Éric Ciotti triomphe à Nice, l'UDR consacre son union des droites
Ciotti vainqueur à Nice, l'UDR prouve son efficacité

Une victoire historique pour Éric Ciotti à Nice

Ce dimanche soir, Éric Ciotti exulte après avoir réalisé l'un des rêves de sa vie : devenir maire de Nice, la cinquième ville de France. Le député des Alpes-Maritimes a triomphé de son ancien mentor, le réputé indéboulonnable Christian Estrosi, lors d'une élection municipale hautement symbolique. Sur l'estrade, derrière lui, ses proches élus applaudissent à tout rompre, notamment les députés Bernard Chaix et Christelle d'Intorni, ainsi que l'eurodéputé Laurent Castillo.

La consécration de l'Union des droites pour la République

Tous ces soutiens, comme Éric Ciotti lui-même, sont d'anciens membres du parti Les Républicains. Ils font aujourd'hui partie de l'Union des droites pour la République (UDR), fondée au lendemain des législatives anticipées de 2024 et alliée du Rassemblement national. Si cette scission au sein de LR avait provoqué un véritable tremblement de terre il y a un an et demi, en ce soir de victoire sur la côte du Sud-Est, elle semble ne jamais avoir existé.

En bonne place derrière le candidat victorieux, le président Les Républicains du département, Charles Ange Ginésy, célèbre le vainqueur. Il est rapidement imité par le sénateur LR des Alpes-Maritimes, Henri Leroy, également présent sur l'estrade. « Leur présence est évidemment un signal politique », savoure un lieutenant d'Éric Ciotti. À l'image de son patron, il lit cette victoire municipale rien de moins que comme la consécration de la stratégie d'union des droites.

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L'efficacité redoutable de l'UDR comme sas perméable

Cette victoire constitue également la preuve de l'efficacité redoutable de l'UDR, qui fonctionne comme un sas parfaitement perméable entre LR et le RN. L'objectif avoué est d'aider le parti à la flamme à remplacer progressivement la droite traditionnelle sur une partie significative du territoire français. Si modeste qu'il soit encore, le parti d'Éric Ciotti vient d'apporter la démonstration éclatante de son utilité à son grand allié, le Rassemblement national.

Le RN ne s'est d'ailleurs pas fait prier pour revendiquer la victoire niçoise. Lors de l'annonce des résultats du second tour des municipales, tant Jordan Bardella que Marine Le Pen se sont félicités de « la plus grande percée de toute l'histoire » du Rassemblement national. Le parti à la flamme est effectivement passé d'une dizaine de villes à près de soixante-dix, multipliant son nombre de conseillers municipaux par quatre.

Les limites persistantes du Rassemblement national

Reste cependant une importante ombre au tableau pour le RN : son absence récurrente de réserve de voix au second tour, couplée à sa difficulté persistante à nouer des alliances solides avec la droite traditionnelle. Ces handicaps ont suffi à évaporer ses rêves de victoire symbolique dans les grandes villes de Marseille, Nîmes ou Toulon.

Autant de lacunes dont n'a visiblement pas souffert Éric Ciotti pour remporter sa ville de 350 000 habitants. Jordan Bardella n'avait d'ailleurs pas de mots assez durs, au soir du second tour, contre « ces dirigeants de LR, si prompts à condamner localement toute forme de convergence avec le RN, mais qui ne manifestent aucune réserve lorsqu'il s'agit, à l'échelle nationale, de gouverner aux côtés de ceux-là mêmes qu'ils prétendent combattre, les socialistes et les macronistes ».

Les mains tendues du RN restées lettres mortes

De fait, les mains tendues par le RN pour fusionner avec la droite afin de faire barrage à la gauche sont restées très largement lettres mortes. Les menaces d'exclusion proférées par LR à l'encontre de ses candidats tentés par une alliance avec le RN se sont révélées les plus fortes. Ce refus d'alliance a eu pour conséquence de voir basculer à gauche de grandes villes comme Nîmes, dans le Gard, ou Saint-Étienne, dans la Loire.

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Pendant ce temps, à Nice, Bruno Retailleau refusait de renouveler son soutien pour le second tour à l'adversaire du candidat UDR, Christian Estrosi. Éric Ciotti recevait quant à lui publiquement le soutien de l'eurodéputé LR Christophe Gomart. Le nouveau maire de Nice a même posté sur ses réseaux sociaux les photos de son déjeuner avec l'ancien candidat de la droite à la présidentielle, François Fillon, ainsi que ses échanges, tout sourire, avec le maire LR de Cannes et candidat putatif à la présidentielle, David Lisnard.

