Municipales 2026 à Lyon : le duel Aulas contre les écologistes
Les 15 et 22 mars prochains, les citoyens français sont appelés aux urnes pour élire leurs maires, un scrutin capital qui anime déjà les débats dans tout le pays. La campagne officielle débutera le 2 mars, mais les polémiques fusent déjà, notamment à Lyon où Jean-Michel Aulas, candidat aux municipales, a lancé une offensive contre les associations écologistes.
Les accusations de l'ex-patron de l'OL
Le 7 février, Jean-Michel Aulas a publiquement exigé « le remboursement immédiat des aides publiques versées à des associations militantes écologistes ». Selon lui, ces structures auraient bénéficié de « dizaines de milliers d'euros » de subventions et utiliseraient « leurs moyens, leurs réseaux et leur notoriété pour mener une campagne politique agressive » le visant personnellement. Il évoque même une « utilisation illégale de fonds publics à des fins électorales ».
Action Justice Climat dans le viseur
L'association concernée est Alternatiba, devenue Action Justice Climat (AJC). Sur Instagram, plusieurs publications critiquent effectivement le candidat. Début février, le collectif appelait à dénoncer « les projets dangereux de Jean-Michel Aulas » et à « protéger la ville des profits de quelques-uns ». La semaine suivante, il assumait, avec d'autres groupes, « s'unir contre la candidature d'Aulas » avec des actions « anti-Aulas » sur le terrain.
Fake off : les subventions en question
AJC a-t-il réellement reçu des subventions publiques ? Oui, confirme la Ville de Lyon. Trois enveloppes ont été votées depuis 2020 :
- 1 000 euros en 2025 par la mairie du 1er arrondissement pour des formations sur les violences sexistes et sexuelles
- 3 000 euros en 2023 pour financer des services civiques à l'AlternatiBar
- 5 000 euros la même année pour un événement sur les enjeux climatiques et sociaux
Soit un total de 9 000 euros sur deux ans. La municipalité souligne que ces montants sont « marginaux à l'échelle du budget municipal » et s'inscrivent dans une politique de soutien aux acteurs associatifs locaux.
Les précisions d'Action Justice Climat
Après les déclarations d'Aulas, l'AJC a publié le détail de ses comptes. L'association précise que ces aides représentent une part minoritaire de son chiffre d'affaires annuel (environ 100 000 euros), principalement financé par les recettes de son bar associatif et les dons. Concernant les « dizaines de milliers d'euros » évoqués par le groupe Cœur lyonnais, ils concernaient le Festival Alternatiba 2022, annulé pour raisons économiques. AJC affirme que cette subvention a été perçue par la structure nationale d'Alternatiba, juridiquement distincte du groupe local lyonnais.
La légalité des critiques associatives en période électorale
Une association subventionnée peut-elle critiquer un candidat ? En principe, oui. La loi de 1901 garantit la liberté d'action des associations. Elles peuvent prendre position sur des enjeux d'intérêt général comme l'écologie, critiquer un programme ou alerter sur un projet politique, même pendant une campagne.
Les limites légales existent cependant. « Diffamation, injure ou propos excessifs portant atteinte à la réputation, l'honneur d'autrui », détaille le juriste Jean-Pierre Camby. « Le juge électoral peut aussi annuler un scrutin si un message crée un déséquilibre de propagande ayant pu influencer le résultat. »
Subventions et neutralité : ce que dit la loi
Une association subventionnée est-elle tenue à la neutralité ? Non. « Juridiquement, une subvention n'est pas un contrat de silence », rappelle Jean-Pierre Camby. « Elle est accordée pour un projet précis et sans contrepartie politique. L'association peut donc parfaitement prendre les positions qu'elle veut tant que les fonds ne financent pas directement une campagne. »
En revanche, si une structure fournit des moyens matériels ou financiers à un candidat (impression de tracts, mise à disposition gratuite de locaux, organisation d'événements de soutien), l'article L52-8 du Code électoral l'interdit. « Le risque devient alors électoral, avec le rejet du compte de campagne et/ou l'annulation de l'élection, voire pénal en cas de détournement de fonds publics », précise le juriste.
Un financement illégal dans le cas lyonnais ?
À ce stade, rien ne permet d'affirmer qu'il s'agit d'un financement illégal de campagne. Pour le caractériser, il faudrait démontrer que des subventions ont été utilisées à des fins électorales directes. Or, publier des critiques sur les réseaux sociaux ou organiser des débats relève, en principe, de la liberté d'expression.
Concernant l'affichage sauvage et les frais de nettoyage pointés par Aulas, Jean-Pierre Camby explique que « si l'affichage hors des panneaux autorisés est interdit, cela relève d'une dépose d'office par le maire ou le préfet ou d'amendes prévues par le code électoral et le code de l'environnement ».
Conclusion : un risque électoral limité mais des enjeux pénalux
Comme le souligne Jean-Pierre Camby, le risque électoral est généralement limité tant qu'il n'y a pas de déséquilibre massif de propagande. En revanche, si une association sert de relais à un candidat ou détourne des subventions à des fins politiques, le terrain devient pénal, avec des conséquences plus lourdes. « L'affaire Sylvie Andrieux à Marseille en est l'illustration. La députée avait été condamnée et déclarée inéligible pour détournement de fonds publics via des associations. »
La réponse de la Ville de Lyon
Pour la Ville de Lyon et son maire Grégory Doucet, la remise en cause de ces subventions relève « d'une tentative de caricature de l'exécutif et à une volonté de censure idéologique ». « Cette méthode rappelle la décision de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui, en 2023, avait supprimé sa subvention au Théâtre nouvelle génération (TNG) de Lyon. Nous rappelons que cette décision a été jugée illégale par la justice », conclut la collectivité, en réaffirmant « son attachement à la liberté associative et au respect du cadre légal des subventions ».
Les électeurs lyonnais devront donc trancher ce débat houleux lors des municipales des 15 et 22 mars 2026, où les enjeux environnementaux et la transparence des financements publics promettent d'être au cœur des débats.



