Bagnols-sur-Cèze face à son déclin à l'approche des municipales 2026
À deux semaines du premier tour des élections municipales de 2026, Bagnols-sur-Cèze, troisième ville du Gard avec 18 000 habitants, présente un visage contrasté. Située à 10 km du site nucléaire de Marcoule, dans la vallée de la Cèze, la ville semble en perte de vitesse, au grand désespoir de nombreux habitants.
Un centre-ville marqué par la fermeture des commerces
L'entrée sud de la ville est dominée par les immeubles des Escanaux, aux façades fatiguées et sales, tandis que les enseignes de fast-food ponctuent le paysage. Le centre historique, pourtant rénové, offre le spectacle désolant de rideaux de fer tirés, parfois rouillés, et de boutiques fermées. La rue de la République, autrefois très commerçante, ne compte plus qu'une vingtaine de magasins ouverts, contre près de cinquante définitivement clos.
"Il y a dix ans que la ville décline", se lamente Thierry, un retraité de 64 ans. Chaemaima, gérante d'un Barber shop rue Crémieux depuis quatre ans, témoigne : "À côté de mon magasin, les deux ont plié boutique. Le dernier, c'était il y a un mois. Si ça continue, je vais fermer moi aussi." Elle pointe du doigt les loyers élevés et le manque de passage, notamment dû aux travaux et au déplacement du marché.
Les mesures municipales et leurs limites
La municipalité a pourtant mis en place plusieurs actions via le dispositif Action cœur de Ville : aides au loyer pour les commerces du centre, locaux à louer, préemption d'anciens bâtiments, embauche de deux animateurs commerciaux. De nouvelles halles privées ont également été ouvertes, mais elles ont périclité au bout d'un an, faute de succès.
Frédéric Santori, pharmacien, estime que "la mairie n'a pas forcément démérité". Il évoque des causes "multifactorielles", incluant des problèmes de propreté, de sécurité et de chômage. Le taux de chômage s'élevait à 8,5 % au troisième trimestre 2025, contre une moyenne nationale de 7,5 %. La sécurité est également un sujet préoccupant, avec du narcotrafic signalé dans certains quartiers, malgré plusieurs démantèlements.
La fin des grands festivals et leurs conséquences
Les festivals ont longtemps été un moteur d'attractivité pour Bagnols-sur-Cèze. Le Bagnols Blues, pendant 15 ans jusqu'en 2005, puis le Bagnols reggae festival jusqu'en 2014, attiraient des milliers de visiteurs et généraient des retombées économiques significatives. "Commerces, campings, cafés et restaurants faisaient le plein. Les retombées dépassaient le million d'euros", rappelle le candidat Philippe Broche.
Le maire sortant justifie l'arrêt du festival reggae en 2014 par son impact négatif sur le tourisme. Aujourd'hui, presque tous les candidats promettent de faire renaître un grand festival. La municipalité a lancé Les Cèz'tivales, une programmation estivale mêlant concerts et théâtre, mais sans atteindre l'ampleur des anciens événements.
Atouts et défis pour l'avenir
Malgré les difficultés, Bagnols-sur-Cèze dispose d'atouts indéniables : un patrimoine architectural exceptionnel, un hôpital, des établissements scolaires, un cinéma, une piscine municipale, une vie associative riche et une nouvelle salle de spectacle, La Pyramide, dont la programmation est saluée. Cependant, certains habitants préfèrent désormais se rendre à Avignon ou Orange pour le shopping ou le cinéma, et les plus aisés quittent la ville pour des villages offrant de meilleures prestations.
Un retraité souligne : "Il y a beaucoup trop de logements sociaux", tandis qu'un autre rappelle que "la ville a besoin d'une prise en charge particulière". Frédéric Santori conclut : "Ceux qui disent que c'est une fatalité ont tort. Il y a 70 ans, avec l'arrivée du site nucléaire de Marcoule, elle a connu essor et prospérité."
À l'approche des municipales 2026, la question reste entière : Bagnols-sur-Cèze peut-elle retrouver un nouvel élan, et les promesses électorales suffiront-elles à redonner espoir à ses habitants ?



