Débat municipal à Libourne : la taxe foncière au cœur des affrontements politiques
Libourne : la taxe foncière divise les candidats aux municipales

Un débat municipal centré sur les questions fiscales

La taxe d'habitation et son héritage fiscal ont constitué le cœur des échanges lors du débat organisé par Sud Ouest et TV7, réunissant le maire sortant Philippe Buisson et ses quatre challengers pour les élections municipales de Libourne. Christophe Gigot, candidat divers droite, a immédiatement placé la fiscalité au centre de la confrontation, reprenant une thématique qu'il martèle depuis six ans.

Une augmentation contestée de la taxe foncière

« C'est notre grand différend avec Philippe Buisson », a lancé Christophe Gigot en réaction aux témoignages de Libournais dénonçant l'augmentation régulière de la taxe foncière. Le candidat a insisté sur le caractère exceptionnel de cette hausse : « Le mandat fiscal qui se termine a été, sur le plan fiscal, le pire des trente ou quarante dernières années ».

L'augmentation mise en cause concerne spécifiquement le taux de la taxe foncière, réalisée en deux phases distinctes. La première intervention a eu lieu en 2020, dans le contexte de la disparition progressive de la taxe d'habitation. La seconde augmentation est intervenue en 2024, sous la pression combinée de la crise énergétique, de l'inflation postérieure au conflit ukrainien, et de l'intégration dans le budget communal du coût du remplacement du pont de Beauséjour.

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Christophe Gigot a rappelé une hausse globale de +25,67%, plaidant depuis des années pour des augmentations plus modérées grâce à « un effort sur le budget de fonctionnement ».

La défense du maire sortant

Philippe Buisson, maire sortant rompu à ce débat récurrent, a répliqué en justifiant ces choix fiscaux par la nécessité d'un « électrochoc » pour revitaliser Libourne. Selon lui, cette politique était indispensable pour « sortir Libourne de sa torpeur, lui faire reconquérir son identité, faire revenir des gens, rehausser le niveau de vie des habitants ».

Le débat a particulièrement mis en lumière la fiscalité locale, notamment la taxe foncière et la cotisation foncière des entreprises (CFE) perçue par la communauté d'agglomération. Philippe Buisson a souligné que Libourne reste « dans la strate des villes de 10 000 à 50 000 habitants qui paie le moins d'impôts », avec une moyenne de 1 066 euros par logement.

Des perspectives divergentes sur le pouvoir d'achat

Christophe Gigot a immédiatement nuancé cette affirmation en la mettant en relation avec le pouvoir d'achat des Libournais, qu'il estime « moindre que la moyenne nationale ». Le maire sortant a contre-argumenté en précisant que cette comparaison ne valait pas « par rapport à la moyenne en Gironde ».

Philippe Buisson a également fait valoir les effets positifs des investissements communaux sur la valeur immobilière : « Lorsque nous avons commencé ce travail, ce foncier perdait de la valeur… », suggérant que la politique menée a inversé cette tendance défavorable.

Les positions des autres candidats

Le débat a réuni cinq candidats aux profils politiques variés : Hélène Halbin (Le camp des travailleurs, LO), Denis Mauget (Libourne s'engage pour la paix, soutenu par LFI), Philippe Buisson (Libourne !, DVG), Christophe Gigot (Notre parti, c'est Libourne, DVD) et Franck Daniel de Roland (Une ligne droite pour Libourne, soutenu par le RN et l'UDR).

Des critiques sur le contexte national

Denis Mauget a élargi le débat en dénonçant les ponctions de l'État sur les budgets des collectivités locales : « Les maires le disent à chaque fois », a confirmé Philippe Buisson, lui-même investi dans l'association Villes de France. Le candidat soutenu par LFI a fustigé les politiques des gouvernements successifs, de Nicolas Sarkozy à Emmanuel Macron, qui auraient « retiré les moyens » aux communes.

« 250 milliards volés aux collectivités depuis 2012. Ils ont placé les maires dans un étau », a affirmé Denis Mauget, appelant les élus locaux à résister collectivement à ces pressions financières.

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Une critique du système économique

Hélène Halbin, candidate de Lutte ouvrière, a radicalisé le propos en dénonçant le système capitaliste et les effets d'une « économie de guerre ». Pour elle, « les travailleurs subissent la fiscalité. Ils payent tout le temps ». La militante a appelé à « constituer une force collective pour dire : ça suffit. Ça suffit d'être ceux qui payent ».

Engagements et promesses pour l'avenir

Des propositions concrètes

Face à la question centrale « Quelles solutions pour empêcher cette taxe d'augmenter ? », les candidats ont rappelé que les maires ne maîtrisent pas l'évolution de la base imposable, déterminée par la valeur locative cadastrale. À Libourne, cette valeur reste relativement basse, justifiant selon certains un taux d'imposition plus élevé.

Christophe Gigot s'est engagé à ne pas augmenter les taux d'imposition durant le prochain mandat. Franck Daniel de Roland, soutenu par le RN et l'UDR, a proposé de « geler cette taxe sur les trois prochaines années », estimant que « la taxe foncière a quasiment rattrapé en valeur le montant cumulé de la taxe d'habitation et de la taxe foncière de 2018 ».

Prudence et pragmatisme

Denis Mauget a adopté une position plus nuancée, affirmant que « la solution est politique » sans prendre d'engagement local précis : « Nous sommes des gens réfléchis. On verra en temps et en heure ».

Philippe Buisson s'est quant à lui engagé seulement sur les deux prochaines années, invoquant un nécessaire pragmatisme : « Personne autour de la table ne sait à quelle sauce les communes et les intercommunalités seront mangées par l'État l'an prochain ».

Un échange final révélateur

Christophe Gigot a rappelé au maire sortant ses promesses passées : « Vous avez dit en 2020 que vous essaieriez de ne pas augmenter la fiscalité. Et vous l'avez fait malgré tout. Vos promesses d'aujourd'hui sont les mêmes qu'il y a six ans ».

Philippe Buisson a conclu avec un sourire confiant : « Si on fait un aussi beau mandat, je crois que les Libournais seront satisfaits », laissant planer le doute sur ses intentions fiscales réelles pour le mandat à venir.