Le 7 juillet 2026, une journée singulière s'est déroulée à l'Assemblée nationale pour les députés du Rassemblement national (RN). Alors que la condamnation en appel de Marine Le Pen dans l'affaire des assistants parlementaires européens tombait, les élus d'extrême droite ont choisi la discrétion dans l'hémicycle, mais ont massivement participé au vote d'une proposition de loi controversée instaurant une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre.
La condamnation de Marine Le Pen : une nouvelle discrète mais décisive
Peu avant 14 heures, la nouvelle tant attendue par les députés RN est tombée : Marine Le Pen a été condamnée en appel à 100 000 euros d'amende, trois ans de prison dont deux avec sursis, et quarante-cinq mois d'inéligibilité dont trente mois avec sursis. Cette peine lui permet de rester candidate à l'élection présidentielle. Pendant que l'état-major du parti se réunissait au siège pour déterminer qui, de Jordan Bardella ou Marine Le Pen, briguerait la présidence, les députés RN sont restés discrets au Palais-Bourbon, sans commentaire à chaud.
Les réactions sont venues des autres groupes politiques. Le socialiste Arthur Delaporte a glissé : « Entre Jordan Bardella et Marine Le Pen, peu me chaut. » À La France insoumise, Eric Coquerel, président de la commission des Finances, a promis : « Quel que soit le candidat, on le battra. » François Ruffin a déploré une « République des bracelets électroniques » et une « corrosion de la Nation ». Du côté du camp présidentiel, Jean-René Cazeneuve, député du Gers, a estimé que « cela pose un problème moral qu'elle se présente ». Chez Les Républicains, Antoine Vermorel-Marques, élu de la Loire, s'est interrogé : « Est-ce que Marine Le Pen peut représenter la France en étant ainsi condamnée ? »
Le suspense n'a duré que quelques heures. À 20 heures, sur le plateau du JT de TF1, Marine Le Pen a confirmé sa candidature à l'élection présidentielle, malgré la menace d'un bracelet électronique si la Cour de cassation confirmait le jugement avant le premier tour.
Un texte controversé : la présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre
Le sort de Marine Le Pen n'a pas totalement éclipsé l'autre sujet du jour : l'examen de la proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre dans l'exercice de leurs fonctions. Cette mesure, défendue de longue date par le RN et la droite, avait été déposée une première fois en décembre 2024 par le LR Eric Pauget. Examinée en janvier lors de la niche parlementaire du groupe LR, elle n'avait pu être adoptée faute de temps. Elle est revenue avec le soutien du gouvernement.
Sur les bancs de l'opposition, les Insoumis ont mené la charge. Avant le début des débats, Antoine Léaument a distribué des exemplaires de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen pour marquer son opposition. Lors des questions au gouvernement, Manuel Bompard a dénoncé cette mesure « directement issue du programme de Jean-Marie Le Pen » et interpellé le ministre de l'Intérieur : « Comptez-vous être celui dont l'histoire retiendra qu'il a mis en œuvre une mesure de Jean-Marie Le Pen ? » Le ministre Laurent Nunez a répondu : « Vous n'entretenez que des fantasmes sur ce texte. »
Des débats houleux et une adoption sous tension
Au moment de l'examen, les bancs du RN étaient quasiment au complet. Présidée par la vice-présidente RN de l'Assemblée nationale, Hélène Laporte, la séance a été marquée par de nombreux rappels au règlement et des invectives entre les bancs de la gauche, de la droite et de l'extrême droite. Pour couper court aux 300 amendements déposés par les groupes de gauche, le gouvernement a utilisé l'article 44 alinéa 2 de la Constitution, empêchant l'examen de tout nouvel amendement. Une décision applaudie sur les bancs du RN, mais vivement dénoncée par l'opposition. « Honte à vous », a lancé Benjamin Lucas. « Voilà ce qu'est le fascisme au pouvoir », a renchéri Louis Boyard, des propos qui ont conduit Hélène Laporte à saisir le Bureau de l'Assemblée.
Un autre moment de tension est survenu lorsque Antoine Léaument et Benjamin Lucas sont montés à la tribune, un fait inhabituel en dehors des prises de parole prévues. « Oui, je suis monté à la tribune, même si c'est interdit », s'est exclamé Antoine Léaument, tandis que Benjamin Lucas invectivait les députés favorables au texte : « Vous devriez avoir honte, dans ces tribunes, les familles de victimes et de violences policières vous regardent. » Parmi les présents dans les gradins du public, la militante Assa Traoré, sœur d'Adama Traoré, mort il y a dix ans lors d'une interpellation par des gendarmes qui ont depuis bénéficié d'un non-lieu.
Dans la soirée, la proposition de loi a été adoptée à 313 voix pour contre 199 voix contre. Elle sera transmise au Sénat où elle devrait, sans surprise, être adoptée par la majorité sénatoriale. Sur X, le patron du PS s'est ému : « C'est une immense régression de notre État de droit… je n'ose imaginer ce que cette loi, dans les mains d'une extrême droite qui l'aurait emporté, pourrait entraîner. Robert Badinter est au Panthéon mais ce soir les idées de l'extrême droite étaient majoritaires dans l'hémicycle. »
Pour les députés RN, cependant, la bonne nouvelle du jour n'était pas celle-là, mais bien la condamnation de Marine Le Pen qui lui permet de rester candidate.



