La reconquête socialiste de Pau par Jérôme Marbot
Opposant historique à François Bayrou depuis 2014, Jérôme Marbot a réussi l'exploit de lui ravir la mairie de Pau en rassemblant les forces de gauche. Cet avocat discret, installé officiellement depuis jeudi, avait commencé son engagement politique au temps d'André Labarrère. L'opposant toujours mesuré a finalement lâché les chevaux lors de la soirée électorale.
Une victoire savourée sans retenue
« On a 400 voix d'avance, c'est sûr, c'est gagné ! » s'est exclamé sans retenue le nouveau maire de Pau, Jérôme Marbot, ce dimanche 22 mars, avant même l'annonce officielle des résultats. Ce passionné de courses hippiques savait qu'il ramenait Pau dans l'écurie socialiste, vingt ans après la disparition d'André Labarrère et douze ans après la fin du mandat de Martine Lignières-Cassou.
Un parcours ancré dans le Béarn
Le jeune avocat, alors âgé de 32 ans, avait participé à la campagne victorieuse de 2008 face à François Bayrou. Il venait tout juste de regagner la cité royale après quatre années de formation au sein d'un prestigieux cabinet parisien, spécialisé en droit public et droit de l'environnement. Deux domaines qu'il a conservés au sein du cabinet Juripublica, cofondé avec Antonin Le Corno, un autre jeune avocat palois engagé, en 2010.
Assis au plus loin sur l'estrade des adjoints, Jérôme Marbot rêvait-il au fauteuil le plus central, sous le grand portrait d'Henri IV ? La légende locale raconte qu'André Labarrère avait rendu visite dans l'école Lapuyade à l'enfant de l'avenue des Lilas qui y usait ses fonds de culotte. Ce fils d'un avocat de gauche avait poursuivi au collège Jeanne-d'Albret puis au lycée Barthou avant une prépa lettres, une licence d'histoire et un DEA de droit public à Assas.
Les premiers pas en politique
C'est depuis Paris et son premier cabinet qu'il a fait ses débuts dans la politique paloise. « Il m'avait contacté dans le cadre de la préparation des municipales, se souvient l'ancienne députée Martine Lignières-Cassou. On s'était rencontré à Paris en 2007. J'ai le souvenir d'un garçon intelligent, très fin. » La maire élue en avait fait son adjoint au quartier Pau-Sud, qui comprenait les allées de son enfance, où il a beaucoup œuvré à l'implantation d'une école de musique.
Dans son giron se trouvaient également le quartier cossu de Trespoey et le hameau du Buisson, chahuté par la reconstruction de la grande piscine paloise. « J'ai soutenu Martine Aubry au moment des primaires. J'aimais bien l'équilibre entre sa gauche de gouvernement et son côté très social », explique-t-il aujourd'hui.
Deux défaites avant la victoire
À mi-mandat, il avait hésité à se présenter dans la deuxième circonscription aux législatives de 2012. François Bayrou allait s'y incliner face à une autre socialiste, Nathalie Chabanne. Longtemps divisé sur l'après-Lignières, le PS du candidat David Habib perdait la mairie de Pau en 2014 et Jérôme Marbot découvrait l'opposition.
C'était l'heure de François Bayrou et du MoDem triomphants. L'avocat le constatait à ses dépens en 2017, avec une défaite aux législatives face à Josy Poueyto, dans la première circonscription. Jérôme Marbot prenait la tête de la fédération départementale du PS en 2018 et la gardait sept ans, dans un moment où le parti était divisé nationalement et localement.
Un leader pondéré et déterminé
« C'était un très bon premier fédéral, soutient la sénatrice Frédérique Espagnac. Il est pondéré, diplomate mais il peut aussi être très tranchant. » Ce que confirme son associé pour quelques semaines encore. « Il a tenu la barre à la fédé et je l'ai vu dans certains dossiers où on n'avait pas la même analyse, explique Antonin Le Corno. Il ne s'emportera jamais mais il sait où il va. Une détermination tranquille. »
Loyal et aubryste
Modéré à l'époque Hollande, soutien d'Olivier Faure depuis 2018, celui qui avait pris sa première carte au PS en 2005 a toujours été loyal. « J'aimais bien Lionel Jospin et Michel Rocard, et j'ai soutenu Martine Aubry au moment des primaires », précise-t-il. Un programme qu'il a d'abord tenté de porter aux municipales 2020 mais sa liste baptisée « Pau rassemblée » supportait mal la fusion d'entre-deux tours.
L'opposant repartait pour six années de labeur quand d'autres s'essoufflaient, quittaient le conseil ou ralliaient la majorité. « Il n'a pas changé de cap au gré des vents, retient Antonin Le Corno. Il est toujours resté aussi investi, quitte à prendre des risques pour sa carrière. »
Un nouveau défi à relever
Tout était à reconstruire mais le tout juste quinquagénaire croyait en son étoile. Les planètes se sont alignées le 22 mars, sans fusion et alors que peu d'observateurs y croyaient vraiment en début d'année. Il lui faut désormais remplir le costume et diriger une équipe bigarrée, ainsi qu'une collectivité de 3 000 agents.
« Enfin, les ennuis commencent », avait dit Mitterrand en 1981, paraphrasé par François Bayrou en 2024. Jérôme Marbot n'était pas loin de les imiter en tombant dans les bras de son mari, au soir du deuxième tour : « Vous pouvez l'encourager parce que ça ne va pas être facile pour lui pendant six ans. » Le nouveau maire de Pau s'apprête maintenant à écrire le prochain chapitre de l'histoire politique de la cité béarnaise.



