Défaite de la gauche à Bayonne : Jean-Claude Iriart analyse l'échec de l'union
Défaite de la gauche à Bayonne : analyse de l'échec

Défaite de la gauche à Bayonne : Jean-Claude Iriart analyse l'échec de l'union

Moins de 24 heures après la lourde défaite de la liste d'union de la gauche, le candidat de Rassemblés pour Bayonne, Jean-Claude Iriart (EH Bai), analyse à chaud le choix des électeurs. Principal enseignement : la gauche recule à Bayonne, marquant un tournant dans la politique locale.

Une union historique insuffisante

Au lendemain d'une défaite douloureuse au second tour des municipales de Bayonne, Jean-Claude Iriart assume ses responsabilités. Il se rend disponible aux sollicitations médiatiques, affirmant : « C'est la démocratie, il faut aller au bout. » L'abertzale a conduit la liste Rassemblés pour Bayonne, qui réalisait pour la première fois la jonction des principales forces de gauche présentes au premier tour : la liste Bayonne en mouvement (21,99 %) emmenée par Jean-Claude Iriart et celle d'Henri Etcheto, Bayonne tout simplement (21,37 %).

Cette union « historique » n'a pas suffi. Malgré une triangulaire avec l'extrême droite, représentée par Pascal Lesellier (RN), qui semblait périlleuse pour le maire sortant Jean-René Etchegaray (Renaissance), ce dernier l'a emporté avec 50,70 % des suffrages exprimés, contre 41,01 % à Jean-Claude Iriart et 8,29 % pour Pascal Lesellier.

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Les raisons de l'échec

Interrogé sur l'échec personnel, Jean-Claude Iriart reconnaît une dimension individuelle : « Il y a forcément une dimension personnelle dans le résultat quand on est tête de liste. Dans la victoire comme dans la défaite. » Cependant, il insiste sur la démarche collective de sa campagne.

L'union de la gauche a perdu 1 000 voix par rapport aux trois listes de gauche du premier tour. Iriart explique cette déperdition par un double mouvement : « Je vois un double mouvement, des reports de voix d'un côté et de la participation de l'autre. Jean-René Etchegaray bénéficie d'une part du vote abstentionniste du premier tour et du report d'une partie du vote Lesellier. Et il y a 1 000 personnes qui ont voté à gauche au premier tour qui ne se sont pas rendues aux urnes. » Il conclut : « On n'a pas fait le plein des trois listes de gauche du premier tour et les abstentionnistes n'ont pas compensé. Il n'y a pas eu de mobilisation de la gauche. »

Un calendrier électoral défavorable

L'alliance de la gauche est-elle intervenue trop tard ? Iriart pointe du doigt le système électoral : « Nous sommes dans un système électoral qui, en organisant le second tour une semaine après le premier, n'est pas favorable aux listes recomposées. On passe deux jours à se mettre d'accord sur cinq jours de campagne entre les deux tours. Il nous manque deux jours par rapport à la majorité sortante. Deux jours, c'est décisif. » Il ajoute : « J'ai vécu ce système comme un peu injuste. Dans ce système, mieux vaut privilégier les dynamiques de premier tour, elles s'amplifient au second. »

La question de l'abstention et de la sociologie

Jean-Claude Iriart souligne l'abstention plus importante dans certains bureaux de vote des quartiers populaires, où la sociologie est traditionnellement plus favorable à la gauche : « L'abstention n'est pas au même niveau partout. La participation reste sous les 45 % dans des bureaux comme la Citadelle, la grande ZUP, le CCAS… Quand la participation des arènes progresse de plus de trois points, pour dépasser les 65 %. » Il note aussi la progression de l'extrême droite dans ces quartiers, avec des scores atteignant parfois 15 %.

Pour ramener ces quartiers dans l'expression politique, Iriart propose : « Il faut lutter contre le fatalisme par une animation importante, mettre les gens en projet. Ça passe par de l'éducation populaire, des temps de rencontre, un accompagnement des projets. » Il insiste sur la nécessité d'une impulsion publique pour soutenir la dynamique associative.

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Bayonne, une ville qui n'est plus de gauche ?

Contrairement aux élections de 2014 et 2020, le vote de gauche au premier tour n'est plus majoritaire à Bayonne. Iriart analyse : « Je le crois. La ville s'est transformée. J'y vois la montée régulière de l'extrême droite, même si elle reste mesurée pour les municipales. Elle prend des voix à la gauche dans les quartiers populaires. » Il évoque aussi la gentrification liée à la politique du logement : « Les trois quarts des programmes construits sont laissés au marché libre. Quand on connaît les prix pratiqués, on comprend que les populations arrivées ces dernières années relèvent plutôt du haut de la classe moyenne, voire des classes supérieures. Cette sociologie-là vote plus au centre et à droite. »

Perspectives pour l'avenir

Face à ce recul, l'union de la gauche devient incontournable, selon Iriart : « Oui, le recul du vote de gauche rend l'union de la gauche de plus en plus incontournable à Bayonne. Si l'on ajoute la division à cet affaiblissement du vote de gauche, nous serons peu crédibles à l'avenir. » Il appelle à une nouvelle incarnation des forces de gauche, mettant en avant des personnes plus jeunes : « Je suis confiant, si on cumule les forces de nos listes, il y a une série de talents et de compétences pour l'avenir. »

Quant à la composition du Conseil municipal, Iriart reste pragmatique : « Nous avons fait le choix de l'union pour gagner. Il n'y a pas beaucoup de doutes sur le fait qu'on arrive à travailler ensemble. Mais un ou deux groupes, c'est une question secondaire. Il faut arriver à additionner nos savoir-faire respectifs. »