Un réseau d'influences et de relations personnelles

« François Fillon et Éric Ciotti sont amis de longue date », rapporte un proche du Niçois. « Il faut se souvenir qu'au soir du premier tour de la présidentielle de 2017, Éric faisait partie des derniers fidèles encore autour du candidat. Christian Estrosi avait été l'un des premiers à l'abandonner… »

Quant à David Lisnard, deux de ses proches lieutenants issus de son microparti, Nouvelle Énergie, figuraient avec sa bénédiction en bonne place sur la liste d'Éric Ciotti : le représentant du patronat local, Pierre Ippolito, et l'avocat Denis Del Rio. L'édile cannois est allé jusqu'à féliciter Éric Ciotti sur les réseaux sociaux, tout en l'invitant à sortir de son alliance avec le parti à la flamme. Un message partagé par l'intéressé sur ses propres réseaux, avant que des réactions outrées au RN ne le persuadent de se raviser.

Le « deux poids, deux mesures » de LR vis-à-vis du RN et de l'UDR

Ce « deux poids, deux mesures » de LR vis-à-vis du RN et de l'UDR est loin de se circonscrire au seul cas d'Éric Ciotti. « La quasi-totalité de nos candidats sont issus du parti Les Républicains », analyse un cadre de l'UDR. « De facto, les connexions humaines et personnelles existent avec ceux qui sont restés à LR. Ce qui permet de pacifier les choses. À Versailles, par exemple, notre candidat UDR est l'ancien responsable départemental de LR. Tout ce petit monde se connaît, ça met de l'huile dans les rouages… »

À tel point qu'à Dijon, en Côte-d'Or, le candidat Les Républicains Emmanuel Bichot a lui-même pris les devants pour proposer une fusion au candidat UDR, Thierry Coudert, dans l'espoir de ravir la ville à la gauche. En vain, comme le reconnaît pragmatiquement un conseiller d'Éric Ciotti : « LR agonisait, ils ne pouvaient pas gagner. Donc cela ne servait à rien de s'allier ».

Les autres victoires de l'UDR à travers la France

Outre Nice, l'UDR revendique des victoires à Vierzon dans le Cher, à Crépy-en-Valois dans l'Oise, et célèbre le maintien de ses mairies à Salbris dans le Loir-et-Cher et Montauban dans le Tarn-et-Garonne. « Chaque fois notre étiquette nous permet de faire le plein des forces du RN au premier tour, tout en conservant notre capacité à agréger les notables au second tour », glisse un proche d'Éric Ciotti.

Un constat déjà observé lors des dernières législatives partielles dans le Lot-et-Garonne et, surtout, en Haute-Savoie où le candidat UDR Antoine Valentin est parvenu à ravir une circonscription acquise à la droite traditionnelle depuis 1958. « Dans tous les villages qui votaient jusqu'à présent LR au-delà de 80 %, l'UDR est arrivé en tête », relate l'entourage Ciotti. « C'était un signal très positif pour les municipales, à Nice en particulier ! »

Une prophétie non réalisée malgré la victoire niçoise

Passé l'euphorie de la victoire niçoise, reste que les résultats de ces municipales sont loin d'atteindre les objectifs imaginés, il y a plusieurs mois, par le navire ciottiste. On espérait alors une multiplication d'alliances locales avec le parti Les Républicains. « Une réédition des scénarios de Dreux en 1983 ou des régionales de 1998 doit hanter Bruno Retailleau », glissait à l'automne un cadre d'Éric Ciotti. « Dans un sens ou dans l'autre, ce scrutin fera péter les digues en vue de la présidentielle et des prochaines législatives. »

Las, le même constate aujourd'hui l'échec de sa prophétie. « Nous avons pâti de la grande proximité des municipales avec les élections sénatoriales de septembre prochain », élude-t-il. « La pression a été beaucoup plus forte qu'attendu sur les élus. Cela nous a fait beaucoup de mal. »

Le défi de la double casquette pour Éric Ciotti

Un autre péril est désormais identifié jusque dans les rangs alliés du RN : maintenant son rêve de devenir maire de Nice réalisé, Éric Ciotti ne risque-t-il pas de se concentrer uniquement sur son mandat municipal, délaissant le combat avec son partenaire au niveau national ? « Aucun risque », assure un proche, « même s'il ne siège plus à l'Assemblée, il reste le président de l'UDR et passera un à deux jours à Paris. Cette victoire à Nice augmente notre force. » Simple comme gérer une ville de 350 000 habitants à temps partiel…