Gérald Darmanin hausse le ton. Le garde des Sceaux a adressé lundi une lettre aux quelque 10 000 magistrats pour réaffirmer son « attachement viscéral à l’indépendance de la magistrature ». Un message appuyé, dans un contexte tendu après la découverte du corps de Lyhanna et les critiques sur le fonctionnement de la justice.
Indépendance et responsabilité : le double message du ministre
Mais le ministre ne s’arrête pas là. Dans ce courrier manuscrit de deux pages, il insiste aussi sur un autre point clé : « cette indépendance va de pair avec la responsabilité ». Une ligne claire, alors que plusieurs dysfonctionnements ont été pointés ces derniers jours.
Un recadrage dans un climat sous tension
Dans sa lettre, Gérald Darmanin justifie sa prise de parole. « J’ai choisi de vous écrire en ce moment si important », explique-t-il, évoquant un contexte où certaines propositions politiques questionnent « l’équilibre de nos institutions ». Le ministre rappelle que des sanctions doivent être prises en cas de faute. « Lorsque des fautes professionnelles sont établies […] personne ne comprendrait qu’elles ne soient pas sanctionnées », insiste-t-il. Un message qui s’adresse directement au corps judiciaire, déjà ébranlé par ses déclarations initiales. Car dès les premières heures de l’affaire Lyhanna, le garde des Sceaux avait pointé des dysfonctionnements individuels, avant même la fin des enquêtes. Une sortie qui lui avait valu de vives critiques chez les magistrats.
Les conclusions officielles sont attendues. Les rapports des inspections de la gendarmerie et de la Justice doivent être remis au gouvernement le 22 juin. Ils devraient éclairer les responsabilités dans cette affaire. En attendant, Gérald Darmanin campe sur sa position. Il rappelle sa « fonction constitutionnelle » : « rendre des comptes aux Français et au Parlement […] et établir des responsabilités, individuelles ou collectives ». Une manière de justifier ses prises de parole répétées. Le ministre insiste aussi sur un point : il dit ne pas porter de responsabilité politique dans ce scandale. Selon lui, ses consignes visant à prioriser les violences contre les personnes, notamment la pédocriminalité, n’ont pas été pleinement appliquées.
Pression politique et baisse de popularité
La pression ne faiblit pas. Depuis plusieurs jours, des appels à la démission se multiplient, venant de différents bords politiques. Mathilde Panot, Yannick Jadot ou encore Olivier Faure ont demandé son départ, tout comme le Rassemblement national. Sur le plan de l’opinion, le ministre recule légèrement. Il a perdu 5 points dans un sondage Ipsos BVA pour La Tribune Dimanche, même s’il reste le membre du gouvernement le plus populaire, avec 39 % d’opinions favorables.
Malgré ces turbulences, le Premier ministre Sébastien Lecornu lui a renouvelé sa « confiance ». Un soutien politique important au moment où l’exécutif tente de garder la main. En parallèle, Emmanuel Macron a lui aussi pris la parole. Lors d’une interview sur TF1, le président a assuré que des moyens supplémentaires pourraient être déployés « là ou là » pour renforcer la lutte contre les violences faites aux enfants.
Le chef de l’État appelle à avancer « avec méthode », tout en saluant le travail des acteurs de terrain. Il a rendu hommage « à nos policiers, nos gendarmes, nos services enquêteurs, nos magistrats (qui) chaque jour se battent […] pour qu’on éradique ces violences et pour qu’on protège nos enfants ». Un message d’équilibre, entre soutien aux institutions et reconnaissance des enjeux. Mais sur le terrain politique comme judiciaire, la pression reste forte.



