Patrick Balkany, l'ex-maire inéligible qui prépare sa revanche à Levallois
Balkany, l'ex-maire inéligible prépare sa revanche à Levallois

Le monarque déchu de Levallois prépare sa revanche

Installé dans sa permanence, derrière de grandes vitrines à deux pas de la mairie, Patrick Balkany reçoit, cigarillo à la main, tel un souverain en exil. Assise à ses côtés, sa nouvelle protégée, Mounia Inoughi, l'écoute avec une dévotion presque religieuse. L'ancien baron des Hauts-de-Seine rayonne, visiblement ravi de retrouver le centre de l'attention, même s'il ne mène plus campagne pour lui-même, mais pour une autre, et surtout contre celle qu'il accuse de trahison.

Un scrutin qui ressemble à une série politique

À ce stade, les élections municipales à Levallois-Perret n'ont plus rien à envier aux intrigues de Baron noir. On y trouve un ancien maire condamné pour blanchiment de fraude fiscale, déclaré inéligible jusqu'en 2031, mais qui refuse obstinément de quitter la scène politique. Dans le rôle principal, un acteur de haut vol de la vie publique à l'ancienne : Patrick Balkany. L'homme, bien qu'incapable de reprendre le trône, s'évertue à en scier les pieds, entraînant dans sa chute funèbre son ancienne dauphine devenue maire et sa dernière recrue, la troisième après Klaudia Lafont et Jérôme Gaulliard.

Le retour fracassant du 4 mars 2024

Tout a commencé, ou plutôt recommencé, le 4 mars 2024. Profitant d'une tribune dans les pages culture du Parisien, où il commentait son rôle de parrain dans un clip d'Arno Santamaria, Balkany a lâché sa bombe : « Je prépare les prochaines élections municipales, je monte une liste pour virer ceux qui sont là ». Une soif de revanche qui ne se confine pas aux murs de sa permanence. Elle déborde sur le pavé levalloisien, où l'on croise régulièrement l'ancien édile au volant de sa Mini Cooper. Lunettes de soleil sur le nez, fenêtres grandes ouvertes, l'ex-député-maire, cultivant son allure de parrain, est aux aguets, prêt à saluer chaque regard et à savourer le moindre geste de sympathie d'un ancien administré.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Prisonnier de sa propre légende

Interrogé sur son acharnement à influencer un scrutin dont la justice l'a écarté, le vieux grognard esquisse un sourire entendu. Il renverse l'accusation avec une félicité non dissimulée, se drapant dans l'illusion d'un plébiscite éternel : « Ce n'est pas moi qui ne la lâche pas, ce sont les Levalloisiens qui ne me lâchent pas ! Ils continuent de m'appeler 'Monsieur le Maire' », affirme-t-il, le plus sérieusement du monde. À 77 ans, enfermé dans sa propre mythologie, l'ancien édile ne perçoit pas une ville en mutation, mais un royaume qui s'effondre depuis son départ. Pour lui, Levallois, autrefois « une ville d'excellence », est devenue « une cité banale où tout continue en faisant moins bien ». La propreté, les voyages pour les enfants, la sécurité ? « En chute libre », assure-t-il, déclamant ses critiques à la manière d'un tragédien grec : une administration en déshérence, des fonctionnaires malheureux et des citoyens oubliés.

La nostalgie d'un âge d'or fantasmé

Il joue la carte de la nostalgie, évoquant un âge d'or révolu où « les policiers municipaux et les jardiniers étaient heureux », où « le Sporting Club de Levallois produisait des champions comme Teddy Riner » et où « Levallois envoyait les enfants des HLM en classes transplantées aux États-Unis pour vivre dans des maisons de milliardaires ». Sa cible, devenue une obsession, s'appelle Agnès Pottier-Dumas. Son ancienne directrice de cabinet, qu'il avait lui-même propulsée reine en 2020 depuis sa cellule de la Santé, pour éviter que ses adjoints ne s'entretuent. Aujourd'hui, il jure de vouloir une seule chose : « réparer son erreur de casting ».

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le crime de la dauphine : l'indépendance

Le crime de l'actuelle maire ? Avoir commis un parricide politique en affichant son indépendance dès l'entre-deux-tours. « J'ai pensé qu'elle allait continuer le travail, mais elle a voulu s'imposer en changeant tout », grince Balkany. L'ingrate a osé la « débalkanisation ». Un sacrilège qui, pour Mounia Inoughi, « n'est en réalité qu'une démolition de ce qui était bien ». L'impudente est même allée jusqu'à modifier le logo de la ville. Face aux foudres de son ancien mentor, la maire sortante oppose une froideur clinique. Loin d'être intimidée, Agnès Pottier-Dumas observe l'agitation du clan Balkany avec détachement. À ses yeux, le faiseur de rois d'hier s'est transformé en « figure repoussoir ».

