Emmanuel Grégoire, maire de Paris depuis 2024, exerce une gouvernance qualifiée d'« omniprésente » et de « très centralisée » par plusieurs élus et observateurs. Selon une enquête du Monde, il concentre entre ses mains un nombre important de décisions, allant de l'urbanisme à la culture, en passant par les finances et les ressources humaines. Cette méthode suscite des tensions au sein de la majorité municipale et de l'opposition.
Un pouvoir concentré
Depuis son élection, Emmanuel Grégoire a réduit le nombre de délégations accordées à ses adjoints. Alors que ses prédécesseurs, comme Anne Hidalgo, avaient délégué des pans entiers de l'action municipale, Grégoire préfère garder la main sur les dossiers stratégiques. Selon un adjoint cité par Le Monde, « il veut tout savoir, tout décider, tout contrôler ». Cette centralisation se traduit par une présence accrue du maire dans les réunions de service, les conseils d'administration des sociétés d'économie mixte et les comités de pilotage des grands projets.
Des critiques internes
Cette gouvernance suscite des mécontentements au sein même de la majorité. Plusieurs élus socialistes et écologistes déplorent un manque de concertation et une « verticalité » dans la prise de décision. Un conseiller de Paris, sous couvert d'anonymat, confie : « On a l'impression que le maire ne fait confiance à personne. Il court-circuite ses adjoints et ses directeurs de cabinet. » Ces tensions ont conduit à des départs, notamment celui de la directrice de cabinet, partie en mars 2026, officiellement pour « raisons personnelles ».
Un bilan contrasté
Malgré ces critiques, Emmanuel Grégoire défend sa méthode en invoquant l'efficacité et la nécessité de prendre des décisions rapides dans une ville complexe comme Paris. Il met en avant plusieurs réalisations, comme l'accélération du plan vélo, avec 150 km de nouvelles pistes cyclables en deux ans, ou la création de 5 000 places de crèche supplémentaires. Cependant, ses détracteurs pointent un manque de transparence et une « personnalisation » du pouvoir. L'opposition de droite, par la voix de Rachida Dati, dénonce une « dérive monarchique » et appelle à un retour à une gouvernance plus collégiale.
Une relation tendue avec l'État
Au-delà des querelles internes, la gouvernance centralisée de Grégoire complique ses relations avec l'État. Le préfet de Paris a récemment émis des réserves sur plusieurs projets urbains, estimant que la mairie ne consultait pas assez les services de l'État. Selon une source préfectorale, « le maire veut tout décider seul, même sur des sujets qui relèvent de la compétence de l'État ». Cette situation a conduit à des retards dans certains dossiers, comme la piétonnisation des berges de Seine ou la transformation de la place de la Concorde.
Un style qui interroge
Emmanuel Grégoire, ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo, a toujours été décrit comme un homme de dossiers, bosseur et exigeant. Mais son passage à la tête de la mairie révèle une facette plus autoritaire. Un ancien collaborateur confie : « Il a toujours eu cette tendance à vouloir tout maîtriser, mais depuis qu'il est maire, c'est démultiplié. Il ne supporte pas qu'on lui dise non. » Cette personnalité pourrait être un atout dans une ville où les crises se succèdent, mais elle interroge sur la pérennité de son modèle de gouvernance.



