Les tweets de Trump font trembler les marchés pétroliers
Dès qu'il pianote sur son téléphone, Donald Trump fait trembler les marchés financiers. Le président américain semble avoir parfaitement compris cette influence et adapte ses communications publiques aux fluctuations boursières. Alors que les prix du pétrole décollent depuis qu'il s'est lancé dans une confrontation avec l'Iran, l'ancien locataire de la Maison-Blanche tente régulièrement de calmer le jeu par des annonces stratégiques.
Une annonce qui provoque des mouvements suspects
Lundi dernier, Trump a fanfaronné sur son réseau Truth Social avoir trouvé un terrain de négociation avec l'Iran, où un changement de régime serait en cours. Cette version a été démentie quelques heures plus tard, mais les marchés avaient déjà réagi de manière spectaculaire. Des milliers de contrats, représentant un volume largement supérieur à la normale, ont été échangés pendant deux minutes sur le marché pétrolier, un quart d'heure avant cette annonce surprise.
Les cours du pétrole ont immédiatement chuté après la déclaration de Trump concernant un report des frappes contre les centrales électriques iraniennes. « Des mouvements d'une rare violence », juge Christophe Bourdajaud, spécialiste des marchés financiers, sur son blog Isobourse.
Des volumes d'échanges anormalement élevés
Les médias spécialisés comme le Financial Times et Bloomberg pointent des chiffres troublants. « Au moins 6 millions de barils de Brent et de West Texas Intermediate » ont été échangés pendant ces deux minutes cruciales, alors que la moyenne pour la même plage horaire lors des cinq séances précédentes était d'environ 700.000 barils. Quinze minutes après l'annonce de Trump, le prix du baril chutait de plus de 14%.
Ces mouvements suspects alimentent les soupçons de délit d'initié qui pèsent sur l'entourage de Trump depuis sa prise de pouvoir. Le délit d'initié se produit lorsqu'une personne profite d'informations confidentielles en amont pour s'enrichir sur les marchés. « Le concept de délit d'initié peut aller très loin, on peut se faire beaucoup d'argent », souligne Véronique Riches-Flores, économiste indépendante.
Des liens troublants avec des plateformes de prédiction
CNN rapporte qu'un utilisateur anonyme de la plateforme de prédiction Polymarket a réalisé un million de dollars de gains depuis 2024 en pariant avec justesse sur les opérations militaires américaines ou israéliennes contre l'Iran, quelques minutes avant qu'elles ne se produisent. Le député démocrate Mike Levin, qui a déniché ce profil, rappelle que le fils de Donald Trump siégeait au conseil consultatif de Polymarket et y avait investi plusieurs dizaines de millions d'euros.
Ce n'est pas la première fois que de tels soupçons émergent. En avril dernier, Trump avait brusquement mis en pause les droits de douane qu'il avait décidé d'imposer, faisant bondir les marchés financiers. Juste avant cette annonce, il avait écrit sur les réseaux sociaux : « C'EST LE MOMENT D'ACHETER ». Ses adversaires politiques l'avaient alors accusé de délit d'initié.
Des manœuvres difficiles à prouver
La volonté d'enrichissement personnel ou de ses prohes est compliquée à démontrer avec certitude. « On ne peut que le supposer, pas l'affirmer », soutient Alexandre Baradez, analyste des marchés financiers à IG France. Il rappelle qu'aux États-Unis, il existe une longue tradition de délit d'initié dans les arcanes du pouvoir, notamment au Congrès.
« Beaucoup en sortent plus riches qu'en arrivant, et pas grâce à leur salaire, parce qu'ils se positionnent sur les marchés tout en connaissant les dossiers stratégiques avant le grand public », explique-t-il. Mais Véronique Riches-Flores précise que « le délit est très difficile à prouver ». Il faut identifier la source des mouvements sur les marchés, démontrer qu'un mouvement de vente constitue une anomalie et chercher l'origine de cette anomalie qui peut être facilement dissimulée.
Des intérêts politiques évidents
Donald Trump a par ailleurs des intérêts autres que financiers à faire retomber la pression sur le prix du pétrole, et ils concernent directement son avenir politique. Avec l'approche des élections de mi-mandat en novembre, le contrôle des prix de l'énergie devient un enjeu électoral majeur.
Le porte-parole Kush Desai a assuré que « la Maison-Blanche ne tolère pas qu'un membre de l'administration puisse tirer profit illégalement d'informations privilégiées ». Il a ajouté que « toute allégation selon laquelle des responsables se livreraient à de telles activités sans preuve est sans fondement et relève d'un journalisme irresponsable ».
Une influence démesurée sur les marchés
Si les marchés sont aussi réactifs au moindre mouvement de Donald Trump sur la scène internationale, malgré son tempérament imprévisible, c'est « parce que les États-Unis sont toujours les maîtres du monde et des marchés financiers par les actions qu'ils mettent en place », résume Véronique Riches-Flores.
Trump a appris à « manipuler la communication pour influencer les marchés, il a toujours un œil dessus », martèle Alexandre Baradez. En soufflant régulièrement le chaud et le froid, il « ne fait rien au hasard » à ce sujet. Mais les marchés commencent aussi à comprendre et cerner le personnage. Ils ont intégré qu'une déclaration fracassante de Trump est souvent suivie d'un message d'apaisement et que ses annonces peuvent parfois être excessivement optimistes.
Après la chute spectaculaire de lundi, les cours de l'or noir ont repris leur progression mardi, en l'absence d'avancée concrète sur les fameuses négociations secrètes avec le régime des Mollahs en Iran. Cette volatilité extrême illustre la dépendance des marchés aux communications présidentielles et alimente les interrogations sur d'éventuels abus d'informations privilégiées.



