L'UE lance un plan offensif pour sauver son industrie face à la Chine
La Commission européenne a présenté, ce 4 mars, un projet de règlement ambitieux et complexe, l'Industrial Accelerator Act (IAA). Ce texte, composé de 79 articles, vise officiellement à dynamiser l'industrie européenne, mais son objectif sous-jacent est clair : protéger le tissu industriel européen de la menace existentielle que représente la Chine. La situation est devenue critique, avec une accélération sans précédent de la compétitivité chinoise depuis la sortie de la pandémie de Covid-19.
Un écart de compétitivité alarmant
Les chiffres parlent d'eux-mêmes et illustrent une divergence inquiétante entre les deux blocs économiques. Depuis le début de l'année 2022, les prix industriels à la production ont augmenté de 15 % dans l'Union européenne, tandis qu'ils ont baissé de 7 % en Chine. Cet écart se traduit par un désavantage de compétitivité estimé entre 30 et 40 % pour des produits manufacturés de qualité équivalente, voire supérieure, venant de Chine.
Les flux commerciaux confirment cette tendance préoccupante. Les exportations européennes de biens manufacturés vers la Chine stagnent lamentablement depuis 2019, autour de 200 milliards d'euros. En parallèle, les importations européennes de produits manufacturés chinois ont plus que doublé au cours de la dernière décennie, dépassant désormais les 500 milliards d'euros. Cette dynamique défavorable a été exacerbée par les mesures protectionnistes adoptées sous l'ère de l'ancien président américain Donald Trump.
Le retour en force du capitalisme d'État chinois
Il est désormais évident que la Chine a abandonné le timide rééquilibrage de son modèle économique, observé entre 2015 et 2019. Le pays est revenu à un capitalisme d'État farouchement tourné vers l'exportation, une orientation qui s'est même renforcée dans l'après-Covid. Cette stratégie agressive place l'industrie européenne dans une position de vulnérabilité accrue.
Une réaction urgente, mais des responsabilités partagées
La proposition de la Commission européenne est une initiative bienvenue, car l'urgence est réelle. Toutefois, il serait naïf de ne pas reconnaître que l'UE, et particulièrement la Commission elle-même, porte une part de responsabilité dans l'essor de cette menace chinoise. En effet, le Green Deal européen, avec sa bureaucratie verte tentaculaire, ses normes environnementales excessives et son objectif contraignant de "net zero" d'ici 2050, a considérablement alourdi les coûts de production.
Ce fardeau réglementaire a mis en grande difficulté des secteurs industriels clés comme l'automobile, la sidérurgie et la chimie. Paradoxalement, il a profité à l'industrie chinoise, qui est devenue dominante dans la grande majorité des technologies vertes, captant ainsi les bénéfices de la transition écologique voulue par l'Europe.
Le grand absent : l'alignement des objectifs climatiques
Un point crucial manque dans le projet de l'Industrial Accelerator Act : l'ajustement des objectifs de décarbonation de l'UE. Comment justifier l'écart entre l'objectif chinois de "net zero" en 2060 et celui, bien plus ambitieux, de l'UE en 2050 ? La Chine vient tout juste d'atteindre son pic d'émissions, elle émet cinq fois plus de CO2 que l'Union européenne et n'est pas sur la trajectoire nécessaire pour respecter ses engagements.
En comparaison, l'UE a réduit ses émissions de 37 % depuis 1990, alors qu'elle ne représente que 6 % des émissions mondiales. L'absence de réflexion sur un possible alignement, voire un assouplissement, des objectifs climatiques européens sur ceux de la Chine est une lacune majeure du texte.
Un objectif caché : protéger le Green Deal ?
On peut même s'interroger sur les véritables intentions derrière l'IAA. Un de ses objectifs inavoués ne serait-il pas de protéger coûte que coûte le Green Deal ? Cette hypothèse est renforcée par l'assouplissement, en trompe-l'œil, de la fin des voitures thermiques prévue pour 2035, un assouplissement qui ne bénéficierait en réalité qu'à des niches comme l'acier vert ou les biocarburants de deuxième génération. L'Industrial Accelerator Act apparaît ainsi comme une tentative de sauver à la fois l'industrie et le pacte vert européen, deux piliers aujourd'hui en tension face à la puissance industrielle chinoise.



