Le PSG, atout ou piège pour Rachida Dati dans la course à la Mairie de Paris ?
Alors que le Paris Saint-Germain affronte Chelsea en huitième de finale de Ligue des champions, un autre match se joue dans l'arène politique parisienne. Rachida Dati, en perte de vitesse dans les sondages et confrontée à un embouteillage électoral au second tour, pourrait voir la Mairie de Paris lui échapper après l'avoir longtemps convoitée. En cas de défaite municipale, l'ancienne ministre de la Culture pourra néanmoins se consoler en sachant qu'elle a remporté le cœur des supporters parisiens.
Une manœuvre politique habile autour de la finale de Munich
Le 31 mai 2025 restera comme une date clé dans la stratégie de Rachida Dati. Ce jour-là, la ministre réalise un coup de force en s'invitant à Munich pour la finale de la Ligue des champions, remportée 5-0 par le PSG contre l'Inter Milan. De retour d'une tournée asiatique avec Emmanuel Macron, elle prend directement la direction de la Bavière avec des supporters parisiens.
L'accès privilégié à la pelouse après le match lui permet de s'afficher avec Luis Enrique, DJ Snake et Achraf Hakimi, créant des images fortes largement diffusées sur les réseaux sociaux. « Il y a une vraie proximité entre Rachida Dati et les joueurs du PSG », confirme David Alphand, coprésident du groupe d'opposition « Changer Paris ». « C'est quasiment la seule personnalité hors staff sportif qui avait pu accéder à la pelouse. C'est significatif de la relation qu'elle entretient avec le club. »
L'absence remarquée d'Anne Hidalgo
Pendant ce temps, Anne Hidalgo brille par son absence. La maire sortante justifie d'abord son éloignement par un voyage prévu de longue date à Nairobi pour l'assemblée des Nations unies. Mais on apprendra plus tard qu'elle n'avait reçu d'invitation ni de Nasser Al-Khelaïfi, président du PSG, ni de l'UEFA. Son entourage évoque une « vengeance » du club après l'échec des négociations sur la vente du Parc des Princes.
Rachida Dati ne manque pas l'occasion de tacler sa rivale : « Les joueurs et les Parisiens méritaient plus qu'un simple communiqué. Il faut savoir à certains moments mettre ses rancunes de côté », déclare-t-elle au Parisien. Ainsi, dix mois avant le premier tour des municipales, Dati s'accapare l'espace symbolique laissé vacant par la maire parisienne.
Une stratégie qui divise
Emmanuel Grégoire, principal opposant de Dati et ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo, relativise l'importance du sujet : « C'est un thème qui a beaucoup plus d'impact médiatique que politique. J'espère que les gens vont voter pour des sujets de logement, de pouvoir d'achat, de transition écologique. »
Pourtant, Rachida Dati franchit la frontière entre médiatique et politique en inscrivant la promesse de « faire rester le PSG à Paris » dans son programme. Elle s'engage à « négocier la vente du Parc des Princes au PSG en contrepartie de la création d'un village sportif et culturel autour du stade ».
Des relations anciennes avec le club
David Alphand tient à préciser la chronologie : « La question de la place du PSG ne date pas de la finale de la Ligue des champions. Elle est à l'esprit de Rachida depuis l'inauguration du centre d'entraînement de Poissy, où elle avait été invitée. » Deux mois avant la finale, des membres du Collectif Ultras Paris avaient d'ailleurs rencontré des représentants du camp Dati pour évoquer l'avenir du Parc.
Karl Olive, maire de Poissy et allié de Dati, défend la sincérité de son attachement : « Quand elle se déplace à Munich, ce n'est pas pour jouer les plantes. Elle hurle pour le PSG, elle encourage les joueurs. Je l'ai vue au stade mais aussi à l'Élysée, et elle n'était pas la dernière pour sourire avec les joueurs. »
Les risques d'une proximité trop marquée
Certains supporters restent sceptiques, estimant que « Dati n'en a rien à faire du PSG ». Pourtant, sa présence régulière au Parc des Princes remonte à l'époque de Bertrand Delanoë, comme en témoignent des archives photographiques de 2009.
Le camp Dati est confiant quant à la position privilégiée de la ministre pour rouvrir le dialogue sur le Parc des Princes avec Nasser Al-Khelaïfi. Mais David Alphand tempère : « Il y a une tendance à surinvestir la relation qu'elle peut entretenir avec Nasser Al-Khelaïfi. Elle entretient des relations cordiales, courtoises, mais ce n'est en rien une relation de connivence. »
L'ombre des affaires qataries
La prudence est de mise, car Rachida Dati a été citée dans l'affaire des barbouzeries du PSG. Elle est soupçonnée d'avoir joué un rôle dans la libération du lobbyiste Tayeb Benabderrahmane, conditionnée à la signature d'un accord avec le Qatar. Ce dernier cherche aujourd'hui à faire annuler cet accord, se disant « otage » du Qatar à l'époque.
Ces liens potentiels avec le Qatar ne sont pas le genre de relations à mettre en avant lorsqu'on brigue la Mairie de Paris. La stratégie PSG de Rachida Dati pourrait donc se révéler à double tranchant, mêlant habileté politique et risques judiciaires dans une campagne déjà complexe.



