Stéphane Roudaut, l'outsider qui a conquis Brest et mis fin à 37 ans de règne socialiste
Son nom ne vous évoque peut-être rien. À moins de fréquenter assidûment les arènes politiques bretonnes ou de résider dans le pays brestois, Stéphane Roudaut n'était pas une figure médiatique régionale. Pourtant, à 48 ans, cet homme non encarté vient de réaliser un coup de maître. Élu maire de la petite commune de Gouesnou depuis 2014, il a été propulsé dimanche à la tête de Brest, la deuxième plus grande métropole bretonne derrière Rennes.
Un séisme politique dans le Finistère
Au second tour des élections municipales, Stéphane Roudaut a balayé le maire sortant François Cuillandre, dont l'alliance avec La France Insoumise n'a pas convaincu les électeurs. Pour la première fois depuis trente-sept ans, la ville de Brest ne sera plus gouvernée par le Parti socialiste. Un véritable tremblement de terre finistérien qui redessine le paysage politique local.
Stéphane Roudaut, dont le nom se prononce « Roudaute », n'est cependant pas un novice en politique. Conseiller régional au sein du groupe de droite « Hissons haut la Bretagne » depuis 2015, le nouveau maire siégeait également au conseil de Brest métropole en tant qu'édile de Gouesnou.
« C'est un homme du sérail métropolitain. De ce point de vue là, les Brestois n'ont pas fait un saut dans le vide, c'est un élu local repéré, déjà institutionnalisé », analyse le politologue Romain Pasquier.Un élu de terrain au profil social
Marié et père de deux enfants, Stéphane Roudaut cultive une réputation d'homme proche des citoyens. « Le matin, il partait courir et il observait tout. Le moindre lampadaire défectueux, il le repérait et le faisait remonter », témoigne l'un de ses proches collaborateurs à la mairie de Gouesnou.
Dans cette commune de 6 600 habitants, il avait l'habitude de prendre un café au bar-tabac, au contact direct des administrés. « Il revenait toujours avec une liste de choses à régler », confie ce même collaborateur.
« C'est quelqu'un de très accessible, à l'écoute », témoigne Hugues Jehanno, le tout nouveau maire de Locminé, qui l'a côtoyé au conseil régional. Il décrit un élu « très investi dans ses missions » et fin connaisseur « des sujets qui touchent aux infrastructures ».Un parcours marqué par l'humilité et la détermination
Issu d'un milieu modeste, Stéphane Roudaut a perdu son père à l'âge de 12 ans. Élevé par sa mère avec son frère, il a grandi entre Brest, Landeda, Plouguerneau et Guilers, dans le Finistère. Après des études de philosophie politique à la Sorbonne à Paris, où ses camarades le surnommaient « Chirac », il intègre un cabinet d'audit puis le secrétariat d'État aux personnes handicapées.
En 2004, il devient chef de cabinet au Conseil général de l'Yonne, avant de revenir en Bretagne en 2008 comme directeur de cabinet du maire de Landerneau. « C'est la droite sociale », explique Romain Pasquier, le distinguant nettement du profil plus autoritaire de Bernadette Malgorn, ancienne préfète battue aux municipales de 2020 à Brest.
Un passionné de bandes dessinées et de football
Grand lecteur, le nouveau maire de Brest est un fervent amateur de bandes dessinées, dont il posséderait des centaines d'exemplaires. Adepte de course à pied et ancien footballeur ayant flirté avec les détections des grands clubs, il est aussi un supporter fidèle du Stade Brestois.
Décrit comme un travailleur infatigable, Stéphane Roudaut devra maintenant adapter sa méthode de gouvernance à une ville de près de 150 000 habitants. « Je pense qu'il va transformer la fonction de maire de quartier pour garder la proximité », anticipe son ancien collaborateur.
Cette élection marque un tournant historique pour Brest, avec l'arrivée d'un homme qui incarne une droite sociale, pragmatique et résolument ancrée dans le territoire breton.



