Les réunions chez l'habitant, nouvelle arme des maires en campagne électorale
Les maires adoptent les réunions chez l'habitant pour leurs campagnes

Les réunions chez l'habitant, nouvelle arme des maires en campagne électorale

Une bouteille à la main et ses documents de campagne sous le bras, Denis Larghero sonne à l'interphone d'un discret immeuble des bords de Seine. Maire de Meudon depuis 2017, réélu triomphalement en 2020 avec près de 68% des voix, l'édile est en pleine campagne pour sa réélection. Ce soir-là, comme trois à quatre fois par semaine, il participe à une réunion chez... l'habitant.

Un format convivial pour des échanges approfondis

Chez Clément Perrin, l'un de ses colistiers, et son épouse, une dizaine d'amis et de voisins se sont réunis dans le salon familial. Les invitations proviennent de tous les horizons de la ville. L'objectif est clair : un échange libre et direct durant environ deux heures autour d'un verre et de quelques biscuits apéritifs.

Tous les sujets sont abordés sans tabou : les nouveaux aménagements de l'île Seguin avec l'ouverture prochaine de huit salles de cinéma, la mise en place de la ligne de bus 42, l'éventuel prolongement de la ligne 12 du métro, les transformations du quartier, et même l'installation discrète du studio de musique de Gims à proximité. Récemment, dans le quartier Val Fleury, les discussions ont porté sur le classement en REP d'un collège de Meudon-la-Forêt, la santé mentale des jeunes ou les ravages du protoxyde d'azote.

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« Ces réunions donnent l'occasion à des personnes qui ne sont pas forcément politisées de discuter avec le maire en direct », se félicite Denis Larghero. « On peut rentrer dans le fond des dossiers, on n'est pas juste sur la question des trottoirs ou des crottes de chiens. Cet exercice nous éveille sur des sujets qui nous permettent d'adapter nos politiques publiques. »

Un phénomène qui s'étend à toute la France

Ces réunions à domicile sont devenues des vecteurs essentiels des campagnes électorales municipales à travers l'Hexagone. À Cannes, le maire sortant David Lisnard (LR) les enchaîne régulièrement. « Ce sont des moments importants qui permettent d'avoir une interaction directe et posée, un dialogue franc, concret et sans filtre sur les enjeux de la ville », explique-t-il.

À Neuilly-sur-Seine, le centriste Jean-Christophe Fromantin, candidat à sa réélection, a effectué une trentaine de réunions chez l'habitant depuis novembre dernier. « À raison de 30 à 40 participants à chaque fois, on engage ainsi des discussions de fond avec un millier de personnes, une base solide pour expliquer et diffuser notre projet », indique l'édile. « C'est mieux que cinq minutes dans la rue. »

La fin des meetings traditionnels ?

Denis Larghero est catégorique : « Le format réunion publique en mode meeting a vécu car il est trop descendant. Les prises de parole officielles se multiplient à la tribune, ce sont souvent les mêmes qui s'expriment, et il reste peu de place pour les interventions des citoyens. »

Le porte-à-porte traditionnel rencontre également ses limites. « Il est de plus en plus vécu comme quelque chose d'intrusif par les habitants ; il faut franchir les forteresses de digicodes », constate le maire de Meudon. Il cite même un exemple récent dans les Hauts-de-Seine où une candidate a fait polémique en laissant sur les portes un écriteau avec son numéro de téléphone, certains habitants l'accusant sur les réseaux sociaux de signaler leur absence à d'éventuels voleurs.

Une méthode adoptée par des maires de toutes tendances

À Toulouse, le maire centriste Jean-Luc Moudenc souscrit également à cette méthode. Son porte-parole, Pierre Esplugas-Labatut, souligne : « Ces conversations favorisent la proximité et la qualité d'écoute. Ce type de réunions tupperware est un moyen de recréer des conditions de démocratie directe. On est en face-à-face. Sans compter que les gens se sentent honorés de recevoir chez eux le maire de leur ville. »

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Michaël Delafosse (PS), le maire de Montpellier, mise lui aussi beaucoup sur « ces échanges directs avec les habitants qui sont extrêmement enrichissants et permettent de connaître la personnalité d'un candidat sur une part plus personnelle ». Le candidat n'a pas pour autant abandonné les outils plus traditionnels, mais reconnaît que les trois méthodes – réunions chez l'habitant, meetings et porte-à-porte – ont chacune leur valeur.

Des avantages pratiques indéniables

Outre la qualité des échanges, la formule à domicile présente un avantage économique non négligeable. Dans un contexte de limitation des frais de campagne, son absence de coût constitue une donnée importante. « Le plus coûteux dans les campagnes », précise Denis Larghero, « ce sont les frais de création, d'impression et de distribution des documents de campagne et la création de vidéos. Les meetings dans les écoles ne coûtent pas cher, mais c'est beaucoup moins convivial qu'un échange en petit comité dans la chaleur d'un foyer. »

À Meudon, ville de taille plus modeste, le maire privilégie ainsi le « sur-mesure » des réunions d'appartement et quelques « micro-meetings » dans des cafés ou restaurants, marquant une évolution significative des pratiques politiques locales vers plus de proximité et d'authenticité dans les échanges avec les citoyens.