La fin d'un mythe électoral

Sans ciller, elle pulvérise le mythe de son invincibilité électorale : dès 2020, se prévaloir de son soutien avait déjà « quelque chose de négatif ». Pour achever le tableau, elle égrène avec une précision de notaire la litanie des échecs essuyés par les candidats qu'il soutenait au cours de la décennie précédente. Quant aux leçons d'élégance et d'empathie dispensées par l'ancien édile, elles la font doucement sourire. L'ancienne collaboratrice n'a rien oublié des méthodes « autrement plus hard » de l'ex-maire, capable de « hurler » sur ses contradicteurs en plein conseil municipal, n'hésitant pas à s'abaisser aux pires « attaques sur le physique ». Autrefois redouté, cet acharnement viscéral d'un homme qui « n'arrive pas à décrocher » de la vie politique ne lui inspire désormais plus qu'un constat laconique : « Quand on le voit traîner sur le marché, on se dit : wow, mais quelle tristesse ! ».

Un climatoscepticisme assumé

Pour rester au centre du jeu, Patrick Balkany s'autorise tout, dynamitant le politiquement correct avec une gourmandise intacte. Interrogé sur la densité étouffante de sa ville et la multiplication des îlots de chaleur urbains, il expédie la question avec un sourire goguenard pour endosser le costume du tonton populiste : « Je suis comme Trump. Je suis très climatosceptique ». Invoquant la chaleur qui s'abattait sur la France en août 1948, l'année de sa naissance, il affirme que la terre a toujours connu des cycles et que les écologistes auraient « bourré le mou » aux électeurs avec leurs « théories catastrophistes ». Il ressuscite la doctrine de Georges Pompidou et estime qu'il faudrait surtout « arrêter d'emmerder les Français ».

La provocation comme ultime bouclier

Le vieux lion de l'Ouest parisien veille toujours et manie la provocation sans trembler. Ce qui pourrait passer pour un dérapage chez n'importe quel élu est, chez lui, une règle d'or, un carburant qui l'a alimenté pendant quarante ans de règne. À la mairie, ses transgressions servaient à asseoir sa puissance de bâtisseur face à l'opposition. Aujourd'hui, ses provocations constituent son ultime bouclier contre l'oubli. En jouant les Trump des Hauts-de-Seine, Balkany s'offre le luxe des condamnés qui n'ont plus rien à perdre. Ainsi, sur le bilan d'Emmanuel Macron, le verdict tombe sans nuance : « Macron a dégradé la France en un mandat », lâche-t-il. Son diagnostic est sans appel : « Il n'aime pas les gens. Il lui manque cette épaisseur humaine qu'avaient ses prédécesseurs ».

La droite est morte, vive Bardella

Dans le logiciel balkanyste, un bon politique est un grand fauve, qui embrasse, serre des mains et vibre au contact de la rue. Face à ce qu'il perçoit comme un effondrement global, l'ancien pilier du RPR, qui a fait ses classes à l'Élysée sous Pompidou, tire un trait définitif sur sa propre famille : « La droite est morte », décrète-t-il avec la froideur d'un médecin légiste. « Elle s'est diluée dans des alliances centristes molles », grince-t-il. « À force de vouloir plaire à tout le monde, on ne ressemble plus à rien. Les Républicains ont oublié ce que c'est que d'être vraiment de droite ». Regardant vers 2027, le reclus indéboulonnable prophétise une victoire de Jordan Bardella face à Jean-Luc Mélenchon. Et parce que Balkany sera toujours Balkany, il ajoute : « le moment venu, il n'est pas exclu que je le soutienne… ».

Un déni judiciaire persistant

Enfermé dans le déni de sa propre condamnation pour fraude fiscale, jurant n'avoir « rien, mais alors rien à se reprocher », Balkany fustige de sombres « collusions avec les calendriers judiciaires » visant à abattre les élus. Selon lui, la souveraineté populaire devrait primer sur le Code pénal, et la robe noire n'a pas à faire le tri dans les candidatures démocratiques. « Je suis tout à fait contre l'inéligibilité parce que je pense que c'est aux électeurs de choisir, ils sont assez grands pour décider », s'agace-t-il. Sa solution miracle pour faire trembler la délinquance ? « Expédier directement les fauteurs de troubles dans un centre de rétention en Guyane ».

Le crépuscule d'un règne

Reste à savoir si cette ultime bravade suffira à masquer le crépuscule de son règne. Car en dehors de sa permanence, l'illusion d'un retour triomphal se heurte à un regard plus sévère. Pour la maire sortante, cette agitation frénétique traduit surtout l'incapacité d'un homme à faire le deuil du pouvoir. De son côté, l'opposition observe ce « feuilleton » avec un mélange de consternation et de lassitude, dénonçant un « cirque » anachronique. Cette campagne aux allures de vendetta personnelle n'est peut-être, au fond, que la queue de comète d'une époque révolue. Le monarque déchu donne encore de la voix, mais il se pourrait bien qu'il soit désormais le seul à s'écouter...