La Suède va transférer 600 détenus vers l'Estonie ce mois-ci, dans le cadre d'un accord de cinq ans visant à réduire la surpopulation carcérale. Le gouvernement suédois évoque une « pression énorme » sur son système pénitentiaire, alors que la population carcérale a doublé en dix ans pour atteindre 11 232 détenus en 2025, selon le Conseil de l'Europe. L'accord prévoit le versement de 30,6 millions d'euros à l'Estonie pour l'accueil de 300 prisonniers par an.
Un accord gagnant-gagnant sur le papier
Seuls les hommes sont concernés par ce transfert, à l'exclusion des femmes, des mineurs, des personnes accusées de terrorisme et des chefs de groupes criminels. La prison de Tartu, qui accueillera les détenus, est actuellement à moitié vide. L'Estonie se félicite d'un « accord historique » qui permettra le recrutement de 250 agents pénitentiaires. La Suède y trouve un avantage financier : le coût par détenu en Estonie s'élève à 8 500 euros, contre près de 11 000 euros à l'intérieur de ses frontières.
Les familles dénoncent une punition supplémentaire
Pour les détenus et leurs proches, l'éloignement est vécu comme une épreuve. Un détenu a confié au journal suédois Svenska Dagbladet vivre cette situation « comme une punition supplémentaire, non seulement pour [lui], mais aussi pour [s]es enfants ». Les familles ont droit, en théorie, à une visite mensuelle de deux heures maximum et à une visite de trois jours tous les six mois, mais le coût et la durée du voyage risquent de décourager certaines. La ministre de la Justice estonienne, Liisa Pakosta, a annoncé que les détenus auront des tablettes et pourront passer des appels vidéo.
Un précédent belge peu concluant
L'idée de louer des places de prison à l'étranger n'est pas nouvelle. La Belgique a tenté l'expérience dans les années 2010, en louant une prison entière à Tilburg, aux Pays-Bas, alors que ses prisons affichaient un taux de densité de 120 %. Le plan s'est révélé non rentable : 300 millions d'euros pour 650 détenus, soit bien plus que le coût d'un maintien en Belgique. Les détenus et leurs avocats avaient dénoncé la rupture des liens familiaux, et le réseau associatif d'accompagnement n'avait pas pu suivre, entravant la réinsertion.
Des critiques sur la réinsertion et un intérêt britannique
John Stauffer, directeur juridique de l'organisation suédoise Civil Rights Defenders, déplore auprès d'El País : « La réhabilitation et la réinsertion étaient des piliers de notre système pénitentiaire, mais il est clair aujourd’hui que nous nous éloignons de ces principes. » Le Royaume-Uni a également exploré cette piste, mais l'Estonie a précisé qu'elle n'accueillerait pas d'autres prisonniers tant que les détenus suédois seront sur son sol. Au Royaume-Uni, le député Nigel Farage, chef du parti anti-immigration Reform UK, a proposé de transférer tous les criminels étrangers vers le Kosovo ou le Salvador, dont les prisons sont connues pour leurs conditions de détention très dures et des violations répétées des droits humains.



