Un élu écologiste écarté de la liste municipale à Bordeaux
La constitution des listes électorales pour les municipales génère toujours des tensions et des surprises. À Bordeaux, l'adjoint en charge de la sobriété et conseiller métropolitain Laurent Guillemin a récemment annoncé publiquement qu'il ne serait pas reconduit sur la liste du maire écologiste sortant Pierre Hurmic, candidat à sa propre succession. Cette révélation intervient alors que le maire doit officialiser ses choix dans les prochains jours.
Une annonce tardive et une communication difficile
Laurent Guillemin explique avoir appris la décision de manière indirecte. « L'été dernier, Pierre Hurmic nous a envoyé un mail nous demandant si nous souhaitions rester ou pas. Je lui ai répondu : 'À ta disposition, si tu le souhaites.' Il devait nous donner une réponse individuelle mi-septembre. Octobre, novembre, décembre, rien. J'assurais le service minimum, sans jeter le trouble. Sans nouvelles en janvier, j'ai sollicité un rendez-vous », détaille l'élu.
Lors de cette rencontre, le maire lui a confirmé son non-renouvellement. « Je ne rentrerai pas dans l'intimité de cette discussion. J'ai pris acte, sans me rouler par terre. Pour moi, la politique est une mission, pas une ambition personnelle », affirme Guillemin, tout en regrettant le manque de transparence : « Cela ne m'aurait pas posé de problème d'attendre jusqu'au 15 janvier si cela avait été annoncé. »
Un élu atypique et isolé au sein de l'équipe municipale
L'ancien adjoint reconnaît avoir perçu des signes avant-coureurs de son éviction. « Je l'ai vu venir. J'ai toujours été un élu atypique, isolé dans l'équipe, un électron libre, le plus visible sur les réseaux sociaux avec une communication autocentrée », analyse-t-il. Son style personnel – lunettes vertes, pochette bleu blanc rouge et cravate – a créé une identité visuelle distinctive qui « a fait grincer des dents » selon ses propres termes.
Ingénieur spécialiste de l'optimisation énergétique, Guillemin se présente comme « le seul pro de l'écologie de l'équipe ». Sa délégation, centrée sur l'eau et l'énergie, était convoitée, et son voyage à vélo jusqu'à Bakou pour la COP 29 en octobre 2024 a suscité des critiques internes. « J'ai été détesté pour mon voyage à vélo », confie-t-il, rappelant que ses trois rendez-vous avec Pierre Hurmic en six ans ont été conflictuels : deux pour des réprimandes et le troisième pour son exclusion.
Les difficultés du travail politique et l'avenir
Issu de la société civile, Laurent Guillemin estime que « intellectuellement et techniquement, c'est simple d'être un élu. C'est plus une attitude qu'une compétence, il faut être au garde-à-vous et ce n'est pas ce qui me caractérise ». Il pointe également la complexité de collaborer avec d'autres élus ou certains chefs de service « qui n'ont pas intérêt au changement ».
Malgré cette expérience, l'ancien adjoint n'est pas dégoûté de la politique. « Je reste à disposition pour donner de mon temps et de mon énergie pour le territoire. C'est chouette d'œuvrer pour le collectif, je suis très fier du travail accompli avec les habitants du quartier Saint-Augustin. Je n'ai pas de regret, ni peur de la suite », déclare-t-il, citant une phrase qui le guide : « plutôt couler en beauté que flotter sans grâce ».
Cette affaire illustre les tensions qui peuvent exister au sein des équipes municipales, particulièrement en période électorale, et met en lumière les défis de l'engagement politique pour les personnalités atypiques.



