Un renversement historique à Bayonne
Les élections municipales à Bayonne ont connu un tournant historique ce dimanche 15 mars. Pour la première fois depuis la fin de l'ère Grenet, les formations de gauche ont cumulé moins de voix que celles de la droite et du centre réunies à l'issue du premier tour du scrutin. Cet événement marque une rupture significative dans le paysage politique local.
Les chiffres qui confirment la tendance
Les deux principales listes de gauche, Bayonne en mouvement menée par Jean-Claude Iriart et Bayonne tout simplement conduite par Henri Etcheto, n'ont obtenu que 43,36% des suffrages, soit 8 265 voix. En ajoutant les 3,81% de la candidate de La France Insoumise, Sandra Pereira-Ostanel, le total des votes à gauche atteint péniblement 47,17% (8 991 voix).
Ce résultat représente un net recul par rapport aux précédentes élections municipales :
- En 2014, la gauche rassemblait 51,4% des votes au premier tour
- En 2020, elle atteignait même 54%
- En 2024, elle chute à 47,17%
La droite et le centre en position de force
Face à cette érosion de la gauche, la liste du maire centriste sortant Jean-René Etchegaray (42,11%) et celle du Rassemblement national menée par Pascal Lesellier (10,72%) totalisent ensemble 52,83% des voix, soit 10 069 suffrages. Cela représente une avance de 1 078 votes sur le bloc de gauche, alors qu'en 2014, la gauche devançait encore de 473 bulletins, et en 2020 de 996.
Les causes d'un tel recul
L'abstention record comme facteur déterminant
L'un des éléments clés expliquant ce renversement est l'abstention record enregistrée à Bayonne. Avec 47% d'absence aux urnes, la ville dépasse de 10 points la moyenne départementale. Henri Etcheto, candidat de Bayonne tout simplement, pointe du doigt cette abstention, particulièrement marquée dans les quartiers populaires, qui aurait selon lui « ouvert un boulevard pour Jean-René Etchegaray et sa liste ».
Les divisions internes de la gauche
Le lourd passif des divisions au sein de la gauche bayonnaise a probablement pesé dans la balance. Jamais parvenue à concrétiser un accord de second tour pour les municipales précédentes, la gauche locale semble avoir payé le prix de ses guerres d'ego et de ses dissensions internes. Jean-Claude Iriart lui-même a reconnu que les scores de la gauche étaient « assez décevants ».
Des tractations cruciales pour le second tour
La course contre la montre
Malgré ce recul, la gauche bayonnaise conserve des chances sérieuses pour le second tour. La qualification du candidat d'extrême droite Pascal Lesellier complique en effet la tâche du maire sortant Jean-René Etchegaray. Jean-Claude Iriart a martelé : « Il y a de la place pour que, dimanche prochain, la gauche rassemblée gagne les élections. Nous avons une forte responsabilité. »
Les négociations en cours
Dès le lundi 16 mars, une dizaine de représentants des deux listes de gauche se sont rencontrés dans un café de la rue Thiers, à deux pas de la mairie. L'objectif : trouver un terrain d'entente pour fusionner en vue du second tour. Deux questions charnières se posent :
- Le programme commun à adopter
- La composition de la liste unique à déposer avant mardi 17 mars, 18 heures
La complexité des négociations
Les candidats travaillent sur l'hypothèse de 33 sièges à répartir entre les deux groupes en cas de victoire. La formation de Jean-Claude Iriart devançant de seulement 117 voix (0,62%) celle d'Henri Etcheto, la logique arithmétique voudrait que la tête de liste revienne au premier. Les 32 postes suivants seraient alors répartis à égalité : 16 places pour chaque équipe.
Néanmoins, Bayonne en mouvement pourrait être tenté de revendiquer l'application d'une « prime majoritaire », une clé de répartition qui lui garantirait une majorité au sein de sa propre majorité. Cette question avait déjà été une pierre d'achoppement en 2020, lorsque Henri Etcheto avait proposé ce système à ses concurrents de gauche.
Une recomposition politique en marche
Les élections municipales de Bayonne révèlent ainsi une recomposition profonde du paysage politique local. La gauche, longtemps dominante, doit désormais faire face à une droite et un centre renforcés, tandis que l'extrême droite confirme son implantation. Les prochains jours seront décisifs pour savoir si la gauche parviendra enfin à surmonter ses divisions historiques et à présenter un front uni pour le second tour.
La composition des listes reflète d'ailleurs cette diversité : Jean-Claude Iriart rassemble des membres du Parti socialiste, des Verts, d'EH Bai, de Génération écologie, de Place publique, du Nouveau parti anticapitaliste et de Génération-s, tandis qu'Henri Etcheto regroupe autour de sa candidature des membres du PS, du PC et des personnes hors de tous partis.



