Dans un entretien accordé à Libération, l'historien et directeur de l'Institut français des relations internationales (Ifri), Thomas Gomart, livre une analyse acérée des transformations de la communication politique en période électorale. Selon lui, la campagne présidentielle française pourrait voir émerger de multiples candidats adoptant des méthodes inspirées de Donald Trump, qu'il qualifie de « petits Trump ».
Une campagne marquée par l'émotion et la simplification
Thomas Gomart observe que la manière de faire campagne a profondément évolué, notamment sous l'influence des réseaux sociaux et de la personnalisation du pouvoir. « Il faut s'attendre à la multiplication de petits Trump », prévient-il, faisant référence à des candidats qui utilisent des discours clivants, des attaques personnelles et une communication directe, souvent outrancière, pour capter l'attention médiatique et électorale.
L'historien souligne que cette tendance n'est pas propre à la France, mais qu'elle s'inscrit dans un mouvement global de remise en cause des élites et de la parole des experts. Les candidats « trumpistes » misent sur l'émotion plus que sur la raison, et sur des promesses simples face à des problèmes complexes.
Les réseaux sociaux comme accélérateur
Les plateformes numériques jouent un rôle clé dans cette évolution. Elles permettent de contourner les médias traditionnels et de créer une relation directe avec les électeurs. « On assiste à une fragmentation de l'espace public, où chaque candidat peut construire sa propre bulle informationnelle », explique Thomas Gomart. Cette dynamique favorise la polarisation et rend plus difficile le débat contradictoire.
Pour l'historien, la campagne présidentielle de 2022 en France a déjà montré des signes de cette tendance, avec des candidats comme Éric Zemmour ou Marine Le Pen qui ont utilisé des codes similaires à ceux de Trump. Mais il estime que le phénomène va s'accentuer, notamment chez les candidats les moins bien placés dans les sondages, qui chercheront à créer des « coups d'éclat » pour exister médiatiquement.
Les conséquences sur la vie politique
Cette multiplication de « petits Trump » pourrait avoir des conséquences durables sur la vie politique française. D'une part, elle banalise des discours radicaux et des attaques contre les institutions. D'autre part, elle pousse les candidats plus modérés à durcir leur propre discours pour ne pas être marginalisés. « On risque une surenchère verbale qui peut déstabiliser le jeu démocratique », alerte Thomas Gomart.
Il appelle à une prise de conscience collective et à un renforcement de l'éducation aux médias pour permettre aux citoyens de décrypter ces nouvelles stratégies de communication. « Il est essentiel de maintenir un espace de débat raisonné, fondé sur des faits et des arguments, plutôt que sur des émotions manipulées », conclut-il.



