Lutte contre les fraudes : un projet de loi clivant à l'Assemblée nationale
Lutte contre les fraudes : un texte clivant à l'Assemblée

Un projet de loi sur les fraudes divise profondément l'hémicycle

Après des débats particulièrement animés et des manœuvres d'obstruction, les députés doivent se prononcer ce mardi en première lecture sur le projet de loi de lutte contre les fraudes sociales et fiscales. Ce texte, qui a fortement clivé l'Assemblée nationale, cristallise les tensions entre l'exécutif et les groupes de gauche, ces derniers dénonçant un « acharnement contre les plus précaires ».

Des débats chaotiques et un vote reporté

Initialement prévu la semaine dernière, le vote a été reporté en raison de la longueur des discussions, marquées par une obstruction des groupes de gauche et une affluence parfois très réduite dans l'hémicycle. Le gouvernement espère que cette législation permettra de récupérer rapidement 1,5 milliard d'euros dans les caisses publiques, une somme jugée essentielle dans le contexte actuel de réduction des déficits, comme l'a rappelé il y a huit jours le Premier ministre Sébastien Lecornu.

Les mesures phares du texte

Pour atteindre cet objectif, le projet de loi prévoit un large éventail de dispositions :

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  • Un renforcement des moyens de détection des fraudes
  • Un durcissement des sanctions applicables
  • Des outils de recouvrement accrus pour les organismes publics
  • La création d'une procédure de « flagrance sociale » permettant la saisie conservatoire des actifs d'entreprises suspectées de travail dissimulé

La suspension des allocations chômage : un point de crispation majeur

La mesure la plus controversée concerne la possibilité de suspendre à titre conservatoire les allocations chômage lorsqu'il existe des « indices sérieux de manœuvres frauduleuses ». Le député LFI Louis Boyard a dénoncé une suspension « sur simple suspicion », tandis que le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a soutenu des amendements de l'opposition maintenant un montant minimal d'allocation.

Un déséquilibre dénoncé entre fraude sociale et fraude fiscale

Tout au long de l'examen parlementaire, les groupes de gauche (La France insoumise, communistes, écologistes et socialistes) ont critiqué la focalisation du texte sur la fraude sociale. Ils rappellent que selon les estimations :

  1. La fraude sociale représenterait environ 13 milliards d'euros (selon le Haut Conseil du financement de la protection sociale)
  2. La fraude fiscale atteindrait entre 80 et 100 milliards d'euros

La députée socialiste Sandrine Runel a ainsi déploré que « plus de deux tiers des articles de ce projet de loi soient consacrés à la fraude sociale ».

La réponse du gouvernement et les autres dispositions

Le ministère du Travail défend le texte en soulignant qu'il s'agit d'un « devoir républicain de lutter contre les fraudes » et que « la moitié de la fraude sociale concerne la fraude aux cotisations, c'est-à-dire du travail dissimulé, qui concerne les entreprises ». Le député macroniste Daniel Labaronne, co-rapporteur du texte, a martelé que le projet ciblait « la fraude organisée » et non « les plus modestes ».

Le texte comprend également des dispositions sectorielles importantes :

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  • Une meilleure régulation du secteur des VTC (voitures de transport avec chauffeur)
  • Un encadrement renforcé du secteur de la formation
  • Une lutte contre l'inflation des arrêts maladie avec l'interdiction de leur prescription par télémédecine
  • L'obligation pour les entreprises de transport de patients d'équiper leurs véhicules de dispositifs de géolocalisation

Des concessions et des avancées pour l'opposition

Le gouvernement a fait adopter un amendement supprimant le caractère obligatoire de la « mise sous objectifs » par l'Assurance maladie des médecins qui surprescrivent des arrêts de travail, répondant ainsi aux demandes des médecins libéraux. Par ailleurs, contre l'avis du gouvernement, les députés ont adopté un article visant à « supprimer entièrement le verrou de Bercy » pour permettre une plus grande judiciarisation des dossiers de fraude fiscale, une mesure saluée par la gauche. Le ministre des Comptes publics David Amiel a cependant pointé le risque d'« engorgement » des tribunaux.

La suite législative

Une fois voté par l'Assemblée nationale, le texte devrait faire l'objet d'une commission mixte paritaire destinée à concilier les points de vue des deux chambres du Parlement. Ce processus permettra de trouver un compromis entre la version de l'Assemblée et celle du Sénat, dans un contexte où les divergences restent profondes sur l'équilibre à trouver entre efficacité de la lutte anti-fraude et protection des droits des citoyens.