Saint-Vincent-de-Tyrosse : Un scrutin municipal sans opposition, un cas unique en France
Dans la commune de Saint-Vincent-de-Tyrosse, qui compte plus de 8 000 habitants, une situation politique inhabituelle se dessine pour les prochaines élections municipales. Le maire sortant, Régis Gelez, se présente sans aucun adversaire, un contraste frappant avec les élections de 2020 où quatre listes s'affrontaient vivement. Cette absence de compétition électorale soulève de nombreuses questions sur la santé démocratique locale et l'engagement des citoyens.
Un marché silencieux et des tracts absents
Alors que dans toute la France, les marchés sont traditionnellement investis par les équipes de campagne pour distribuer des tracts et convaincre les électeurs, à Saint-Vincent-de-Tyrosse, ce samedi 28 février, la scène est bien différente. Les seuls à distribuer des documents sont les membres de la Ligue des droits de l'homme, pour promouvoir les animations de la cinquième édition de Parcours de femmes. Le marché lui-même, dont le déplacement du vendredi au samedi fut l'une des premières actions du maire fraîchement élu en 2020, offre un spectacle désolant.
Régis Gelez se défend en expliquant : « Ce n'est pas un marché où l'on vient pour se promener, c'est un marché où les Tyrossais viennent récupérer des paniers, et leur nombre est en augmentation, demandez aux maraîchers. » Depuis le début de son mandat, le maire a dû faire face à des attaques constantes, notamment via une page Facebook suivie par 850 personnes et animée par une ancienne candidate, qui a fait du dénigrement systématique de l'action municipale son fonds de commerce.
Les raisons d'une opposition défaillante
Comment expliquer qu'aucune liste adverse ne se soit constituée face au maire sortant ? En 2020, quatre candidats étaient sur la ligne de départ. Félix, un jeune retraité croisé rue du Midi, avance une théorie : « Dans le magazine de la ville, au fil du mandat, on a vu la tribune réservée à l'opposition devenir moins virulente, je pense qu'ils ont tout simplement baissé les bras. » Sa femme, Martine, nuance : « C'est peut-être aussi parce qu'il y a eu du dialogue au cours de ce mandat. Le maire est assez facile d'accès, il dit bonjour, et ce n'est déjà pas donné à tout le monde. »
Gilles Dor, candidat en 2020, exprime son regret face à cette absence de liste concurrente : « Il n'y avait pas de nouveaux leaders pour rajeunir cette opposition, la plupart de mes colistiers sont très investis depuis quinze ans, il y a une certaine usure, et nous n'avons pas pu monter de liste. Malheureusement, je pense que ça donne une image peu flatteuse de Tyrosse, mais j'incite fortement les gens à aller voter. »
Des citoyens divisés et un maire perplexe
Alain, un ex-comptable originaire de la région parisienne installé depuis dix ans à Tyrosse, espérait une alternative politique à droite : « Je n'irai pas voter, le seul candidat ne représente pas mes idées. Je m'étonne que personne ne se soit présenté face au maire, j'ai bien peur qu'avec la construction des centaines de logements pendant le mandat, les services publics nécessaires pour accueillir 3 000 habitants supplémentaires mettent les comptes dans le rouge. »
Régis Gelez s'étonne de cette explication : « Cette personne connaît a priori bien mal les finances de la Ville. » Le maire déplore également le contexte : « Nous sommes en campagne depuis deux mois, il y a eu des tentatives pour monter des listes, mais elles n'ont pas débouché. J'aurais bien aimé débattre. Il y a six ans, mes trois adversaires me traitaient de menteur. On a organisé trois réunions publiques et il y a moins de monde qu'en 2020, je le regrette, mais l'enjeu n'y est pas ! »
Interprétations et conséquences pour l'avenir
Brigitte, une habitante rencontrée au marché, voit plutôt dans cette situation la réussite du maire et de son équipe : « C'est une situation un peu particulière mais, en même temps, ça peut vouloir dire que la population est contente. Enfin moi je l'interprète comme ça. La population tyrossaise s'est beaucoup renouvelée, je ne sais pas si les nouveaux arrivants ont envie de s'engager, aussi. »
Une colistière du maire sortant abonde : « On essaye de défendre un bilan, mais il n'y a personne en face. C'est difficile de trouver 30 noms, de trouver des gens mobilisés. On a tous des contraintes, il faut avoir du temps à mettre à disposition, certains ont peut-être freiné. Dans notre liste, nous avons aussi de nouveaux arrivants. »
Fusilha Destenabe, qui a siégé dans l'opposition au Conseil municipal, déplore le manque d'engagement généralisé : « Beaucoup de gens m'ont demandé si je montais une liste, et quand je leur demandais de me rejoindre, ils regardaient leurs chaussures. J'invite les Tyrossais à rester exigeants, j'étais vraiment persuadé qu'une liste serait montée à droite, et ce n'est pas le cas. »
Une abstention déjà élevée et des blagues populaires
Au stade de la Fougère, les avis sont plus tranchés. Francis, un fidèle du club, s'emporte : « C'est minable. Soit il y a des dégonflés, soit tout le monde s'en fout. Dans un village de l'Agglo de Dax de 210 habitants, ils ont réussi à faire deux listes, à Siest ! » Il admet cependant ne plus voter dans la commune.
La question « Et toi, tu vas voter pour qui ? » est devenue une blague populaire parmi les habitants. Reste à voir quel sera le taux d'abstention, qui était déjà élevé en 2020 à 54,68 %, malgré une offre politique pléthorique à l'époque. Jour de match à la Fougère, mais le sujet des élections municipales semble aussi absent des discussions que lors du marché du samedi matin, selon Matthieu Sartre.



