Un deuxième collaborateur du député LFI interpellé dans l'affaire Deranque
Parmi les onze personnes interpellées à la suite de la mort tragique du militant d'extrême droite Quentin Deranque, figure désormais un deuxième collaborateur du député Raphaël Arnault, élu de La France insoumise. Cette information a été confirmée ce mercredi par le procureur de la République de Lyon ainsi que par deux sources proches de l'enquête, venant corroborer les révélations initiales du Parisien.
Les détails des interpellations
Selon les informations dévoilées, il s'agirait de « Robin C. », engagé sous pseudonyme à l'Assemblée nationale. Cette nouvelle interpellation survient alors que neuf personnes avaient déjà été arrêtées mardi soir, dont Jacques-Eli Favrot, également assistant parlementaire du député « insoumis ». Raphaël Arnault avait d'ailleurs annoncé lundi avoir engagé les démarches pour rompre son contrat avec ce collaborateur.
Par ailleurs, Adrian B., ancien stagiaire du député, a été interpellé mardi. Selon l'Agence France-Presse, ce dernier est soupçonné d'avoir participé directement aux violences qui ont coûté la vie à Quentin Deranque. Toujours selon cette même source, « Robin C. » est suspecté d'avoir aidé Adrian B. à se soustraire aux forces de l'ordre après les faits.
Le contexte du drame
Quentin Deranque, âgé de 23 ans, est décédé la semaine dernière après avoir été agressé par plusieurs individus cagoulés. Les événements se sont déroulés en marge d'une conférence de l'eurodéputée Rima Hassan, membre de LFI, à Sciences Po Lyon. Le jeune homme était présent pour assurer la sécurité de militantes du collectif identitaire Némésis.
Une véritable « bataille rangée » s'est déclarée entre des membres de l'ultragauche et de l'ultradroite, selon le récit de l'AFP. À l'issue de ces violents affrontements, Quentin Deranque s'est retrouvé isolé, situation qui a conduit à son décès.
Raphaël Arnault et la Jeune Garde au cœur des suspicions
Raphaël Arnault, fondateur du groupe antifasciste la Jeune Garde, se trouve au centre des suspicions dans cette enquête. Ce groupe, dissous en juin 2025, est directement mis en cause dans le meurtre du jeune militant. Cette implication présumée a provoqué de vives réactions dans la classe politique française.
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a publiquement appelé La France insoumise à exclure Raphaël Arnault de son groupe parlementaire. De son côté, Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a estimé que le député devrait démissionner de son mandat.
La défense de LFI et les réactions politiques
Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, a vigoureusement défendu son collègue, affirmant que Raphaël Arnault n'était « absolument pas concerné par l'enquête en cours ». Il a accusé le gouvernement de faire preuve d'un « mépris absolu de la séparation des pouvoirs » et dénoncé une instrumentalisation politique de ce drame.
Les accusations dépassent largement le cas individuel du député pour viser l'ensemble du mouvement insoumis. Le ministre de la justice, Gérald Darmanin, a critiqué Jean-Luc Mélenchon, l'accusant de ne pas avoir pris la mesure du drame et de relativiser le meurtre d'un jeune homme. Le président du Sénat, Gérard Larcher, a quant à lui évoqué les « discours de haine » qui créent un climat de violence.
Les tensions au sein de la gauche
Les critiques proviennent également des rangs de la gauche. L'eurodéputé Raphaël Glucksmann et l'ancien président socialiste François Hollande ont tous deux estimé qu'il ne pourrait plus y avoir d'alliance avec La France insoumise dans ces conditions. Ce dernier a explicitement demandé aux « insoumis » de rompre « entièrement » tout lien avec la Jeune Garde.
Face à cette pression croissante, LFI tente de prendre ses distances avec le groupe antifasciste tout en dénonçant une instrumentalisation politique du meurtre. Jean-Luc Mélenchon a reconnu que son mouvement avait « fréquenté » la Jeune Garde, mais insiste désormais sur leurs « divergences » fondamentales.
Les conséquences pour le parti
La France insoumise se retrouve dans une position défensive difficile. Le siège national du parti, situé à Paris, a dû être brièvement évacué mercredi en raison d'une alerte à la bombe. Plusieurs candidats aux élections municipales rapportent être violemment pris à partie sur le terrain et sur les réseaux sociaux.
Manuel Bompard a appelé les pouvoirs publics à « garantir un débat démocratique digne et sain » et demandé de « cesser d'accuser LFI », affirmant que ces accusations pouvaient conduire à des intimidations et des attaques contre les permanences et locaux du parti.
Cette affaire met en lumière les tensions extrêmes qui traversent le paysage politique français et pose des questions fondamentales sur les limites de l'engagement politique et la responsabilité des formations politiques face à la violence de certains de leurs sympathisants.



