Yves Guéna, une vie dédiée au gaullisme et à la Dordogne
Le 25 novembre 1962, Yves Guéna était élu député de la Dordogne, marquant le début d'une longue carrière politique ancrée dans ce département. Le 8 mars 1970, il devenait conseiller général de Périgueux, un mandat qu'il conservera jusqu'en 1989. Décédé le 3 mars 2016 à l'âge de 93 ans, ce Breton d'origine a laissé une empreinte indélébile sur la vie publique française, en particulier en Périgord.
Un engagement précoce aux côtés de De Gaulle
À 17 ans, en 1940, Yves Guéna embarque à Brest pour rejoindre à Londres le général de Gaulle, alors méconnu, qui venait de lancer son appel à la résistance depuis l'Angleterre. « Je n'en avais jamais entendu parler avant, mais j'ai vu tout de suite que c'était notre chef », confiait-il des années plus tard. Ce jeune Breton participe ensuite à la campagne d'Afrique et au Débarquement de Normandie en 1944. Une grave blessure à Alençon (Orne) le conduit à rencontrer une infirmière, Oriane de la Bourdonnaye, dont les liens familiaux avec la Dordogne, via le château de Chantérac, l'ont finalement attaché à cette région où il élèvera sept enfants.
Une carrière politique marquée par la fidélité gaulliste
Après avoir intégré la première promotion de l'École nationale d'administration (ENA) en 1946, Yves Guéna occupe des postes au Maroc et au Conseil d'État avant d'entrer dans des cabinets ministériels. Sa loyauté envers de Gaulle le mène à participer à la rédaction de la Constitution de la Ve République en 1958. En politique, il choisit le Périgord comme terre d'élection, se présentant en 1962 comme gaulliste de gauche sous l'étiquette de l'Union démocratique du travail (UDT), mettant en avant son passé de Français libre et ses attaches familiales pour éviter l'image de parachuté.
Élu et réélu député jusqu'en 1981, il est nommé ministre des PTT en 1967, puis ministre de l'Information en mai 1968, chargé de remettre de l'ordre à l'ORTF, ce qui provoque des manifestations jusqu'à Périgueux. Il occupe ensuite les portefeuilles des Transports (1973) et de l'Industrie, du Commerce et de l'Artisanat (1974), contribuant notamment à la décentralisation de l'Imprimerie du timbre à Boulazac et à l'amélioration des liaisons ferroviaires Périgueux-Limoges-Paris.
Un élu périgourdin influent et combatif
Yves Guéna s'impose en Dordogne en s'appuyant sur des alliances avec les communistes, partageant des valeurs issues de la Résistance. « Leurs relations ont toujours été empreintes d'un respect mutuel lié à la Résistance », note l'historien Bernard Lachaise. En 1971, il conquiert la mairie de Périgueux, qu'il dirige pendant plus de vingt-cinq ans, jusqu'à sa nomination au Conseil constitutionnel en 1997. Il modernise la ville, profitant de son réseau parisien pour désenclaver la préfecture, par exemple en obtenant l'installation d'une école de police après la fermeture d'une caserne.
Au Conseil général, où il siège de 1970 à 1989, il s'oppose régulièrement aux socialistes. Il est également sénateur de Dordogne de 1989 à 1997. Sa carrière nationale culmine avec la présidence du Conseil constitutionnel de 2000 à 2004, succédant à un autre Périgourdin, Roland Dumas. Il préside aussi l'Institut Charles-de-Gaulle et l'Institut du monde arabe.
Un héritage gaulliste vivace en Dordogne
Yves Guéna incarne le gaullisme en Dordogne, organisant chaque 18 juin un banquet républicain et adoptant la devise « Gaulliste un jour, gaulliste toujours ». Méfiant envers l'Allemagne et l'Europe fédérale, il veille à ce que le drapeau européen n'entre pas dans la mairie de Périgueux de son vivant. Il corrigeait aussi ceux qui parlaient d'« Armistice » le 8 mai, rappelant que c'était la Victoire de 1945.
Enterré à Chantérac, il laisse son nom à une place à Périgueux et une avenue à Neuvic. En octobre, un colloque organisé par Bernard Lachaise lui sera consacré à Périgueux, témoignant de l'impact durable de cette figure politique.



