À Hayange, en Moselle, ville de 12 000 habitants où l'extrême droite a enraciné son influence depuis des décennies, la condamnation de Marine Le Pen à quatre ans de prison, dont deux ferme, et à cinq ans d'inéligibilité pour détournement de fonds publics n'a pas entamé la fidélité de ses électeurs. Dans ce bastion du Front national, devenu Rassemblement national, la candidate à la présidentielle de 2027 conserve un soutien indéfectible, comme en témoignent les entretiens menés sur le marché de la ville.
Un sentiment d'injustice partagé
« C'est une honte, elle est persécutée par la justice », s'indigne Jean-Marie, 68 ans, ancien sidérurgiste, debout devant un stand de fromages. « On veut l'empêcher de se présenter parce qu'elle dérange le système. » Ce sentiment est largement répandu à Hayange, où Marine Le Pen a recueilli 62 % des voix au second tour de la présidentielle de 2022. Pour beaucoup, la condamnation est perçue comme une manœuvre politique visant à écarter une adversaire gênante. « Ils ont peur d'elle, alors ils utilisent les juges », ajoute Marie-Claire, 55 ans, employée de mairie.
Selon un sondage Ifop réalisé les 9 et 10 juillet 2026 pour Le Monde, 78 % des électeurs du RN estiment que Marine Le Pen est victime d'un « acharnement judiciaire ». À Hayange, ce chiffre monte à 85 %, selon une enquête locale menée par l'Observatoire de la vie politique lorraine.
Une ville marquée par la désindustrialisation
Hayange, autrefois capitale de la sidérurgie lorraine, a vu ses hauts-fourneaux s'éteindre dans les années 1990, laissant place au chômage et à un sentiment d'abandon. « Ici, on a été oubliés par Paris. Le seul qui nous écoute, c'est le RN », explique Thierry, 47 ans, ouvrier intérimaire. La ville a élu un maire RN en 2014, réélu en 2020 avec 58 % des voix. Le parti d'extrême droite y dépasse régulièrement les 40 % aux élections législatives, un record national.
Cette désaffection pour les partis traditionnels nourrit un rejet des institutions, y compris judiciaires. « La condamnation de Marine Le Pen, c'est la preuve que la justice est aux ordres du pouvoir », affirme Fabien, 34 ans, chauffeur-livreur. « On ne nous a jamais écoutés, alors on ne croit plus en rien. »
Un soutien qui se traduit dans les urnes
Malgré la condamnation, les militants locaux du RN restent mobilisés. « On va continuer à la soutenir, elle est notre seule chance », déclare Gérard, 62 ans, responsable d'une section locale. « On fera tout pour qu'elle soit candidate en 2027. » Selon un porte-parole du RN, le parti prépare un recours en appel et envisage une candidature de Marine Le Pen même en cas d'inéligibilité confirmée, en s'appuyant sur un vide juridique.
À Hayange, l'adhésion au RN ne se limite pas à Marine Le Pen. « C'est le programme qui compte, pas la personne », nuance Sophie, 41 ans, mère au foyer. « Mais elle est la seule à pouvoir le porter. » Le RN a renforcé sa présence locale, avec une permanence ouverte tous les jours et des réunions publiques hebdomadaires. « Ici, on est chez nous », conclut Gérard.



