communautaire de ce vendredi 24 avril. Braquet à gauche ou changement dans la continuité ? Pas plus que les chars russes n’ont débarqué à Paris en 1981 avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir et des communistes dans son gouvernement, la gauche nationaliste ne devrait pas révolutionner l’orientation des politiques publiques de la communauté d’agglomération Pays basque (CAPB). Mais il y aura du changement.
C’est ce que la majorité des maires et délégués du Pays basque réclament en élisant un nouveau président, Alain Iriart, revendiquant son appartenance à la mouvance politique abertzale. Même si, dès sa déclaration de candidature, il a insisté pour dire qu’il n’était pas le porte-étendard du parti EH Bai, et si dans un entretien accordé à « Sud Ouest » la semaine dernière, il déclarait vouloir « prendre en compte la diversité des élus et travailler avec tous », en écartant « toute logique partisane », il devra marquer la CAPB du sceau de son empreinte.
De son côté, dans un communiqué, EH Bai réagissait en qualifiant l’élection d’Alain Iriart « d’événement historique », confirmant le « renforcement de l’abertzalisme de gauche ainsi que le travail de fond mené par le mouvement abertzale depuis de nombreuses années dans différents domaines », et réaffirmant « sa volonté d’agir avec responsabilité et dans un esprit constructif afin de faire avancer un projet de territoire solide ». Voilà pour les mots.
Conférence intercommunale
Maintenant, il convient d’observer les actes, à commencer par le conseil communautaire de ce vendredi où seront désignés les vice-présidents, et nommés toute une série de représentants à pas moins de douze syndicats mixtes, quatre sociétés d’économie mixte, deux sociétés publiques locales, et une dizaine d’autres structures annexes. Jusqu’à présent, l’ancien président Jean-René Etchegaray avait pris soin de ménager (et donc récompenser) toutes les sensibilités politiques (y compris abertzale), et d’équilibrer une répartition territoriale équitable des élus.
La composition de la nouvelle gouvernance revêt une importance capitale pour la destinée de cette intercommunalité XXL, la plus importante de France en nombre de communes. Qu’en sera-t-il pour cette prochaine mandature ? Alain Iriart voudra infléchir la politique de son prédécesseur. Il propose la création d’une conférence intercommunale des maires. Avec un coup de barre supplémentaire à gauche ? C’est toute la question.
Déjà, Jean-René Etchegaray, référent du pôle de l’ACBA, ne devrait pas briguer de vice-présidence. Mais il prendra soin que des élus de sa majorité bayonnaise et de ses proches figurent dans l’exécutif du conseil permanent. Et c’est bien sûr du côté du Pays basque intérieur que l’attente sera la plus grande, avec dans plusieurs pôles ces derniers jours, une croissance notable des votes en faveur de la sensibilité abertzale, qui suivent les intentions clairement exprimées lors du vote du président, le 11 avril dernier. Une volonté de dégagisme plus que d’une quête de nouvelle identité, diront certains qui ne se satisferont donc pas d’un robinet d’eau tiède.
Un groupe de l’ancien exécutif ?
Au point pour l’exécutif du précédent mandat de constituer un groupe ? Poser la question constitue déjà un premier élément de réponse avec des élus qui se disent prêts à combiner cette stratégie de contre-pouvoir. En fin observateur et acteur de la vie politique locale, le sénateur (LR) Max Brisson le préconise. « Face à la prise de pouvoir de la gauche abertzale, il faut bien un groupe, même s’il n’est pas politique, qui pèse dans le débat et propose autre chose », prévient-il. Ce dernier soutenait un nouveau mandat de Jean-René Etchegaray, mais il a bien senti que ce n’était pas partagé par plusieurs maires du territoire, installés ou nouvellement élus.
C’est pourquoi la composition de la nouvelle gouvernance revêt une importance capitale pour la destinée de cette intercommunalité XXL, la plus importante de France en nombre de communes (158), et qui n’a pas encore célébré ses dix années d’existence. Pour la destinée du Pays basque.



