Nordine Raymond à Bordeaux : une campagne de terrain face aux défis nationaux de LFI
Le candidat de Faire mieux pour Bordeaux, Nordine Raymond, mise résolument sur son programme politique et sur une campagne de fond, ancrée dans le terrain, pour se tailler une place significative à gauche. Cette stratégie persiste malgré un contexte national particulièrement tendu pour La France insoumise, éclaboussée par plusieurs polémiques.
Une présence affirmée sur les marchés bordelais
« Je vais me mettre devant les gens de Dessertine. » À seulement 20 ans, Célia Faradji possède déjà la conviction que le sens du placement constitue l'ingrédient fondamental d'un tractage réussi. Aux côtés de cette étudiante en histoire, aspirant au métier de professeure des écoles, ils sont une dizaine de militants de la liste La France insoumise à mener campagne ce samedi 7 mars sur le marché animé de la place de l'Europe, dans le quartier du Grand-Parc.
L'avantage du nombre et une connaissance intime du terrain jouent en leur faveur : Nordine Raymond réside lui-même dans ce quartier. La tête de liste de Faire mieux pour Bordeaux déambule avec aisance entre les étals colorés, saluant les commerçants et les clients, s'arrêtant volontiers pour écouter avec attention les inquiétudes des habitants. Ces préoccupations tournent essentiellement autour du manque criant de services de proximité, en attendant la réouverture tant anticipée du centre commercial, prévue pour le 22 mai.
« Une mamie a dû débourser 80 euros en taxi simplement pour effectuer ses courses essentielles au Leclerc », rapporte une militante. « Il a même été sérieusement question de fermer le bureau de La Poste, et nous ne disposons plus que d'une seule boulangerie », ajoute une autre voix préoccupée.
Une mobilisation locale intense et un contexte national pesant
Figure bien connue du quartier et candidat pour la première fois, Morti Khalifat, président de l'association Diamant des cités, saisit une liasse de tracts et part les distribuer sans attendre. « Nous avons sonné à plus de 17 000 portes et distribué pas moins de 130 000 tracts », énumère avec précision Nordine Raymond. « L'accueil qui nous est réservé est bon, voire meilleur que ce que nous anticipions. »
Pourtant, l'atmosphère nationale reste très chargée pour La France insoumise. L'ombre des soupçons pesant sur la participation d'un collaborateur parlementaire du député Raphaël Arnault dans une bagarre mortelle à Lyon plane. S'y ajoute le tollé provoqué, sur un fond d'accusations d'antisémitisme, par les déclarations récentes du leader historique du mouvement, Jean-Luc Mélenchon.
Signe de cette distance prise, mercredi soir, lors de son troisième et ultime meeting de campagne qui a rempli à craquer la salle du Bien public (avec 1 070 participants officiellement recensés), Nordine Raymond a soigneusement évité de citer Mélenchon dans son discours. Le député national Manuel Bompard, invité aux côtés de Clémence Guetté, n'a pour sa part évoqué le leader qu'à la toute fin de son intervention, et de manière très brève.
Une stratégie de distanciation et d'ancrage local
« JLM » ne figure d'ailleurs pas non plus sur les supports de campagne du candidat bordelais. « Il ne nous gêne absolument pas », assure Nordine Raymond. « Je n'oublie pas qu'il a sauvé la gauche dans ce pays, et je n'entretiens aucun désaccord fondamental avec lui. Cependant, notre impératif est de nous ancrer résolument dans les territoires. »
« Nous ne ressentons pas concrètement les effets de cette polémique médiatique », appuie Célia Faradji, numéro 10 de la liste et candidate pour la première fois. « La tension était bien plus palpable lors de la campagne des législatives, avec le Rassemblement National aux portes du pouvoir. Aujourd'hui, la pression est davantage médiatique que véritablement palpable sur le terrain. »
Le candidat confirme cette impression : « Nous nous sommes rendus à Fondaudège, à Saint-Seurin, à Caudéran, des quartiers traditionnellement moins favorables à la gauche. Nulle part je n'ai ressenti la moindre agressivité. Aucun tract jeté, aucune affiche dégradée, c'est presque surprenant. »
Les bénéfices d'une campagne précoce et rigoureuse
Nordine Raymond récolte peut-être là les fruits d'une campagne menée sur la durée et avec méthode. « Dès décembre 2024, nous organisions des rencontres régulières avec les collectifs citoyens et les associations locales pour co-construire notre programme. Avant l'été 2025, nous avons lancé une campagne spécifique pour inciter les jeunes à s'inscrire sur les listes électorales. »
Il perçoit un signe encourageant dans les chiffres dont il dispose : plus de 23 000 inscrits supplémentaires par rapport à 2020, et plus de 1 200 nouvelles inscriptions pour le seul mois de janvier. « Tous les indicateurs nous orientent vers la plus forte participation aux élections municipales depuis 1995 », analyse-t-il.
Un positionnement à la gauche de l'actuel maire
Cette présence assidue sur le terrain depuis le mois de septembre lui garantit « une notoriété nouvelle ; il n'y a pratiquement plus d'endroits où je ne suis pas reconnu ». Il s'appuie également sur un tempérament placide qui tranche avec l'image parfois véhiculée par LFI. Il en sourit : « Lors du débat sur TV7, Pierre Hurmic m'a jeté un regard étonné, comme pour se dire : ''Tiens, chez LFI, ils ne font pas que hurler et gesticuler.'' Ce n'est tout simplement pas dans mon tempérament de brailler. Je n'ai pas besoin de prouver ma colère, ma vie entière parle pour moi. »
Politiquement, il affirme avoir trouvé son ton : « Je mène campagne sur la base de mon programme, pas sur l'attaque systématique. » Et surtout sa place : « Nous craignions qu'on nous reproche de ne pas avoir réalisé l'union de la gauche, cassant ainsi une dynamique. Il n'en est rien. En se positionnant résolument plus au centre qu'à gauche, Pierre Hurmic nous laisse un espace politique considérable et stratégique. »
Boosté par un récent sondage Ifop le plaçant au second tour avec 12% des intentions de vote, Nordine Raymond entend maintenir sa ligne directrice : celle d'une campagne « collective et bienveillante », bâtie sur les bases du défunt collectif Bordeaux en lutte. « C'est notre travail rigoureux et de longue haleine qui porte ses fruits », veut croire le candidat LFI, qui pourrait bien venir perturber l'échiquier politique local à gauche, à l'aube du scrutin du 15 mars.



