Matthieu Pigasse, ancien banquier d'affaires chez Lazard, est au cœur d'une controverse après la révélation d'un contrat hors norme signé avec le Venezuela pour recouvrer une dette de 1,5 milliard de dollars. Selon une enquête du média d'investigation Disclose, ce contrat, datant de 2019, prévoit une commission de 10 % pour Pigasse et son équipe, soit 150 millions de dollars, en cas de succès.
Un contrat secret et des conditions avantageuses
Le contrat, qui n'a jamais été rendu public, a été signé alors que le Venezuela était en pleine crise économique et politique. Pigasse, via sa société de conseil, s'engage à négocier avec les débiteurs du pays, principalement des compagnies pétrolières. Les conditions sont jugées très favorables pour le banquier : en plus de la commission, il bénéficie d'une avance de 2 millions de dollars et de frais de fonctionnement mensuels.
Selon les documents consultés par Disclose, le contrat a été signé par le ministre vénézuélien des Finances de l'époque, Carlos Alberto. Ce dernier a déclaré que l'accord visait à "maximiser le recouvrement de la dette dans un contexte difficile".
Des liens politiques et des conflits d'intérêts potentiels
Matthieu Pigasse, également connu pour ses positions politiques proches de la gauche française, a été un temps pressenti pour un poste ministériel. Ses liens avec le gouvernement vénézuélien de Nicolas Maduro interrogent. Plusieurs ONG dénoncent un possible conflit d'intérêts, d'autant que Pigasse a également conseillé des entreprises françaises ayant des intérêts au Venezuela.
Interrogé par Le Point, Pigasse a défendu son action : "Ce contrat est parfaitement légal et transparent. Il s'agit d'une opération de conseil classique dans le cadre du recouvrement de créances souveraines." Il précise que sa commission est conditionnée à la réussite de la mission.
Un précédent qui fait débat
Ce contrat s'inscrit dans une série d'accords controversés entre le Venezuela et des banques d'affaires internationales. En 2020, un autre contrat avec la banque américaine Goldman Sachs avait déjà suscité des critiques. Les détracteurs estiment que ces commissions élevées profitent de la détresse financière du pays.
Selon les chiffres de la Banque centrale du Venezuela, la dette extérieure du pays atteint 150 milliards de dollars. Le recouvrement est devenu une activité lucrative pour les intermédiaires financiers, mais aussi opaque.
Les conséquences juridiques et éthiques
Plusieurs parlementaires français ont demandé une enquête parlementaire sur ce contrat. La députée écologiste Delphine Batho a saisi la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) pour vérifier d'éventuels conflits d'intérêts. "Il est inacceptable qu'un ancien banquier d'affaires, proche du pouvoir, tire profit d'un pays en crise sans contrôle démocratique", a-t-elle déclaré.
De son côté, le ministère français des Affaires étrangères a indiqué ne pas être informé de ce contrat. Le Venezuela n'a pas commenté les révélations.
L'affaire relance le débat sur le rôle des banques d'affaires dans la gestion de la dette des pays en développement. Selon un rapport de l'ONG Oxfam, les intermédiaires financiers ont perçu plus de 2 milliards de dollars de commissions sur les dettes des pays pauvres entre 2015 et 2020.



