Conseil municipal de La Rochelle : tensions et règlements de comptes avant les élections
Tensions au conseil municipal de La Rochelle avant les élections

Conseil municipal de La Rochelle : une séance houleuse avant les élections

Demandes d'excuses publiques, accusations directes, insinuations politiques… La dernière réunion du conseil municipal du second mandat de Jean-François Fountaine à La Rochelle a été particulièrement agitée ce lundi. Les échanges entre élus se sont révélés particulièrement rudes, comme si les protagonistes n'arrivaient pas à se quitter à moins de deux semaines des élections municipales et de l'élection d'un nouveau conseil municipal.

Une ambiance électrique dans la salle du Conseil

La dernière réunion publique du mandat en cours a duré cinq heures ce lundi 2 mars. Bien qu'il s'agissait d'une véritable réunion de travail avec 43 délibérations à l'ordre du jour, elle a surtout été le théâtre d'une intense expression des divergences politiques, des frustrations accumulées, des complicités passées, des rancœurs persistantes et des enthousiasmes contrastés qui ont émaillé les débats durant les six années écoulées, et même douze ans pour ceux qui ont vécu les deux mandats successifs du maire divers gauche Jean-François Fountaine.

Pourtant, Thibaut Guiraud, maire depuis juin pour préparer la relève fountainiste, avait convié tous les élus à un « temps de convivialité » dans la salle des fêtes de l'hôtel de ville en amont de la séance. L'objectif affiché était de « saluer » les équipes sortantes autour d'un verre et de petits fours. Mais la perspective d'applaudir Jean-François Fountaine et ses deux premières adjointes, Marylise Fleuret-Pagnoux (2014-2020) et Catherine Léonidas (2020-2026), qui quittent définitivement la mairie avec une médaille d'honneur de la Ville de La Rochelle au cou, n'a convaincu ni les oppositions, ni les élus de la majorité qui rejoignent des listes concurrentes à celle de Thibaut Guiraud.

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Des tensions qui éclatent dès l'ouverture de la séance

Dès le coup d'envoi de la réunion du soir, l'ambiance de fin de règne et les enjeux de la période électorale ont pris le dessus sur l'exigence de bienséance, de courtoisie républicaine et de respect mutuel qui prévalaient le plus souvent jusque-là. Dominique Guégo, adjoint toujours en poste qui a rejoint le candidat divers gauche Olivier Falorni, a réclamé d'emblée des « excuses publiques » à sa collègue Ana-Maria Spano, présente sur la liste Guiraud, pour « des insultes » captées à son insu par la sonorisation de la salle lors du conseil municipal de février déjà marqué par l'approche des élections.

L'adjointe aux musées, impassible, ne s'excusera que « pour ne pas avoir éteint le micro. Je parlais toute seule. »

Médiation ratée et accusations croisées

Rendant compte de son activité de médiateur officiel de la Ville et l'Agglo auprès de la population, Henri Lambert s'est ensuite risqué à suggérer au service du stationnement d'être plus compréhensif, voire dans l'anticipation, vis-à-vis de certains automobilistes en faute et verbalisés. Olivier Prentout, qui vient de quitter sa délégation aux mobilités mais reste adjoint au maire, n'a guère apprécié la mise en cause : « Il ne faut pas jouer au plus naïf et à la victime ! Vos propos sont partiels et assez discriminants ! » Une médiation en direct ratée, pour le coup.

Aya Koffi, du groupe Le Renouveau issu de la liste Falorni de 2020, a alors évoqué la spirale qui a conduit le Centre Inter-Mondes à la liquidation judiciaire et a jugé que « la responsabilité de la Ville » était engagée. L'adjointe à la culture, Catherine Benguigui, a démenti. Aya Koffi a insisté, arguant que de toute façon ces derniers temps « vous avez déserté la campagne, vous faites campagne ailleurs ! »

Le ton monte entre les différents groupes politiques

« Je trouve ces insinuations scandaleuses ! », s'est défendue l'intéressée, vite soutenue par Jean-François Fountaine, désormais simple conseiller municipal, qui est allé plus loin : « L'association a connu des difficultés, en faire reposer la responsabilité sur la Ville, c'est minable ! Je dis bien, minable ! »

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Leader du Renouveau, Franck Coupeau a alors ciblé le « pseudo-chroniqueur du dimanche qui veut tailler tout le monde », en référence aux vidéos hebdomadaires d'analyse de la campagne électorale postées par l'ancien maire et soutien de Thibaut Guiraud.

Nadège Désir, qui a quitté la liste Le Renouveau en cours de mandat, est intervenue alors en revenant, pour le « déplorer », sur l'épisode d'août 2020. Quand, battu par Jean-François Fountaine au deuxième tour des municipales, Olivier Falorni avait renoncé à représenter ses électeurs en tant que conseiller municipal d'opposition en démissionnant de son mandat d'élu. « Il a ce pouvoir démoniaque de pouvoir piloter le groupe à distance ! », a-t-elle expliqué, ajoutant que « oui, on est en campagne électorale, mais tout n'est pas permis pour autant ! »

Le point culminant des tensions

La tension a atteint son comble sur l'aménagement de logements dans la zone d'activité concertée des Salines, quand l'adjoint à l'urbanisme Sylvain Dardenne a appelé les électeurs à relever que « les écologistes s'opposent à la construction de logements » et a lancé à Jean-Marc Soubeste : « vous êtes à côté de la plaque ».

L'habituellement très calme élu d'opposition écologiste a relevé qu'avec le chantier de dépollution Marcel-Paul, c'était « la deuxième fois » qu'un procès en incompétence lui était intenté en ces termes. Une fois de trop : « Vous feriez mieux de fermer votre… bouche ! », a-t-il tonné alors, furibard. Un brouhaha s'est ensuivi dans la salle. « C'est quoi ce guignol ? », a renchéri Franck Coupeau en visant Dardenne, ajoutant à l'adresse du maire : « Il est temps de siffler la fin de la récré ! ».

Un retour au calme difficile

Il a fallu la séquence finale des « remerciements », aux personnels administratifs et du cabinet (certains se trouvant de fait sur un siège éjectable) et les hommages appuyés à Jean-François Fountaine, notamment, pour retrouver sourires et trémolos dans la voix. Un « collectif au service de notre ville », a noté pour conclure Thibaut Guiraud, passé par toutes les émotions lors de ce dernier conseil municipal qui s'est quitté sous ses propres applaudissements.

L'installation du prochain conseil municipal est programmée au 28 mars. Et durant les jours qui précèdent le deuxième tour, la campagne électorale ne peut que faire monter la tension. Mais cette fois, en dehors de la salle du Conseil municipal.