Un désert politique pour la gauche varoise
Les élections municipales de 2026 dans le Var ont confirmé une tendance lourde : le département est devenu un territoire quasi-imperméable à la gauche. Alors que près de 3.400 conseillers municipaux viennent d'être désignés, les forces de gauche ne peuvent compter que sur une poignée d'élus, représentant moins de 1% du total.
Saint-Zacharie, ultime bastion
Seule commune du Var à avoir élu un maire classé à gauche, Saint-Zacharie fait figure d'exception remarquable. Cette petite cité provençale de moins de 6.000 habitants, située à la lisière des Bouches-du-Rhône, a reconduit Jean-Jacques Coulomb avec 53,46% des voix. Classé « divers gauche » par la préfecture, le maire succède à une lignée familiale qui dirige la commune depuis près de quarante ans.
« On peut légitimement se demander si les électeurs ont voté pour son étiquette politique ou pour la continuité d'une gestion familiale bien ancrée », analyse un observateur local.
Une présence symbolique dans les grandes villes
Dans les quinze plus grandes villes du Var, la situation est particulièrement préoccupante pour la gauche. Seules cinq communes - La Seyne, Fréjus, Saint-Raphaël, La Garde et Ollioules - compteront des sièges estampillés « divers gauche » ou « union de la gauche », pour un total de quatorze élus seulement.
Les villes majeures du département sont désormais des zones blanches pour la gauche : Toulon, Hyères, Draguignan, Sanary ou Brignoles n'auront aucun représentant de gauche dans leurs conseils municipaux.
Des explications structurelles
Michel Albenga, secrétaire fédéral du Parti socialiste dans le Var, affiche un air abattu au lendemain des élections. « On s'attendait à un peu mieux », euphémise-t-il, avant d'ajouter : « Nos camarades ont fait de belles choses, mais on ne peut pas dire qu'on soit remboursés... »
Plusieurs facteurs expliquent cette débâcle :
- Le vote utile qui a siphonné les voix de gauche dès le premier tour
- Un manque de visibilité des candidats et des programmes
- Une évolution sociologique du département avec moins d'industries traditionnelles
- Le transfert du vote ouvrier vers l'extrême droite
Virginie Martin, politologue varoise, confirme cette analyse : « La population locale est désormais majoritairement composée de petits entrepreneurs, de salariés du privé et de professions libérales, des catégories moins enclines à voter à gauche. »
La reconstruction en question
Face à ce constat sévère, les forces de gauche s'interrogent sur leur avenir dans le département. Les référents varois du parti Place publique ont publié un communiqué affirmant : « Il est urgent de mettre en place de nouvelles dynamiques dans notre département. Nous maintiendrons un cap clair, fidèle à nos valeurs, loin de toute complaisance ou alliance avec les extrêmes. »
Michel Albenga promet quant à lui une refonte complète : « Il faut une ligne bien tranchée, plus ferme. Nous allons repenser notre logiciel tout en continuant de travailler sur les dossiers, avec les associations et au plus près des habitants. »
Le défi est de taille pour la gauche varoise qui devra reconstruire presque ex nihilo avant les prochaines échéances électorales, dans un département où le pluralisme politique semble sérieusement mis à mal.



