Une polémique mémorielle en Dordogne
Florence Joubert, députée Rassemblement national de la troisième circonscription de la Dordogne, s'indigne publiquement d'un courrier qu'elle qualifie de «scandaleux». Cette missive, émanant de deux associations mémorielles, remet en cause sa présence lors des cérémonies commémoratives dans le Périgord vert.
La lettre controversée des associations
Le comité de Thiviers de l'Association nationale des anciens combattants et ami(e)s de la résistance (Anacr) et les Francs-tireurs et partisans français (FTPF) Dordogne-Nord ont adressé une lettre aux maires de la région. «Ils font pression sur les maires du Périgord vert afin qu'ils ne m'invitent plus aux cérémonies mémorielles et commémoratives», a déclaré l'élue dans un communiqué daté du mercredi 25 mars.
Jean-Pierre Grolhier, président du comité thibérien de l'Anacr, assume cette initiative tout en la nuancant : «Ce courrier ne lui interdit pas de venir mais on ne souhaite pas participer aux cérémonies autour des stèles si elle est présente.» La lettre estime que la venue de la députée serait «totalement déplacée» et constituerait «une insulte» à la mémoire des victimes.
Un conflit mémoriel et politique
Florence Joubert dénonce une tentative de «politiser des cérémonies qui devraient rester avant tout des moments de dignité et de recueillement». «On est là pour rendre hommage à ceux qui sont tombés», insiste-t-elle, ajoutant : «Nous sommes des élus de la Nation pour tous, y compris ceux qui n'ont pas voté pour nous.»
Jean-Pierre Grolhier et Jean-Michel Lahieyte, de l'Amicale du premier régiment FTPF Dordogne-Nord, défendent leur position. Ils considèrent que la députée «ne représente pas les morts sur les stèles de la Résistance», arguant que «ces derniers se sont battus contre les gens d'un parti dont elle est l'héritière».
Même si Florence Joubert rappelle avoir «adhéré au FN de Marine Le Pen» plutôt qu'à celui de son père, Jean-Pierre Grolhier maintient : «Le Rassemblement national n'a jamais désavoué sa propre histoire.» Jean-Michel Lahieyte abonde : «On est porteur de l'esprit du Conseil national de la Résistance. On croit encore à l'arc républicain.»
Conséquences et réactions
La députée voit dans cette initiative «un coup bas» venant de personnes qui «essaient de marquer des points» en vue de l'élection présidentielle. Elle a annoncé son intention de saisir le procureur de la République, estimant que «le contenu semble relever de faits susceptibles de constituer une provocation à la discrimination en raison d'opinions politiques».
Jean-Michel Lahieyte présente cette prise de position comme une nécessité civique : «Dans l'espace civique, nous avons des choses à dire. On a simplement dit qu'on ne pouvait pas communier, se recueillir avec des membres du Rassemblement national.»
Cette affaire met en lumière les tensions persistantes autour de la mémoire de la Résistance et la place des élus d'extrême droite dans les commémorations officielles, particulièrement dans les territoires ruraux comme la Dordogne où l'histoire de la Seconde Guerre mondiale reste vivace dans les mémoires locales.



