La technique, en politique, est somme toute banale. À l’approche d’une élection majeure, pour peser dans une campagne électorale, nul besoin de partir trop tôt. Il faut souvent traîner des pieds avant de désigner son favori. Selon la célèbre formule piochée dans les Mémoires du cardinal de Retz, « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». Gérald Darmanin, garde des Sceaux, applique le conseil avec la méticulosité d’un moine nazaréen.
Darmanin, un ministre courtisé mais prudent
Édouard Philippe sonne à sa porte pour qu’il lui apporte un soutien de toute urgence, allant jusqu’à lui proposer d’être le grand organisateur de sa campagne à venir ? Notre ministre de la Justice a tout juste cligné une paupière pour signifier un refus. Sans la moindre ambiguïté. Gabriel Attal lui fait les yeux doux pour qu’il saute dans sa caravane électorale ? L’ancien sarkozyste devenu le plus zélé et le plus fidèle ministre d’Emmanuel Macron répond par un chuchotement poli.
Celui qui a résisté à tous les remaniements ministériels depuis 2017 joue les arlésiennes. Il traîne des pieds pour se décider. Il hésite à choisir son champion. Tout simplement parce qu’il est convaincu que les jeux ne sont pas faits, loin de là, que la période de décantation des candidatures n’en est qu’à son début. Et qu’il a quelques cartes en mains pour sortir du bois dans les prochains mois. En jouant son propre jeu.
Les atouts de Gérald Darmanin
Ses atouts ne sont pas minces. Sa visite surprise en Algérie pourrait bien le replacer au centre de l’échiquier. Son CV a dû jouer pour que le président de la République lui confie cette mission rêvée, historiquement capitale : réconcilier deux peuples en guerre mémorielle. Une mère d’origine algérienne, un grand-père algérien, tirailleur durant la Seconde Guerre mondiale puis membre des FFI, des ancêtres arméniens : Gérald Darmanin est l’exemple parfait de l’immigré, même s’il est né à Valenciennes, qui a atteint les sommets du pouvoir dans le pays de Voltaire. Le contraire de l’assigné à résidence, condamné au ghetto et au déclassement social.
Son profil, quand les débats sur les questions de sécurité et d’immigration vont s’enflammer, peut devenir plus central que certains ne le croient. D’où sans doute la cour effrénée que lui font les partis, à l’exception, bien sûr, du RN et de LFI. Les plus assidus ? Quelques insoumis de LR qui s’inquiètent du démarrage poussif de la fusée Retailleau et craignent carrément la disparition du mouvement fondé par Nicolas Sarkozy.
Un faiseur de paix en puissance
Si la visite du ministre de la Justice à Alger est couronnée de succès, sur les questions des OQTF, sur les échanges relancés concernant les affaires de terrorisme islamique et, enfin, sur une éventuelle libération du journaliste de So Foot Christophe Gleizes, il est clair que celui qui avait traité Macron de « bobo-populiste » pourrait bien revenir auréolé de la couronne de faiseur de paix.
Fera-t-il pour autant une déclaration de candidature pour 2027 ? L’homme est d’une prudence de sioux. Là encore, il continuera sans doute d’agir en pointillé, de sortir, de temps en temps, quelques cartes postales de sa manche, à coup sûr sur les affaires de sécurité et d’immigration.
Ses amis murmurent qu’il n’aura nulle crainte à aller titiller Bardella ou Le Pen sur leurs thèmes de prédilection. D’autant, lui rappellent des élus de gauche, qu’il flirta, dans sa jeunesse, avec des idées d’extrême droite. Depuis, il se présente comme un gaulliste social, « gentil avec les gentils, méchants avec les méchants ». L’ex-maire de Tourcoing va poursuivre cette tactique des petits pas, sur la pointe des pieds. Attendant une vague favorable ? Viendra-t-elle un jour ?



