Bilan des années Estrosi à Nice : l'avis de Jean-Christophe Picard
Années Estrosi à Nice : le bilan de Jean-Christophe Picard

Dans le cadre de notre série consacrée aux dix-huit années de mandature de Christian Estrosi à Nice, nous avons interrogé Jean-Christophe Picard, ancien conseiller municipal et métropolitain écologiste, membre d'Anticor et de l'Observatoire de l'Éthique publique. Il livre un regard sans complaisance sur cette période qui s'est achevée le 22 mars dernier avec la défaite d'Estrosi face à Éric Ciotti.

Un bilan contrasté

Pour Jean-Christophe Picard, le mandat d'Estrosi a été marqué par des réalisations indéniables, comme la coulée verte, les lignes 2 et 3 du tramway ou le grand stade. Cependant, il déplore une communication excessive qui n'a pas masqué les promesses non tenues et la hausse des impôts. « Ce fut sans doute un peu trop long », résume-t-il, estimant que Nice n'était pas un champ de ruines en 2008.

Une anecdote révélatrice

Il cite l'utilisation intensive des broyeuses municipales après le premier tour des municipales, symbole selon lui d'une opacité systémique. La Promenade du Paillon est saluée, mais sa seconde phase a été réalisée dans la précipitation, avant la construction d'un nouveau palais des congrès et d'une grande salle de théâtre.

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Réussites et erreurs

La plus grande réussite d'Estrosi est l'inscription de Nice au Patrimoine mondial de l'Unesco en 2021. Sa pire erreur : avoir rasé l'ancien palais des Congrès sans le remplacer, faisant perdre à Nice le marché des méga congrès. « Le tourisme d'affaires fonctionne toute l'année, dommage de s'en priver », regrette Picard.

L'estrosisme : un opportunisme décomplexé

Interrogé sur ce concept, il le définit comme « un opportunisme décomplexé », avec des soutiens successifs à Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron, Édouard Philippe, voire aux écologistes entre deux tours. Sa plus grande qualité politique était de savoir s'entourer, mais cela s'est estompé. Son plus gros défaut : mentir souvent, sur la police municipale, le centre des congrès, ou ses engagements.

Les causes de la chute

Picard attribue la défaite à l'usure du pouvoir, aggravée par la hausse des impôts, les promesses non tenues (tramway jusqu'à L'Ariane), les décisions absurdes (démolition du palais des congrès et du théâtre), les fiascos (Gare du Sud, Grand Prix du Castellet), les scandales et les enquêtes. La campagne électorale « lunaire » avec le Cochongate a achevé de ternir son image.

Comparaison avec Jacques Médecin

Il estime qu'il faut attendre le dénouement des enquêtes avant toute comparaison. Pour lui, les Niçois sont devenus plus lucides : ils paient plus d'impôts pour moins de services, et la tolérance diminue quand on se serre la ceinture.

Spécificité politique de Nice

Nice se distingue par un pouvoir personnalisé et concentré, avec des cumuls de mandats, et une porosité entre droite et extrême droite qu'Estrosi n'a pas su contrer. Quant à l'avenir d'Estrosi, Picard le voit « démonétisé » politiquement, et doute de son livre annoncé.

Héritage et nostalgie

Picard ne croit pas à un héritage politique d'Estrosi, faute de vision et de pratiques méritant d'être revendiquées. Il n'exclut pas une nostalgie future, comme il y a eu une nostalgie des années Peyrat. Enfin, il compare Ciotti à Estrosi : plus à droite, mais parfois plus raisonnable et meilleur gestionnaire.

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