Le Sénat rejette la nationalisation d'ArcelorMittal, un projet soutenu par la gauche et les syndicats
Sénat rejette nationalisation d'ArcelorMittal

Le Sénat rejette la proposition de nationalisation d'ArcelorMittal

Le Sénat a voté, mercredi, contre la nationalisation d'ArcelorMittal, un projet soutenu par la gauche et les salariés mais jugé irréaliste par la droite et le gouvernement. Les sénateurs ont rejeté, sans grande surprise, la proposition de loi visant à nationaliser les actifs français du géant sidérurgique, malgré la mobilisation de salariés à proximité du palais du Luxembourg.

Un vote attendu dans un contexte politique tendu

Adoptée in extremis à l'Assemblée nationale fin novembre à l'initiative de La France insoumise, la proposition de loi de nationalisation a été inscrite à l'ordre du jour du Sénat par les communistes dans leur espace réservé. Le Sénat, où la droite et le centre sont majoritaires, a rejeté le principal article de la proposition de loi par 227 voix contre, tandis que 112 sénateurs ont voté pour.

Le gouvernement et la droite dénoncent un « leurre »

Le gouvernement s'est fermement opposé au projet de nationalisation, qualifié de « leurre » par le ministre de l'Industrie Sébastien Martin. À la tribune, il a dénoncé un « texte d'affichage » et a souligné que la confirmation par ArcelorMittal, il y a deux semaines, de la construction sur le site de Dunkerque de son plus gros four électrique d'Europe, « témoigne d'un groupe qui veut rester en France et continuer à produire ici, avec nos sites et nos salariés français ».

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Le ministre a exprimé ses regrets concernant le plan social annoncé en avril par le groupe, mais a réaffirmé que ce n'est « pas en nationalisant que nous donnerons de véritables perspectives aux salariés ». Les sénateurs de la droite et du centre ont également souligné que la nationalisation ne résoudra pas les difficultés structurelles de la sidérurgie européenne, liées à la surcapacité mondiale, au coût de l'énergie ou à la concurrence déloyale.

Le coût financier et les alternatives évoqués

La sénatrice Marie-Claude Lermytte (Les indépendants) a rappelé le coût estimé de cette nationalisation, plus de 4 milliards d'euros, qui « pèserait lourdement sur nos finances publiques ». Elle a déclaré : « Quitte à investir des milliards dans la sidérurgie, nous préférons que l'État co-investisse avec ArcelorMittal pour décarboner tous ces sites en France et produire de l'acier du futur dont notre industrie a besoin ».

La gauche et les syndicats maintiennent la pression

La gauche, qui a voté pour la nationalisation, a rappelé les aides publiques massives dont a bénéficié le groupe. La présidente du groupe communiste Cécile Cukierman a dénoncé que « des millions d'euros » ont « renfloué les poches des actionnaires » d'ArcelorMittal, plutôt qu'empêché la désindustrialisation. Le socialiste Rémi Féraud a ajouté : « Ne nous payons pas de mots. Les investissements annoncés par ArcelorMittal à Dunkerque ne permettent même pas de compenser les suppressions d'emplois annoncées parallèlement ».

Après le vote, le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a réagi sur X : « La droite approuve donc la liquidation de la sidérurgie française. Mittal les a remerciés au moins ? »

Mobilisation syndicale et perspectives futures

Quelque 250 militants de différentes fédérations de la CGT s'étaient réunis dans la matinée à proximité du Sénat pour réclamer la nationalisation. La secrétaire générale du syndicat Sophie Binet a lancé, avant le vote : « Aujourd'hui, la deuxième mi-temps s'ouvre. Quel que soit le résultat, le match se jouera dans les prolongations », évoquant un autre vote prévu à l'Assemblée nationale le 11 juin.

Elle a assuré : « Sans la nationalisation d'ArcelorMittal, il n'y aura plus d'acier français ni européen », fustigeant le « symbole de la démission des responsables politiques face aux forces de l'argent ». Gaëtan Lecocq, du site de Dunkerque, a confié : « On n'y croyait pas, mais on a commencé à avoir espoir » au sujet du vote de l'Assemblée nationale. « C'est l'espoir de l'industrie française parce qu'un pays sans industrie est un pays qui n'existe pas ».

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Contexte industriel et incertitudes

Avant l'annonce récente du four électrique, le géant de la sidérurgie avait suspendu depuis fin 2024 ses plans d'investissements dans la décarbonation en Europe et annoncé en avril un plan social en France. La pertinence de ce plan est mise en cause par un rapport d'expertise commandé par le Comité social et économique (CSE), ajoutant aux tensions autour de l'avenir du secteur.