Le Rassemblement national absent des urnes à Périgueux
Mercredi 25 février, une annonce a surpris le conseil municipal de Périgueux : le Rassemblement national ne présentera finalement pas de liste aux élections municipales. Cette nouvelle, tombée en pleine séance, a immédiatement modifié le paysage électoral de la préfecture de la Dordogne.
Un paysage politique redessiné
Le maire sortant Emeric Lavitola (PS), qui présidait la séance, a réagi par une publication sur les réseaux sociaux. Pourtant, cette absence du parti d'extrême droite pourrait paradoxalement compliquer sa réélection. « Sans le RN, la droite est a priori moins divisée », analyse-t-on dans les coulisses de la campagne.
Le sortant ne mâche pas ses mots : « Ce parti a beaucoup communiqué, annonçant même une vague patriote. Il n'a pas été capable de formifier une offre politique à Périgueux, ce qui montre que cela reste honteux de s'afficher au RN. Tant mieux, le camp républicain reste fort et aucun RN ne siégera dans cet hémicycle ».
Les candidats face à l'absence du RN
L'attention se porte désormais sur les autres candidats, qui pourraient tenter de récupérer une partie de l'électorat du RN. Michel Cadet (Horizons) se trouve particulièrement sous les projecteurs. En décembre 2024, il avait déjeuné avec la députée RN de Dordogne Florence Joubert, suscitant de vives réactions.
À deux semaines du scrutin, le candidat assume toujours ce moment « informel » : « Je discute avec tout le monde, sans pour autant penser la même chose ». Il met cependant en avant un thème cher au RN : « La sécurité est au premier plan de notre programme. Ce parti répond à de vrais problèmes. Il le fait à sa façon, je pense qu'on peut y répondre un peu différemment ».
Stratégies électorales et positionnements
Antoine Audi, ancien maire de 2014 à 2020 et candidat divers droite soutenu par LR, Renaissance et l'UDI, voit dans cette absence une confirmation : « L'absence d'une liste RN aux élections municipales est à l'image de notre ville qui a toujours, compte tenu de son histoire, tourné le dos aux extrêmes. Cela nous donne raison, nous qui avons construit une alliance allant de la droite au centre, sans aucune ambiguïté ».
De l'autre côté de l'échiquier politique, Vincent Belloteau (LFI) juge la situation « réjouissante » : « Cela garantit l'absence de représentation de ce courant au sein du Conseil municipal. Ils ont un socle électoral important, le vent en poupe et ils n'arrivent pas à faire une liste dans une ville préfecture ? C'est de l'amateurisme ».
Une course à cinq candidats
La ligne de départ se dessine désormais clairement avec cinq candidats :
- Emeric Lavitola (PS), le maire sortant
- Michel Cadet (Horizons), l'outsider à droite
- Antoine Audi (divers droite), l'ancien maire
- Vincent Belloteau (LFI), l'Insoumis
- Jonathan Almosnino (LO), le révolutionnaire
Jonathan Almosnino, tête de liste Lutte ouvrière, reste placide : « Pour nous, ça ne change rien. On ne va pas aller à la course aux voix du RN, un parti ennemi des travailleurs et des classes populaires. Mais il est certain que d'autres vont aller grappiller quelques voix en se lançant dans une course à la démagogie ».
Les enjeux de la dernière ligne droite
La question qui anime désormais la campagne est simple : à qui profitera l'absence du RN ? Vincent Belloteau a son idée : « Michel Cadet marche sur des œufs au moment de parler du RN. Je suis convaincu qu'il n'est pas de cette tendance mais il ne veut pas froisser cet électorat, d'où un appel à demi voilé ».
Antoine Audi, quant à lui, décrit un paysage politique clivé : « Ainsi, le paysage politique qui est présenté aux électrices et électeurs fait état de trois listes de gauche et deux listes 'pas à gauche' ». Une formulation qui ne manque pas de susciter des interrogations sur le positionnement exact des candidats de droite.
Dans les deux semaines qui restent avant le scrutin, chaque candidat devra affiner sa stratégie pour convaincre un électorat dont les repères viennent d'être modifiés par cette absence inattendue du Rassemblement national.



