De l'Assemblée nationale à la mairie d'un village girondin
Le serveur du café de Bernos-Beaulac lance avec humour à l'arrivée de Dominique David : « Pas de rendez-vous politique ici ». Pourtant, l'ancienne députée de la première circonscription de la Gironde, qui a siégé de 2017 à 2022, est bel et bien candidate aux élections municipales dans ce petit village du Sud-Gironde, où elle s'est installée il y a quatre ans.
Une reconversion inattendue
Dominique David avoue ne pas avoir anticipé ce retour en politique : « J'ai vraiment arrêté la politique à la fin de mon mandat de députée. J'ai tout laissé tomber pour venir prendre ma retraite ici, je ne pensais pas m'engager ». Elle reconnaît cependant avoir conservé « le goût de la chose publique » et de l'action pour l'intérêt général, qualifiant cette passion d'« assez addictive ».
Pour cette ancienne communicante qui a « beaucoup bougé pour le boulot » avec son mari, Bernos-Beaulac représente « le seul endroit » qu'elle a « vraiment choisi ». Ce village, situé entre Langon et Bazas, traversé par l'A65 et concerné par l'hypothétique LGV Bordeaux-Toulouse avec bifurcation vers Dax, devient le théâtre de sa nouvelle ambition politique.
Un duel local aux enjeux nationaux
Face à elle, la maire sortante Jacqueline Lartigue-Renouil, figure emblématique de la lutte contre la LGV en Sud-Gironde. Dominique David critique cette focalisation exclusive : « Ça a été l'alpha et l'oméga de son mandat, elle a oublié le reste ». Elle oppose son « pragmatisme » – consistant à préparer des discussions sur les compensations « en cas de projet imposé » – à la « posture militante » de son adversaire.
La candidate dénonce également « un sentiment que le village se dégrade, qu'il ne s'y passe rien », estimant que « Bernos-Beaulac se comporte comme un petit village » dans les débats communautaires.
La réponse de la maire sortante
Jacqueline Lartigue-Renouil se défend vigoureusement : « Tous les projets que nous avions proposés en 2020 ont été réalisés », tout en se félicitant de son bilan financier. Elle affirme être « parfaitement sereine » et critique vertement son adversaire : « Elle, c'est une femme politique. Moi, non », avant d'ajouter : « elle ment beaucoup », notamment concernant la recherche de subventions par la mairie.
La maire sortante justifie sa stratégie de campagne prudente : « Ma collègue adverse n'ayant pas dévoilé ses projets, je ne donne pas les miens non plus. Je ne veux pas qu'elle pique dans mes affaires ». Elle prévoit de révéler son programme lors d'une réunion publique deux jours avant le scrutin du 13 mars, tandis que Dominique David tiendra la sienne la veille.
Deux visions du mandat municipal
Pour l'ancienne députée, la fonction de maire représente un mandat « hyper complémentaire » avec celui de député, « pas du tout un déclassement ». Elle y voit une action plus concrète, « avec une action visible immédiatement », contrastant avec le travail législatif « parfois frustrant » de l'Assemblée nationale.
Alors que la campagne se poursuit principalement en porte-à-porte, les deux candidates s'affronteront également lors de réunions publiques. Dominique David abordera notamment la question de la LGV lors de sa réunion du 5 octobre, tout comme son adversaire le fera le lendemain.
Ce duel municipal oppose ainsi deux approches distinctes de l'engagement politique local, entre l'expérience parlementaire nationale et l'ancrage territorial de longue date, dans un village girondin qui devient le microcosme de tensions politiques plus larges.



