Le conservateur pro-européen Peter Magyar a été officiellement élu à la tête du gouvernement hongrois, marquant la fin de seize années de pouvoir pour Viktor Orban. Peter Magyar est devenu samedi officiellement le nouveau Premier ministre de la Hongrie, offrant à son pays l'espoir d'un « nouvel élan », selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
Une élection historique
Le conservateur pro-européen, qui a surgi sur la scène politique hongroise il y a à peine deux ans et mis fin aux seize ans de pouvoir sans partage du nationaliste Viktor Orban, a été élu par 140 voix pour, 54 contre et une abstention dans un Parlement où son parti Tisza détient 141 sièges sur 199. Une consécration qui s'est déroulée en l'absence de Viktor Orban, qui a renoncé à son poste de député.
Les promesses de Peter Magyar
« Je ne régnerai pas sur la Hongrie, mais je servirai mon pays », a immédiatement déclaré Peter Magyar, dénonçant la corruption du système Orban qui a privé les Hongrois « des routes, hôpitaux, écoles » dont ils ont besoin. Il a annoncé la création d'un office indépendant en charge de « mettre au jour les abus commis » au cours des vingt dernières années et de récupérer les sommes détournées. À l'extérieur, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées sous le soleil pour assister à la cérémonie d'investiture, retransmise sur de grands écrans installés autour du Parlement dont l'immense silhouette néogothique domine le Danube.
Les défis à relever
De nombreux défis attendent Peter Magyar, à commencer par la stagnation de l'économie et la dégradation des services publics, qui nécessitent des réformes structurelles. Mais les Hongrois ont aussi besoin de voir des résultats « à court terme », souligne Andrea Virag, directrice de la stratégie du centre de réflexion libéral Republikon. Peter Magyar, 45 ans, doit aussi s'exprimer devant la foule. Conscient que l'état de grâce pourrait ne pas durer, il se montre pressé de faire adopter les réformes nécessaires pour « rapatrier » les fonds européens gelés en raison des atteintes à l'État de droit passées. D'autant que la Hongrie est confrontée à une échéance en août, où elle pourrait perdre 10 milliards d'euros du plan de relance post-Covid.
Apaiser les tensions avec l'UE
La semaine dernière, il s'est rendu à Bruxelles, dans l'espoir d'obtenir d'ici fin mai le déblocage de cet argent sur lequel il compte pour tenir ses promesses électorales. Tout en se réjouissant ouvertement de l'arrivée de Peter Magyar, qui a promis de renouer des relations apaisées avec l'UE, Bruxelles pourrait toutefois attendre l'adoption de réformes concrètes avant de répondre positivement. « En cette journée de l'Europe, nos cœurs sont à Budapest », a affirmé Ursula von der Leyen dans une publication sur X, saluant « un signal fort en ces temps difficiles ».
Peter Magyar s'est déjà engagé à adhérer au Parquet européen, à lutter contre la corruption et assurer l'indépendance de la justice et de la presse. La nouvelle présidente du Parlement Agnes Forsthoffer, élue à la quasi-unanimité, a ordonné, comme première mesure, de hisser le drapeau européen sur le Parlement, après douze ans d'absence, pour marquer « symboliquement » le retour de son pays vers l'Europe. La cérémonie d'investiture a aussi rendu hommage à l'importante minorité rom du pays et aux minorités hongroises vivant dans les pays voisins. « Magyar cherche à montrer qu'il incarne une forme d'unité nationale et de réconciliation après la politique de division d'Orban », estime Andrea Virag. Il a cependant exclu de travailler avec le président Tamas Sulyok, un proche de Viktor Orban, qui a offert samedi « une coopération constructive », réclamant sa démission et celles de « toutes les marionnettes nommées par le système Orban à des postes clés » avant le 30 mai.



