Un conseil municipal de Mérignac sous tension
Le deuxième conseil de la nouvelle mandature, tenu le lundi 13 avril, a été principalement consacré à des désignations administratives, mais il a rapidement viré au débat politique animé. La séance, décrite comme « un peu rébarbative » par le maire PS Thierry Trijoulet, a vu l'examen d'une soixantaine de délibérations pour nommer des élus dans diverses commissions et conseils d'administration. Cependant, deux sujets ont capté l'attention et suscité la controverse : la revalorisation des indemnités des élus et la situation préoccupante de la Mission locale Technowest.
La polémique sur les indemnités du maire
Le vote des indemnités des élus pour ce nouveau mandat a ouvert la séance sur une note discordante. L'enveloppe globale, calculée sur la base de la démographie de Mérignac (80 000 habitants) et majorée de 15 % en raison du statut de chef-lieu de canton, a été répartie comme suit : 5 199 euros bruts pour le maire, 1 692 euros pour la première adjointe, 1 399 euros pour les adjoints, 572 euros pour les conseillers délégués et 120 euros pour les autres conseillers municipaux.
Cette augmentation, notamment celle de l'indemnité du maire en hausse de 15,4 % depuis 2020, a été vivement contestée par l'opposition. Jimmy Bourlieux, chef du groupe RN (quatre élus), a annoncé son vote contre, dénonçant un « signal politique » inapproprié. « Votre première décision politique aura été de vous augmenter », a-t-il lancé. Loan Panifous, l'unique élu LFI, a pointé du doigt la majoration de 15 %, la qualifiant d'« écart grave et indécent », surtout face au gel du point d'indice des agents municipaux depuis quinze ans.
En réponse, Thierry Trijoulet a défendu la légalité et la transparence de cette décision. Il a justifié cette « remise à niveau », arguant que son prédécesseur, Alain Anziani, ne bénéficiait pas du seuil maximal en raison de son mandat à la présidence de la Métropole. Le maire a également rappelé que son indemnité est écrêtée du fait de son mandat de conseiller régional, et que cet écrêtement est reversé à la collectivité. « Le total des indemnités des élus ne représente que 0,5 % du budget de fonctionnement de la Ville », a-t-il précisé, invitant l'opposition RN à appliquer les mêmes critères dans les communes qu'elle administre.
D'autres points de friction
Au-delà des indemnités, d'autres sujets ont alimenté les débats. Loan Panifous s'est inquiété de la désignation d'un conseiller municipal chargé des questions de défense, interrogeant le lien entre la commune et le ministère des Armées. Cette position pacifiste a été contredite par la députée PS Marie Récalde et l'adjointe Mauricette Boisseau, qui ont souligné l'importance historique de la présence militaire à Mérignac et les bénéfices des « classes défense » pour la jeunesse.
Par ailleurs, Patrice Lassalle-Bareilles, représentant le groupe d'opposition centre et droite, a exprimé son mécontentement face au changement de nom de l'Aéroport de Bordeaux Mérignac (ADBM), rebaptisé Bordeaux Aéroport, occultant ainsi l'identité mérignacaise. Marie Récalde, membre du conseil de surveillance de l'ADBM, a partagé cette indignation, déplorant le manque de consultation. Thierry Trijoulet a tempéré en rappelant que l'aéroport reste physiquement situé à Mérignac.
La crise de la Mission locale Technowest
Un autre dossier brûlant a émergé lors de la désignation des représentants pour la Mission locale Technowest. L'élue RN Clémence Naveys-Dumas a demandé des « clarifications » sur les conflits internes à cette structure d'insertion, basée à Mérignac, ainsi que sur les circonstances ayant conduit au licenciement disciplinaire de ses deux codirectrices fin février. Ces éléments avaient été révélés par le journal « Sud Ouest » début avril.
Thierry Trijoulet a confirmé que l'association traverse « une crise de gouvernance doublée d'une crise sociale ». Il a indiqué que des dysfonctionnements constatés dans cette structure financée par des fonds publics ont entraîné deux signalements au procureur, émanant de la Ville et de la préfecture. « À ce stade, il semble qu'il n'y a pas de détournement de fonds, ni de trou caché, mais une dérive de gestion », a déclaré le maire, ajoutant que des contentieux sont en cours, tant au pénal que devant les prud'hommes.
Ce conseil municipal a ainsi mis en lumière les tensions politiques locales, entre critiques sur la gestion financière et préoccupations sociales, tout en révélant des problèmes de gouvernance au sein d'une association clé pour l'insertion des jeunes.



