Agen : le sortant MoDem en difficulté mise sur la sécurité pour l'entre-deux-tours
Dans une permanence restée close jusqu'à 20 heures ce dimanche 15 mars, l'atmosphère était tendue autour du maire sortant MoDem d'Agen, Jean Dionis. Dépassé par la gauche et sévèrement talonné par le Rassemblement national, le candidat a vu ses espoirs s'effriter au fil du dépouillement. Avec seulement 32,26% des voix, il se place deux points derrière la liste de gauche de Laurent Bruneau (34,5%) et à peine plus d'un point devant celle du RN de Sébastien Delbosq (30,55%).
Une analyse sans concession par sa première adjointe
C'est sa première adjointe, Clémence Brandolin-Robert, une LR pure souche, qui a dressé un constat sans ambages devant les colistiers et sympathisants réunis. « La barre à droite », a-t-elle lancé, résumant la stratégie à adopter pour les jours cruciaux à venir. Le maire MoDem, arrivé vers 20h30, traînait visiblement la déception d'une deuxième place inattendue.
Deux heures plus tôt, dans la salle des Illustres, Jean Dionis était apparu anxieux devant des résultats qui s'obstinaient à ne pas répondre à ses attentes. « Pourquoi ? », s'interrogeait l'équipe. La réponse de Clémence Brandolin-Robert fut cinglante : « Nous n'avons pas été à la hauteur sur les questions de sécurité, sur le changement de population au centre-ville. Nous harcèlerons les associations qui y mettent des personnes non recommandables », a-t-elle affirmé sous les moues approbatrices d'une large partie de l'assistance.
Un électorat fragmenté entre abstention et extrême droite
L'abstention, à 47,5%, constitue une première surprise de taille. Mais le score du Rassemblement national en représente une autre, tout aussi préoccupante pour le camp sortant. Pour le maire, une partie significative de son électorat traditionnel s'est réfugiée soit dans l'abstention, soit dans le vote RN. La question centrale devient alors : comment reconquérir ces voix perdues et inverser la dynamique d'un scrutin extrêmement serré ?
Le message a été clairement reçu par l'équipe de campagne. « Nous pensons avoir une réserve de voix chez les abstentionnistes car, très clairement, il y a un geste politique dans cette abstention », analyse-t-on dans l'entourage du candidat. « Il va aussi falloir aller chercher ceux qui étaient avec nous depuis longtemps et sont allés mettre un bulletin Rassemblement national. Il faut clairement leur dire que nous avons entendu leur message ».
Une stratégie de dramatisation et de recentrage à droite
La ligne de conduite pour l'entre-deux-tours est désormais tracée avec une nette volonté de dramatisation. « Voter RN, c'est faire entrer la gauche LFI à la mairie d'Agen et la faire partir dans une zone de turbulences », martèle-t-on dans le camp Dionis. « La gauche n'incarne pas la sécurité, elle va vous assommer fiscalement et elle ne porte aucune ambition économique. Il faut mobiliser, rassembler et dire que nous allons porter le message de l'autorité ».
Les colistiers se voient déjà attribuer une mission concrète pour les prochaines heures : dépouiller les listes d'émargement et ouvrir la chasse aux bulletins des abstentionnistes. Avec 52,5% de participation, la réserve potentielle existe, même si les autres camps pourraient en bénéficier également.
Des réactions contrastées au sein de l'équipe
Jean Pinasseau, un des fidèles, tente de garder le moral : « On a entendu la colère, mais il faut dire à ses électeurs que le RN ne dirigera pas la ville d'Agen. On va gagner ». Plus introspectif, Jean-Marie N'Kollo, autre pilier du « dionisme », s'interroge : « Il faut se poser la question de savoir pourquoi, malgré notre équipe, notre bilan, notre programme, nous avons perdu du crédit et faisons un score qui n'est pas suffisant ».
Chez certains jeunes visages de l'équipe, la solution ne fait aucun doute. Il est temps de s'excentrer et de mettre résolument le cap à droite. Pour de bon. La campagne d'entre-deux-tours s'annonce donc comme un virage stratégique marqué, où les thèmes de l'autorité et de la sécurité deviendront les arguments principaux pour tenter de renverser une situation électorale particulièrement périlleuse.



