Un dernier conseil municipal sous tension à Agen
À trois semaines du premier tour des élections municipales, le conseil municipal d'Agen du lundi 23 février, le dernier de la mandature, promettait un affrontement politique ultime. La scène se déroulait dans l'hôtel de ville pavoisé aux couleurs ukrainiennes, un décor symbolique pour saluer les cinq ans de résistance du peuple ukrainien. Mais cette séance solennelle a finalement déjoué les pronostics en se transformant en un dialogue de sourds.
La stratégie de la résistance passive
L'opposition de gauche, conduite par Laurent Bruneau, a choisi une stratégie inattendue : la résistance passive. Refusant de participer aux débats, les élus d'opposition ont expliqué leur position par crainte d'un débat « déloyal ». « Nous avons appris que Jean Dionis souhaitait instrumentaliser ce dernier conseil municipal pour en faire une tribune électorale », a révélé Laurent Bruneau aux journalistes, une demi-heure avant l'ouverture de la séance.
Le leader de l'opposition a été catégorique : « Par respect pour les électeurs du 15 mars 2020, nous sommes ici ce soir des élus d'opposition et pas des candidats. Un débat n'est possible que s'il est loyal. Ici, vous avez un joueur qui fixe les règles du jeu et qui est également arbitre. Personne n'accepterait de concourir dans ces conditions. »
Un bilan financier salué par la majorité
En l'absence de contradicteurs, la majorité sortante du maire Jean Dionis a pu détailler tranquillement son bilan financier. Mohamed Fellah, adjoint aux finances, a présenté ce qu'il a qualifié de « bonne copie financière » : un taux d'épargne brut de 13%, une capacité de désendettement de six ans, et un niveau d'investissement « inédit » de 20 millions d'euros.
« Malgré la crise du Covid et les conséquences de la guerre en Ukraine, nous avons maintenu les taux d'imposition communaux inchangés », a souligné l'adjoint. Jean Dionis a pour sa part loué un bilan « excellent », mettant en avant la gestion rigoureuse de ses équipes pendant toute la mandature.
Une brève incartade rapidement étouffée
Malgré le mot d'ordre de boycott, Naïma Lasmak, colistière de Laurent Bruneau, a brièvement rompu le silence. La conseillère a critiqué ce « bilan de mandat » qu'elle juge incomplet, pointant l'augmentation de certaines redevances, « le recul des services publics » et la baisse des subventions aux associations.
Sa prise de parole a déclenché une réaction immédiate de la majorité. Jean Dionis a repris son slogan « Bruneau, l'impôt » avant de lancer : « Qu'est-ce que vous voulez de plus ? Cela vous coûte quoi de dire que ce bilan est bon ? » Mohamed Fellah a enchaîné : « Les subventions n'ont pas baissé, mais le train de vie de la mairie, oui. »
L'adjoint aux finances a même tenté d'engager le débat sur le programme électoral de l'opposition : « Votre programme décline des dépenses supplémentaires et des baisses de recettes sans augmenter les impôts. Comment allez-vous financer vos projets ? » Aucune réponse n'est venue du camp adverse.
« Un aveu de faiblesse » selon le maire sortant
Face à ce silence persistant, Jean Dionis n'a pas caché son agacement. « Cette stratégie du silence, ce refus du débat est un aveu de faiblesse », a-t-il insisté. L'échange s'est poursuivi sur un ton acerbe lorsque Jean Pinasseau, adjoint, a taclé l'opposition : « Vous avez été tellement atone pendant six ans qu'on s'est demandé si vous n'étiez pas de la majorité. »
Le maire sortant a même regretté, non sans malice, l'absence de Sébastien Delbosq, tête de liste RN, dans le public. « Un peu moins sur Facebook, un peu plus sur le terrain », a lancé Jean Dionis dans le vide, son adversaire n'étant pas présent pour répondre.
Place Publique prend ses distances
En marge de ce conseil municipal tendu, un autre développement politique est venu compliquer la situation de l'union de la gauche. Le parti Place Publique a tenu à préciser que Béatrice Buil « n'est plus adhérente depuis décembre en raison d'un désaccord sur les municipales ».
L'organisation a affirmé « qu'elle n'est donc pas représentée dans la liste de l'union de la gauche », soutenue par le PCF, le PS, les Écologistes et le PRG, et composée de militants La France insoumise. Interrogé sur le sujet, Laurent Bruneau a minimisé l'incident : « Place publique ne fait pas partie de nos soutiens officiels. Son logo, tout comme celui de LFI, ne figure dans nos documents de campagne. »
Ce dernier conseil municipal avant les élections a ainsi révélé les fractures profondes qui traversent la vie politique agenaise, laissant présager une campagne électorale particulièrement animée dans les trois semaines à venir.



