Une situation politique complexe au Grand Périgueux
Malgré les performances électorales notables de la droite et du centre lors des élections municipales dans les principales villes de l'agglomération, aucune candidature solide ne parvient à émerger pour contester la présidence de la Communauté d'agglomération. Cette configuration inhabituelle profite pleinement à l'élu communiste Jacques Auzou, qui se trouve dans une position extrêmement favorable pour remporter ce que certains appellent le « troisième tour » des élections locales.
Le paradoxe des résultats électoraux
Politiquement, la droite et le centre disposent d'arguments solides pour revendiquer la gouvernance de l'agglomération. La ville centre de Périgueux a basculé à droite avec l'élection de Michel Cadet, tandis que les communistes ont perdu l'un de leurs bastions traditionnels à Trélissac. Le centriste Thierry Cipierre a été confortablement réélu à Coulounieix-Chamiers avec près de 70% des voix.
Pourtant, comme le souligne Clément Tonon, référent départemental d'Horizons : « La droite et le centre sont légitimes pour gouverner l'Agglomération ». Mais cette légitimité théorique ne se traduit pas dans les faits par une candidature unifiée capable de défier Jacques Auzou.
Le rôle déterminant du Gelipp
Le Groupe des élus libres et indépendants des partis politiques (Gelipp), formation majoritaire au sein de l'agglomération, constitue l'élément clé de cette équation politique. Plusieurs élus communautaires décrivent cette entité comme « baroque », rassemblant des sensibilités allant « des élus trotskistes à ceux de droite » selon les mots de Michel Cadet.
Clément Bijou, le nouveau maire socialiste de Val-de-Louyre-et-Caudeau, se montre plus critique : « C'est une alliance d'intérêts personnels. Cela doit cesser. » Mais comme le note pragmatiquement Pascal Protano, élu de droite de Coursac : « Actuellement, le point central de l'Agglo est le Gelipp. Et le Gelipp est favorable à Jacques Auzou. »
Les tentatives avortées de la droite et du centre
Selon nos informations, plusieurs élus de la droite et du centre se sont réunis en début de semaine pour envisager la possibilité de présenter un candidat commun. Thierry Cipierre, qui avait initialement songé à se porter candidat, a finalement renoncé, déclarant : « À la suite des résultats de dimanche, j'ai songé un instant à me présenter à la présidence, mais je me suis retourné et j'étais seul. Pour moi, c'est terminé. »
Michel Cadet, le nouveau maire de Périgueux, affirme quant à lui ne pas avoir été convié à ces réunions. Éric Fallous, premier magistrat de Trélissac, adopte une position distante : « Je laisse ça à ceux qui sont élus depuis plus longtemps. Pour moi, l'Agglo n'est pas une priorité. » Une erreur stratégique selon certains observateurs, étant donné l'importance croissante des compétences exercées par les établissements publics de coopération intercommunale.
Les communes rurales et l'équilibre baroque
La trentaine de maires ruraux de l'agglomération semblent peu enclins à s'immiscer dans ces conflits politiciens. Ils s'accommodent d'un équilibre politique qualifié de « baroque », tant que l'EPCI continue de les accompagner dans leurs projets locaux.
Clément Bijou insiste sur une approche différente : « On raisonne à l'envers. Avant de savoir qui sera le président, il faudrait déterminer un projet de mandat. Je ne suis pas le seul à le penser. »
La stratégie du silence de Jacques Auzou
Jacques Auzou, ancien maire de Boulazac-Isle-Manoire redevenu simple conseiller municipal après avoir transmis le flambeau à Fanny Castaignede en cours de mandat, n'a pas répondu à nos sollicitations. Cette stratégie du silence semble pour l'instant payante pour ce vétéran de la politique locale.
Si personne ne semble avoir le courage de l'affronter directement pour la présidence de l'agglomération, la question de sa succession se posera inévitablement. Pour l'instant, le vieux briscard de la politique périgourdine bénéficie d'une position quasi inexpugnable, renforcée par les divisions de ses adversaires potentiels et le soutien de la coalition baroque du Gelipp.



