Après un siècle d'interruption, la production de soie française renaît à Monoblet, dans le Gard. Julie Mouton, fraîchement recrutée par l'entreprise Saint-Loup comme fileuse de soie, découvre ce 3 août la toute nouvelle machine à dévider les cocons, installée dans la magnanerie de Michel Costa. La marque prévoit de tripler sa production pour Noël, après le succès fulgurant des premiers carrés de soie 100 % français, vendus en quelques jours.
Un métier disparu depuis des décennies
Lorsqu'Alexandre Lourié, responsable de l'entreprise Saint-Loup, a rédigé la fiche de poste de « fileuse de soie, chargée d'innovation », il ne s'attendait pas à recevoir des centaines de candidatures, « et de toute la France ! Fileuse de soie, c'est un métier qui n'existait plus ! » poursuit Alexandre Lourié. « C'est aussi pourquoi j'ai rajouté chargée d'innovation car il va falloir découvrir la machine, l'améliorer au fil des jours… Bref, avoir un vrai appétit d'apprendre. »
Julie Mouton, qui vit dans les Cévennes héraultaises, non loin de Monoblet, a obtenu ce poste. Ce 3 août, elle découvrait pour la première fois la machine à dévider les cocons, arrivée d'Italie. « C'est historique, poursuit Alexandre Lourié, car depuis 100 ans, il n'y a plus eu de production de soie française sur le sol français. »
Un fil si fin qu'il en est presque invisible
Ultra-concentrée, la jeune femme attrape avec soin un fil si fin qu'il en est presque invisible, le place sur une sorte de bobine en rotation, et le cocon se déroule rapidement. Une fois dévidé, le cocon doit être immédiatement remplacé. Une prise en main technique assurée sous l'œil bienveillant et les conseils avisés de Michel Costa, de l'association Soie en Cévennes.
« Un foulard naît de deux papillons amoureux », résume Alexandre Lourié. Ces deux papillons produisent 500 œufs qui éclosent en avril, en même temps que les feuilles du mûrier. Les larves sont nourries trois fois par jour, du printemps à l'automne. Chaque cocon produit 1,5 km de fil de séricine, une sorte de colle dont il faut se débarrasser pour obtenir la soie. « C'est un savoir-faire qui n'existe plus », rappelle Alexandre Lourié. Michel Costa, lui, connaît ces gestes ancestraux, car sa grand-mère et sa mère étaient fileuses. Mais il découvre aussi la machine, moderne et ultra-sécurisée.
Une reconversion inattendue pour Julie
Julie Mouton découvre un métier qu'elle ne connaît absolument pas. « J'ai d'abord travaillé avec les plantes médicinales, puis dans le social », explique-t-elle. Après une pause liée à sa maternité, elle a découvert cette offre de travail singulière, « envoyée par des amis. J'ai trouvé que c'était une belle opportunité : j'aime travailler dans la nature : la production de mûriers, les vers à soie… Tout ça m'intéressait. Et puis j'ai rencontré Michel et découvert ce projet de relancer cette production artisanale et traditionnelle et ça m'a plu. »
Un succès qui dépasse les attentes
Durant ses trois mois de contrat, Julie devra dévider des dizaines de milliers de cocons destinés à la création de carrés de soie pour Noël de la marque Saint-Loup. L'an passé, le lancement des premiers carrés de soie 100 % française, les premiers depuis un siècle, avait connu un succès qui avait totalement pris de court Alexandre Lourié. Vendues autour de 300 €, ces 300 pièces numérotées se sont envolées en quelques jours. « Je ne m'y attendais pas », reconnaît ce jeune trentenaire, qui a développé des entreprises sociales un peu partout dans le monde : reforestation, accès à la santé, insertion par l'emploi…
Sa rencontre, un peu par hasard, avec Michel Costa, très engagé dans la transmission de ce savoir ancestral et la mémoire de la sériciculture en Cévennes, l'a poussé à se lancer dans un pari qui paraissait fou : relancer la production de soie en France. Si fou « que même des fournisseurs à qui je demandais des devis ne donnaient pas suite tant ils ne croyaient pas au projet ». Le succès du foulard a pourtant permis de financer l'achat de la nouvelle machine italienne et de franchir une étape historique dans ce projet de relance de la filière séricicole.
Une production triplée pour Noël
Cette année pour Noël, la marque Saint-Loup envisage de tripler la production. Aux cocons de soie produits grâce aux plantations de mûriers de Michel Costa, sont venus s'ajouter les apports de deux autres producteurs. Fin septembre, toute la soie produite à Monoblet passera par diverses étapes, toutes exclusivement réalisées en France (Loire, Haute-Loire, Rhône…) : moulinage, tissage, ennoblissement, impression et roulottage à la main. Un travail qui demande une expertise particulière : il faut une heure pour roulotter à la main un foulard. Des bandeaux ou des carrés de soie seront à nouveau produits cette année pour les fêtes.
Relancer une filière, étape par étape
Relancer une filière ne se fait pas d'un coup de baguette magique : « il faut y aller par étapes ». La prochaine serait de doubler la production de mûriers. Un arbre qui, pour Michel Costa et Alexandre Lourié, cumule toutes sortes de qualités ! Pare-feu, puits à carbone, résistance à la sécheresse… Alexandre Lourié a commencé à rencontrer des producteurs ou aspirants producteurs de mûriers. La vente des carrés de soie (345 €) et des bandeaux (195 €) se fait exclusivement sur le site internet de la marque.



