Municipales à Avignon : le PS s'allie avec LFI malgré les tensions nationales
Avignon : le PS s'allie avec LFI pour le second tour

Un premier tour décevant pour le Parti socialiste avignonnais

La petite permanence de l'avenue Pierre-Semard, à Avignon, s'éclaire doucement en ce dimanche soir. Il est 20 heures au siège du Parti socialiste où une vingtaine de militants se regardent avec appréhension. Les pizzas sont sorties, mais le champagne reste au frais. Quand les résultats du premier tour des élections municipales tombent, un léger malaise se diffuse dans la salle.

Certes, on s'attendait à voir en tête l'ex-journaliste Olivier Galzi, soutenu par Renaissance, avec 27 % des voix, suivi de la candidate du Rassemblement national Anne-Sophie Rigault à 25 %. Mais le score faible du socialiste David Fournier à 20 %, devançant d'extrême justesse Mathilde Louvain pour La France insoumise à 19 %, a constitué une véritable douche froide. En quadruplant leur score par rapport à 2020, les Insoumis rattrapent le PS à seulement 234 voix près. Une véritable claque pour les socialistes historiques.

Le dilemme stratégique des socialistes

À la permanence socialiste, la grise mine laisse progressivement place à un dilemme cornélien. Faut-il s'allier avec La France insoumise, malgré les consignes nationales du PS, l'implication du service d'ordre de LFI dans la mort de Quentin Deranque, les récents dérapages sur les noms juifs de Jean-Luc Mélenchon, et bien d'autres controverses encore ? Vers 21 heures, Maryline Croyet, seconde sur la liste socialiste, ose proposer la fusion. Les militants lui opposent une bronca immédiate.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une heure plus tard, l'arrivée de David Fournier resserre les rangs. « Notre seul devoir, c'est d'empêcher le RN de gagner ! » harangue le candidat socialiste. La salle applaudit, mais la tête de liste s'éclipse rapidement, le téléphone vissé à l'oreille, pour des négociations décisives.

La fusion controversée PS-LFI

À 23 heures, les colistiers s'enferment dans la permanence grise. Derrière les vitres, ils s'agitent sous des néons blafards pendant une nuit agitée de discussions intenses. Au petit matin, ils ressortent après avoir conclu un accord historique avec LFI. Sur cette liste fusionnée, les Insoumis ont négocié 18 places de colistiers éligibles, un compromis impensable pour les quelques colistiers de Place publique et du Parti radical de gauche, qui se sont immédiatement retirés.

Sur cette liste unie, où Mathilde Louvain figure en quatrième position, on retrouve également l'avocat Farid Faryssy, qui avait quitté LFI avec fracas pour rejoindre la liste PS en novembre 2025, dénonçant au passage le « comportement autoritaire, les pratiques d'intimidation et les violences verbales » du député LFI Raphaël Arnault.

L'ombre de la Jeune Garde plane sur la campagne

Un parfum de soufre flotte pourtant sur cette liste Insoumise, soutenue par le député du Vaucluse élu en 2024, l'antifa Raphaël Arnault, condamné pour violences volontaires en mars 2025. Avec l'aide de l'état-major Insoumis, le député Arnault a poussé l'investiture de Mathilde Louvain. « Elle a assuré une très bonne campagne, c'était la plus sérieuse à gauche », salue même un opposant politique.

En marge de ce profil bien sous tous rapports, Raphaël Arnault a parachuté à Avignon plusieurs proches affiliés à la Jeune Garde, mouvement antifa dissous en juin 2025. Le 14 février, un mois avant le premier tour, la campagne des municipales est percutée par la mort de Quentin Deranque, militant d'extrême droite battu à mort à Lyon par des antifas liés à la Jeune Garde.

Parmi les suspects écroués figure Jacques-Élie Favrot, alias « Jef », assistant parlementaire et fidèle ami de Raphaël Arnault, qui apparaît sur les visuels de la campagne de Mathilde Louvain. Tout comme Robin Chalendard, autre assistant parlementaire de Raphaël Arnault, soupçonné d'avoir hébergé l'un des mis en cause dans la mort de Quentin Deranque.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Un second tour incertain dans un mouchoir de poche

Le second tour s'annonce extrêmement serré. Le favori Olivier Galzi peut encore grappiller quelques voix, tout comme la candidate RN, parmi les 7 % de suffrages récoltés par le franc-tireur divers droite Stéphan Fiori, populaire chez les commerçants d'Avignon. Même unie, la gauche devra encore mobiliser des abstentionnistes, surtout dans les quartiers populaires, pour espérer l'emporter.

Un savoir-faire qu'elle pourra puiser chez LFI, qui a surperformé dans le quartier populaire de Monclar avec 41 % dans l'un de ses bureaux de vote, contre seulement 16 % pour le PS. Les classes moyennes et les fonctionnaires, d'habitude prompts à voter socialiste, semblent en partie s'être tournés vers Olivier Galzi, tandis que la bataille pour les classes populaires s'est jouée entre le RN et LFI, reléguant le PS hors jeu.

Ainsi, à Avignon, ni les consignes d'Olivier Faure ni l'avertissement de Raphaël Glucksmann n'auront découragé l'alliance. « Il y a les grandes prises de position au niveau national. Et après, il y a le réalisme du quotidien », a déclaré au média local Ici Vaucluse le sénateur socialiste du Vaucluse, Lucien Stanzione. Une alliance de raison qui pourrait bien déterminer l'avenir politique de la cité des papes.