Jeunes maires à 19 et 24 ans : une nouvelle génération prend les commandes des communes
« C'est assez chargé ». Quand on interroge Louis Speybrouck sur le déroulement des dernières semaines, sa réponse est sans équivoque. Tout comme ses résultats au premier tour des élections municipales, puisqu'il a été élu maire de la commune du Vaudreuil, en Normandie, avec 66 % des voix. Ce jeune homme, fraîchement diplômé en droit public, est devenu le plus jeune maire de l'Eure à seulement 24 ans.
Une vague de jeunesse dans les mairies françaises
À moins de 200 kilomètres, au Pré-Saint-Évroult, dans l'Eure-et-Loir, Brian Pellerin (sans étiquette) a également été élu le soir du premier tour avec près de 60 % des voix. La joie de la victoire s'est rapidement mêlée à un autre sentiment pour ce jeune homme de 19 ans. « Il y a tout de suite le costume à responsabilité qui vous incombe. C'est un poids, mais un bon poids », confie-t-il.
L'âge de ces deux néoédiles surprend, alors que la moyenne d'âge pour cette fonction est d'environ 63 ans, selon une étude récente de l'Association des maires de France. Et ils ne sont pas les seuls jeunes élus à faire leur entrée dans les conseils municipaux :
- À Roquefort-les-Pins, dans les Alpes-Maritimes, le nouveau maire Ewan Corinaldesi est âgé de 20 ans
- En Haute-Garonne, une étudiante de 21 ans, Charlotte Perefarres, a été élue dans son village de Saint-Béat-Lez
« On doit prouver davantage » : le défi de la légitimité
Malgré son jeune âge, Louis Speybrouck n'est pas un novice en politique. En 2020, à 18 ans, il devient adjoint chargé du sport et de la vie citoyenne au Vaudreuil, commune de 3.600 habitants, sur la liste du maire UDI de l'époque. Lorsque ce dernier annonce qu'il ne briguera pas un nouveau mandat, le jeune homme se prépare au grand bain. « J'ai toujours eu envie de faire de la politique et d'être maire de mon village depuis que je suis petit », révèle-t-il.
Son âge a cependant fait l'objet d'attaques et de scepticisme. « Lorsque je suis arrivé au conseil municipal en tant qu'adjoint, il y a eu des freins et des barrières », se souvient-il. « C'est plus difficile de monter un projet quand on a 18 ans. » Aujourd'hui, il se réjouit d'une double légitimité : celle de son expérience accumulée et celle du vote démocratique. « Quand on est jeune et à ce niveau de responsabilité, on doit prouver davantage », assure l'édile. « J'ai moins le droit à l'erreur qu'un maire nouvellement élu mais qui aurait 60 ans. »
« La clé, c'est l'organisation » : concilier études et mandat
Brian Pellerin a lui aussi rencontré des réactions mitigées, certains séduits par son dynamisme, d'autres redoutant un manque de maturité. « Je pense qu'aujourd'hui la jeunesse est quand même plus profitable qu'il y a vingt ou trente ans », analyse l'étudiant en deuxième année de droit. « C'est peut-être un effet Jordan Bardella ou Gabriel Attal ? » Il reconnaît néanmoins s'être posé de nombreuses questions avant de se lancer. « Je n'ai pas fait ça sur un coup de tête, j'ai pesé le pour et le contre, j'ai eu de longues discussions avec ma famille, mes amis, des élus que je connaissais. »
Si les premiers jours de son mandat ne sont « pas évidents » le temps de « prendre la main », reconnaît Brian Pellerin, le maire du Pré-Saint-Évroult (286 habitants) peut compter sur le soutien de son père, deuxième adjoint, et de sa mère, conseillère municipale. Eux aussi sont novices en politique, embarqués dans l'aventure électorale par leur fils. « Je fais la distinction entre mes parents et les conseillers qu'ils sont », martèle le jeune homme, qui a décidé de monter une liste lorsque le maire sortant a refusé de l'intégrer sur la sienne.
Quant à la conciliation entre vie étudiante et vie d'élu ? « La clé, c'est l'organisation », répond-il simplement. « Il y a bien des gens de 50 ou 60 ans qui dirigent des entreprises et qui sont maire à côté. Pourquoi un jeune n'aurait pas la possibilité de le faire ? »
Transparence et réseaux sociaux : une nouvelle façon de faire de la politique
Pour Brian Pellerin, son engagement est né d'une volonté d'apporter de la modernité et de la « transparence ». Le maire, qui aura 20 ans en mai prochain, souhaite par exemple doter la commune d'un site Internet et de pages sur les réseaux sociaux, mais aussi instaurer une assemblée citoyenne pour « convier les habitants au processus démocratique ».
C'est aussi cette idée de « faire campagne autrement » qui a guidé Louis Speybrouck. Porte à porte, questionnaire participatif, stand sur le marché, café citoyen et présence active sur les réseaux sociaux avec l'objectif ambitieux de publier une vidéo programmatique par jour... Le jeune homme a suivi son plan de communication avec un succès remarquable. « C'est la fonction la plus intéressante, la plus large en matière de domaines de compétences, on traite de tout au plus proche des citoyens », se réjouit-il.
Le jeune maire, qui travaille à plein temps dans un groupe de transports publics en parallèle de sa fonction municipale, peut aussi compter sur sa liste, composée à 50 % d'élus sortants pour l'épauler. Il a déjà dressé plusieurs priorités pour son mandat :
- La jeunesse, avec des projets spécifiques pour les nouvelles générations
- La sécurité, avec le retour de l'éclairage public dans certains quartiers
- La santé, avec la création d'un pôle médical de santé
- Le sport, avec la rénovation des infrastructures vieillissantes
Et de conclure avec un sourire : « Au début, il faut canaliser un peu tout le monde. »
Ces jeunes maires représentent une nouvelle génération d'élus locaux qui apportent avec eux des méthodes de communication modernes, une volonté de transparence accrue et une énergie renouvelée pour servir leurs concitoyens. Leur élection marque peut-être le début d'un renouvellement générationnel dans les mairies françaises, longtemps dominées par des élus plus âgés.



